Liban : un député antisyrien est tué dans un attentat à Beyrouth

Des policiers libanais inspectaient les décombres hier à Beyrouth.
Photo: Agence Reuters Des policiers libanais inspectaient les décombres hier à Beyrouth.

Beyrouth — Le député libanais antisyrien Walid Eido a péri hier dans un attentat contre son véhicule, qui a tué huit autres personnes sur la corniche du front de mer de l'ouest de Beyrouth. Dix autres personnes, dont le fils d'Eido, figurent au nombre des morts.

Walid Eido devient la dernière victime d'une série d'attentats contre des personnalités antisyriennes depuis l'assassinat de Rafic Hariri, en février 2005. Âgé d'une soixantaine d'années, Eido appartenait à la majorité parlementaire emmenée par Saad Hariri.

La majorité parlementaire antisyrienne a accusé le régime syrien du meurtre du député et demandé au gouvernement de déposer une plainte contre la Syrie devant la Ligue arabe, selon un communiqué. Le premier ministre libanais Fouad Siniora a réclamé hier soir une réunion extraordinaire de la Ligue arabe au niveau des ministres des Affaires étrangères.

L'attentat a été commis à l'aide d'une voiture piégée actionnée à distance, a-t-on appris de source policière. Une jeep de type 4X4 stationnée dans l'allée menant à un club sportif sur le bord de mer de Beyrouth a explosé au passage de la voiture du député, qui avait coutume de se rendre quotidiennement dans ce club.

Le ministre libanais de la Communication, Marwan Hamadé, a accusé «le régime syrien du meurtre du député Walid Eido pour réduire la majorité parlementaire» antisyrienne. Selon lui, cet assassinat vise à «empêcher l'élection d'un nouveau président de la République», prévue le 25 septembre. Un quorum d'une majorité des deux tiers des députés est en effet nécessaire pour que puisse se réunir le Parlement, qui doit élire le prochain président.

«Les pays arabes doivent prendre leurs responsabilités devant les agissements du régime terroriste» syrien, a quant à lui lancé le chef de la majorité parlementaire antisyrienne et président du Courant du futur Saad Hariri, fils de l'ancien premier ministre libanais assassiné en 2005.

Il a appelé «la Ligue arabe soit à protéger le Liban, soit à boycotter le régime terroriste qui viole la souveraineté libanaise et tue ses hommes politiques», en référence à la Syrie.

Député sunnite de Beyrouth, membre du Courant du futur, Walid Eido présidait la commission de la Défense au Parlement. Ancien magistrat, proche de Rafic Hariri, il était un des porte-parole les plus virulents de la majorité antisyrienne. Il avait notamment accusé à plusieurs reprises la Syrie d'être à l'origine de la série d'attentats qui ont tué des hommes politiques et des journalistes antisyriens.

Des dizaines de partisans du Courant du futur se sont rassemblés près du domicile du député, brûlant des pneus en signe de colère.

L'explosion a provoqué des incendies et une véritable panique dans ce secteur animé de Beyrouth à majorité musulmane où se trouvent plusieurs plages et un parc d'attractions. Le corps d'une des victimes a été projeté par la force de l'explosion à plus d'une vingtaine de mètres.

Au milieu de la cohue, des parents affolés tentaient de se frayer un chemin au milieu des secours à la recherche de proches.

Il s'agit de l'opération la plus meurtrière depuis la vague d'attentats qui ont visé depuis le 20 mai des quartiers résidentiels et commerciaux dans la capitale et ses environs.

Ces événements ont lieu en même temps que les combats entre l'armée libanaise et des islamistes de Fatah al-Islam retranchés dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban.

La mort de Walid Eido porte à trois le nombre de députés assassinés au sein de la majorité antisyrienne, qui ne dispose plus que d'une majorité de 70 parlementaires sur les 125 que compte désormais le Parlement. Outre Walid Eido, le député et ministre chrétien Pierre Gemayel ainsi que le député et journaliste Gebran Tuéni ont été assassinés au cours des deux dernières années.

Il s'agissait de la sixième explosion à frapper Beyrouth et sa région en moins d'un mois. Les précédents attentats avaient fait deux morts.