L'Iran intègre le club des nations nucléaires

Natanz, Iran — Nouveau bras de fer en vue entre l'Iran et la communauté internationale. La production d'uranium enrichi, dont les Nations unies réclament la suspension, peut désormais avoir lieu à «l'échelon industriel», grâce notamment à l'utilisation de 3000 centrifugeuses, a annoncé hier Téhéran.

Cette annonce intervient alors que l'Iran célébrait le premier anniversaire de son premier succès dans l'enrichissement de petites quantités d'uranium sur son site de Natanz, dans le centre du pays. «J'ai le grand honneur d'annoncer qu'à partir d'aujourd'hui, notre cher pays a rejoint le club des nations nucléaires et peut produire du combustible nucléaire à un échelon industriel», a affirmé M. Ahmadinejad lors d'une cérémonie à Natanz.

Le principal négociateur iranien chargé du nucléaire, Ali Larijani, a de son côté annoncé l'utilisation de 3000 centrifugeuses à Natanz, sans fournir d'autres précisions. L'Iran, a-t-il dit, est prêt à fournir aux pays occidentaux des garanties sur le caractère pacifique de son programme nucléaire, réaffirmant que Téhéran n'entendait pas y renoncer.

«Nous entrons dans la production massive de centrifugeuses et lançons l'enrichissement à l'échelon industriel, nouvelle étape vers un Iran islamique prospère», avait auparavant déclaré le vice-président iranien Gholamreza Aghazadeh à Natanz.

Les États-Unis, l'Allemagne, qui assure actuellement la présidence tournante de l'Union européenne, et la Grande-Bretagne ont critiqué l'annonce faite par Téhéran. «L'Iran continue de défier la communauté internationale et s'isole un peu plus en développant son programme nucléaire plutôt qu'en suspendant [son programme d'] enrichissement d'uranium», a déclaré Gordon Johndroe, porte-parole du conseil de sécurité nationale aux États-Unis.

Le Conseil de sécurité des Nations unies et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ne croient pas à la nature «pacifique» du programme iranien, a également souligné Sean McCormack, porte-parole du département d'État américain. «Nous cherchons des dirigeants iraniens raisonnables» capables d'évaluer les coûts d'une telle attitude.

De son côté, le ministère allemand des Affaires étrangères a jugé que la décision montrait que l'Iran allait «définitivement dans la mauvaise direction». Londres a aussi fait part de sa préoccupation. «Nous nous inquiétons de ce que l'Iran semble avoir confirmé» une plus grande «activité d'enrichissement nucléaire», et ce, en violation des résolutions de l'ONU, a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. La communauté internationale doit présenter un front uni pour «s'assurer que l'Iran ne développe pas les moyens d'acquérir l'arme nucléaire», a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté pour sa part Téhéran à respecter les résolutions du Conseil de sécurité. «J'espère vraiment, même à ce stade, que le gouvernement iranien ouvrira un dialogue. Il est important que chaque État membre respecte pleinement toutes les résolutions. J'exhorte le gouvernement iranien à le faire», a-t-il dit à la presse.

Le 24 mars, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité sa résolution 1747 imposant de nouvelles sanctions à l'Iran en raison de son refus de suspendre son programme d'enrichissement d'uranium. Cette résolution interdit notamment les exportations d'armes iraniennes et gèle les avoirs de 15 individus ainsi que de 13 organisations et compagnies supplémentaires.

La résolution 1737, adoptée le 23 décembre 2006, exige en particulier que l'Iran suspende toutes les activités nucléaires liées à l'enrichissement d'uranium et au retraitement. L'uranium hautement enrichi entre dans la fabrication d'armes nucléaires. Les États-Unis et leurs alliés accusent Téhéran de chercher à s'en doter, ce que dément le régime iranien.

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Avec Reuters

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