Nucléaire - Discussions à six sur le dossier iranien

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l'Allemagne ont commencé hier à Londres à travailler sur une nouvelle résolution contre l'Iran qui, la semaine dernière, est passé outre à une précédente demande de suspension de son programme d'enrichissement de l'uranium.

Le but de ces discussions entre hauts fonctionnaires est de produire un texte prévoyant des sanctions supplémentaires contre le gouvernement iranien, qui continue d'insister sur son droit de produire de l'uranium enrichi à des fins pacifiques. Les pays occidentaux soupçonnent toujours Téhéran de vouloir se doter ainsi de la bombe nucléaire.

Les six pays participant aux pourparlers (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie et Allemagne) ne sont parvenus à aucune décision hier, quoiqu'un porte-parole britannique ait insisté sur «l'unité de la communauté internationale».

La Russie s'était tout de même inquiétée publiquement hier d'éventuelles frappes aériennes contre l'Iran, après des menaces voilées du vice-président américain Dick Cheney la semaine dernière.

Ce dernier a répété que «toutes les options sont sur la table». George W. Bush s'était abstenu depuis quelques semaines d'utiliser cette phrase. Washington s'est défendu hier de vouloir attaquer l'Iran.

L'hebdomadaire The New Yorker vient de publier un texte faisant justement état d'un plan en ce sens, qui pourrait selon son auteur, le journaliste Seymour Hersch, être mis en application avec un préavis de 24 heures.

Selon M. Hersch, qui s'était fait connaître dans les années 1960 par ses reportages sur le massacre de My Lai au Vietnam, l'administration Bush a mis sur pied au cours des derniers mois un «groupe de planification» travaillant dans les bureaux de l'état-major interarmes au Pentagone. Son but ne se limiterait pas à l'identification de cibles associées au programme nucléaire iranien, mais s'étendrait aux cibles «impliquées dans l'approvisionnement ou le soutien des militants [qui attaquent les Américains et leurs alliés] en Irak».

Selon M. Hersch, ce plan découle d'une «réorientation» de la politique américaine opérée quand il est devenu évident que l'invasion américaine du printemps 2003 avait renforcé l'influence de Téhéran au Moyen-Orient. Washington aurait bénéficié, dans l'élaboration de cette nouvelle stratégie, du soutien actif de l'Arabie saoudite, qui partage ses craintes.

Le président Bush avait déjà menacé, dans son discours sur l'état de l'Union en janvier, d'interrompre les aides fournies à partir de la Syrie ou de l'Iran aux groupes qui s'en prennent aux troupes américaines.

Depuis cette date, les militaires américains ont présenté à plusieurs reprises ce qu'ils considèrent comme des preuves de cette collaboration. Hier encore, ils ont annoncé hier avoir découvert des projectiles capables de percer les blindés, semblables à des armes que l'Iran est accusé de fournir aux milices irakiennes, et des obus portant des inscriptions iraniennes.

L'article du New Yorker affirme par ailleurs que les États-Unis ont commencé à mener des opérations clandestines en Iran et en Syrie, grâce au financement saoudien.

Jeudi dernier, l'Agence internationale de l'énergie atomique a constaté que l'Iran n'avait pas respecté une résolution de décembre du Conseil de sécurité lui donnant deux mois pour suspendre ses activités d'enrichissement de l'uranium. Dimanche, le président iranien a évoqué en des termes on ne peut plus clair son intention de poursuivre ce programme.

Tout en critiquant l'attitude de Mahmoud Ahmadinejad, la secrétaire d'État, Condoleezza Rice, avait affirmé que Washington était prêt à négocier avec Téhéran sous condition.

Le gouvernement iranien a rejeté comme à son habitude toute condition préalable. Son représentant à l'AIEA, dont le siège est situé à Vienne, a pour sa part évoqué hier un possible retrait du Traité de non-prolifération dans l'éventualité d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, dans une entrevue au journal autrichien Die Presse.

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Avec l'Agence France-Presse, Reuters et Associated Press

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