L'Iran défie l'ONU

Vienne — L'Iran a étendu son programme d'enrichissement d'uranium au lieu de se plier à un ultimatum du Conseil de sécurité de l'ONU et de le suspendre, selon un rapport rendu public hier par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Le document ouvre la voie à un durcissement des sanctions contre Téhéran.

«L'Iran n'a pas suspendu ses activités liées à l'enrichissement», observe l'AIEA sur la base d'informations datant de samedi dernier au plus tard. Le 23 décembre, le Conseil de sécurité avait donné 60 jours au régime iranien, soit jusqu'au 21 février, pour suspendre son programme.

Dans son rapport, l'agence onusienne dresse la liste des activités récentes montrant que Téhéran a développé son programme nucléaire. Des centaines de centrifugeuses ont ainsi été installées dans un grand centre souterrain et les autorités iraniennes ont d'ailleurs fait part à l'AIEA de leur intention d'en installer des milliers d'ici mai.

Rédigé par le directeur général de l'AIEA, Mohamed el-Baradeï, ce constat va ouvrir la voie à des discussions sur la façon de sanctionner l'Iran pour son intransigeance. Selon le document de six pages, la république islamique poursuit également la construction d'un réacteur à eau lourde et d'une usine de production d'eau lourde, défiant ainsi le Conseil de sécurité.

Le rapport souligne également que les experts de l'AIEA n'ont pas pu progresser dans la vérification des développements passés du programme nucléaire iranien, faute de coopération de Téhéran, qui passe outre, là encore, les exigences de la résolution 1737.

Transmis au Conseil de sécurité et au conseil des gouverneurs de l'AIEA, le document va entraîner une nouvelle épreuve de force entre le régime iranien et les puissances occidentales.

Avant même sa diffusion, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice prévenait que les États-Unis et leurs alliés utiliseraient le Conseil de sécurité et tous les «canaux possibles» pour ramener Téhéran à la table des négociations sur son programme nucléaire.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est de son côté déclaré profondément préoccupé par le refus de Téhéran de cesser ses activités controversées et «exhorte à nouveau le gouvernement iranien à se plier pleinement [aux exigences] du Conseil de sécurité» dès que possible.

Le Conseil de sécurité exige une suspension immédiate et sans condition des activités iraniennes d'enrichissement préalablement à l'ouverture de négociations avec des médiateurs européens sur une contrepartie économique. Mais Téhéran refuse de suspendre son programme nucléaire avant de discuter et voudrait négocier directement avec les États-Unis.

À un moment où le durcissement du ton de Washington ainsi que le renforcement du dispositif naval dans le golfe Arabo-Persique peuvent faire craindre une offensive militaire américaine, le premier ministre britannique Tony Blair a estimé que la discussion était la seule méthode censée pour sortir de cette crise. «L'Iran n'est pas l'Irak. Pour autant que je sache, il n'y a aucun projet de lancer une attaque contre l'Iran», a-t-il affirmé.

L'élaboration d'une nouvelle résolution onusienne devrait débuter la semaine prochaine, selon un diplomate du Conseil de sécurité.

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