Le Hamas accuse le Fatah d'avoir tenté de tuer le premier ministre Haniyeh

Ismaïl Haniyeh a finalement pu rentrer à Gaza, mais sans les millions qu’il transportait.
Photo: Agence Reuters Ismaïl Haniyeh a finalement pu rentrer à Gaza, mais sans les millions qu’il transportait.

Gaza — Le mouvement islamiste Hamas a accusé, tard en soirée hier, la garde du président palestinien Mahmoud Abbas d'avoir voulu assassiner le premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh en ouvrant le feu sur son convoi sortant du terminal de Rafah.

Ces tirs étaient «une tentative planifiée par la Force 17 [la garde présidentielle] pour assassiner le frère Ismaïl Haniyeh. Nous demandons à Mahmoud Abbas de donner des ordres pour retrouver les auteurs des tirs», a affirmé le porte-parole du mouvement islamiste, Fawzi Barhoum.

Un garde du corps de M. Haniyeh a été tué, un de ses fils a été blessé ainsi que son conseiller politique dans des tirs contre son convoi au moment où il quittait le terminal de Rafah, selon une source gouvernementale.

Les tirs ont fait en tout cinq blessés outre le tué, Abdel Nassar Rahman, âgé de 20 ans. Un des blessés est dans un état grave, selon cette source.

Auparavant, M. Haniyeh, bloqué au terminal de Rafah, point de passage avec l'Égypte, a pu regagner la bande de Gaza tard dans la soirée, mais apparemment sans l'argent qu'il transportait.

Il avait été bloqué en raison du refus des autorités israéliennes de le laisser passer avec plusieurs millions de dollars qu'il avait récoltés à l'étranger.

À la suite de ce refus, des partisans du Hamas ont mis à sac le terminal, brisant des vitres, arrachant des sièges et dégradant des meubles, avant de l'évacuer dans la soirée.

Rentrée à Gaza confirmée
Des accrochages armés ont opposé durant trois heures des activistes armés du Hamas à la garde présidentielle palestinienne chargée de la sécurité au terminal et dont les membres tentaient en vain de repousser les manifestants.

Mais peu avant 22h, les émeutiers ont quitté le bâtiment dont la garde présidentielle a repris le contrôle, à la suite des appels par haut-parleurs de la direction du Hamas à évacuer les lieux.

Ismaïl Haniyeh, bloqué près de huit heures hier au terminal de Rafah a pu regagner la bande de Gaza tard dans la soirée.

«Le premier ministre Ismaïl Haniyeh est passé. Des observateurs européens étaient présents, mais ils sont immédiatement repartis après son passage», a indiqué à l'AFP la porte-parole des observateurs, Maria Telleria. Un responsable palestinien a confirmé le passage de M. Haniyeh.

La porte-parole des observateurs n'a pas pu indiquer si le terminal sera ouvert aujourd'hui, après les graves dommages qu'il a subi.

Certains activistes ont tiré des rafales en l'air et en direction du bâtiment.

Mais peu avant 22h, les émeutiers ont quitté le bâtiment dont la garde présidentielle a repris le contrôle, à la suite d'appels, diffusés par haut-parleurs, de la direction du Hamas à évacuer les lieux.

L'Égypte et Israël sont parvenus auparavant à un compromis pour laisser M. Haniyeh regagner la bande de Gaza à condition qu'il laisse l'argent en Égypte, selon une source sûre.

Cette somme (35 millions de dollars) sera déposée dans une banque égyptienne qui se chargera de la verser sur le compte de l'Autorité palestinienne auprès de la Ligue arabe, selon la même source.

Aux termes du compromis, le terminal a été rouvert pour permettre à M. Haniyeh de se rendre dans la bande de Gaza.

M. Haniyeh rentrait à Gaza après avoir décidé d'écourter une tournée, sa première depuis son entrée en fonctions en mars, qui l'a conduit depuis le 28 novembre dans plusieurs pays arabes et en Iran.

Le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz, avait ordonné la fermeture du terminal de Rafah pour «empêcher que des dizaines de millions de dollars arrivent à Gaza avec Haniyeh», selon le ministère.

«Nous n'allons pas empêcher Haniyeh d'entrer à Gaza mais empêcher l'argent qui servira au financement d'activités terroristes», a pour sa part déclaré un responsable israélien sous le couvert de l'anonymat.

Seule fenêtre
Le terminal de Rafah, seule fenêtre de la bande de Gaza vers le monde extérieur, a été rouvert en novembre 2005, deux mois après le retrait israélien.

Sa réouverture a fait l'objet d'un accord israélo-palestinien parrainé par les États-Unis et prévoyant notamment le déploiement dans le terminal d'une équipe d'observateurs européens.

Aux termes de cet accord, le terminal ne peut fonctionner qu'en étroite coordination entre Israël, qui y dispose de caméras de surveillance, les Palestiniens, l'Égypte et des observateurs européens.

Plusieurs responsables du Hamas ont franchi ces derniers mois le terminal de Rafah avec d'importantes sommes en espèces après des visites à l'étranger.