Crise au Liban - Le chef du Hezbollah hausse le ton

Beyrouth — Le chef du Hezbollah chiite, Hassan Nasrallah, a haussé le ton et a demandé à ses partisans de se «tenir prêts» à manifester pour précipiter la chute du gouvernement de Fouad Siniora, appelant à un cabinet d'union ou des élections anticipées pour sortir le Liban de la crise.

«Il y a deux solutions pour sortir de la crise: soit la formation d'un gouvernement d'union auquel participeront toutes les forces politiques, soit des élections législatives anticipées», a déclaré cheikh Nasrallah, lors d'un discours diffusé hier par la chaîne du Parti de Dieu, Al-Manar. «L'option d'un gouvernement d'union nationale est toujours possible», a estimé le chef du Hezbollah, soutenu par Damas et Téhéran.

Le Liban est plongé dans une grave crise politique, exacerbée depuis la démission il y a une semaine de six ministres prosyriens, dont cinq chiites des mouvements Hezbollah et Amal. Ces derniers réclament une plus grande participation au gouvernement de coalition dominé par la majorité antisyrienne.

«Nous ne pouvons pas faire confiance à ce gouvernement parce qu'il répond aux décisions et aux desiderata de l'administration américaine», a ajouté le chef du parti chiite, qui s'exprimait samedi soir devant des sympathisants. Cheikh Nasrallah a appelé ses partisans à se «tenir prêts» à manifester afin de précipiter la chute du gouvernement qu'il a jugé «illégitime».

«Ces manifestations visent à obtenir par nos moyens la chute du gouvernement illégitime et anticonstitutionnel, ce gouvernement de l'ambassadeur [américain Jeffrey] Feltman», a souligné cheikh Nasrallah. «Nous pouvons appeler à des manifestations quelques jours ou quelques heures avant leur tenue. C'est pour cela que nous vous demandons de vous tenir prêts.»

«Nous pouvons investir la rue durant deux jours, une semaine ou deux, et même plus ou moins si cela est nécessaire», a dit le chef de la puissante formation chiite, en appelant ses partisans à ne pas «porter atteinte à la stabilité et à la paix civile, à éviter les confrontations et les dissensions confessionnelles».

Il a assuré que les manifestations seraient «pacifiques et civilisées» et que les étapes suivantes comme «les grèves et la désobéissance civile» seraient décidées avec tous les alliés du Hezbollah, qui forment l'opposition.

Après la démission des six ministres, la légitimité du gouvernement est mise en cause par l'opposition chrétienne dirigée par le général Michel Aoun et ses alliés du Hezbollah ainsi que par le président de la République Emile Lahoud, un proche de Damas.

La décision du gouvernement à majorité pro-occidentale d'adopter, en dépit de ces démissions, le projet onusien de tribunal spécial pour le Liban, a encore aggravé la crise.

Officiellement, toutes ces démissions ont été provoquées par l'échec des consultations sur la formation d'un gouvernement d'union nationale au sein duquel l'opposition exigeait une minorité de blocage. Mais la majorité anti-syrienne considère plutôt qu'elles ont été suscitées par l'approche de la date de la mise sur pied du tribunal international pour le Liban.

Ce tribunal devra juger des auteurs présumés de l'assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafic Hariri, tué le 14 février 2005 dans un attentat spectaculaire à Beyrouth avec 22 autres personnes, au moment où la Syrie exerçait une tutelle sur le Liban. Damas a été contrainte de retirer ses troupes du Liban deux mois plus tard.

Une commission d'enquête de l'ONU avait mis en cause, dans des rapports d'étape, des responsables syriens et libanais dans l'assassinat de Hariri. La Syrie a nié toute implication.