Proche-Orient - Les Israéliens forcés de réévaluer leur campagne de raids sur Gaza

Des Palestiniens se sont rassemblés hier pour protéger les maisons de deux activistes menacées de frappes aériennes par Tsahal.
Photo: Agence Reuters Des Palestiniens se sont rassemblés hier pour protéger les maisons de deux activistes menacées de frappes aériennes par Tsahal.

Beit Lahiya, Bande de Gaza — L'armée israélienne a renoncé hier à mener des frappes aériennes contre les maisons de deux activistes, des centaines de Palestiniens, prévenus de l'imminence du bombardement, s'étant rassemblés pour les protéger. Cette nouvelle tactique pourrait contraindre les Israéliens à réévaluer leur campagne de raids sur la bande de Gaza.

Les Palestiniens se sont rassemblés dès que l'armée israélienne a ordonné aux occupants des immeubles de les évacuer. Afin d'éviter de faire des victimes humaines, Tsahal téléphone régulièrement aux occupants des bâtiments qu'elle entend détruire au motif qu'ils abritent des caches d'armes. Mais pour la première fois, les habitants n'ont pas quitté leur maison et ont été rapidement rejoints. «Mort à Israël. Mort à l'Amérique», scandaient les centaines de manifestants, appelés à se rassembler par les mosquées et les médias palestiniens.

Le premier rassemblement s'est produit juste avant minuit dans la maison de Mohammed Baroud, responsable des comités de résistance populaire, qui supervise les attaques de roquettes contre Israël depuis Beit Lahiya, une ville du nord de la Bande de Gaza. La même scène s'est répétée deux heures plus tard au domicile de Mohammed Nawajeh, un des dirigeants du Hamas dans le nord du territoire.

Le premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh s'est lui aussi déplacé, montant sur le toit de la maison de Mohammed Baroud hier matin. «Nous sommes fiers de cette résistance nationale», a-t-il lancé. «C'est le premier pas vers la protection de nos maisons.»

L'armée israélienne a affirmé avoir annulé les opérations prévues dans la nuit, tout en affirmant vouloir continuer à détruire «les infrastructures terroristes». Les militaires ont dénoncé «l'exploitation cynique de civils innocents par les terroristes qui en font des boucliers humains».

Peretz presse Abbas

Le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz, a d'ailleurs pressé hier le président palestinien Mahmoud Abbas «d'exercer son autorité pour faire cesser les tirs de roquettes» sur Israël, a annoncé le ministère de Défense.

«Israël ne tolérera pas la poursuite de ces tirs», a mis en garde le ministre, selon une source, qui a indiqué que les deux dirigeants avaient «décidé de maintenir le contact». Selon la radio publique israélienne, c'est le ministre travailliste qui a eu l'initiative de cet entretien. Auparavant, lors d'une réunion du gouvernement, M. Peretz a répété que les responsables des tirs de roquettes «en paieront le prix»

Hier, le premier ministre israélien Ehoud Olmert a par ailleurs fermement condamné la résolution des Nations unies demandant le retrait des troupes israéliennes engagées dans la bande de Gaza. Le texte a été adopté vendredi par une très large majorité, avec le soutien de tous les membres de l'Union européenne.

«Je vois [cette décision] comme très grave», a commenté Olmert lors du Conseil des ministres. «Nous n'avons aucun doute sur le fait que ce n'est pas à l'État d'Israël de fournir des réponses sur l'attaque de civils», a-t-il dit en réponse au volet de la résolution qui demande une commission d'enquête après l'attaque qui a tué 19 civils palestiniens à Beit Hanoun le 8 novembre.

Par ailleurs, une frappe aérienne israélienne a blessé neuf personnes, dont deux membres du Hamas, qui circulaient à bord d'une voiture hier et des militants palestiniens ont tiré des roquettes contre la ville israélienne de Sderot hier matin, blessant au moins une personne, selon les secours.

L'UNRWA, l'agence onusienne chargée des réfugiés palestiniens, s'est également indignée hier de ce que deux enfants palestiniens aient été légèrement blessés la veille dans une école de Beit Lahiya par des balles perdues tirées par des Israéliens. Un enfant de sept ans a été touché à la tête alors qu'il se trouvait à son bureau et une fillette de douze ans à la jambe, pendant l'évacuation du bâtiment.