Le dernier ministre pro-syrien démissionne - Le Liban s'enfonce un peu plus dans la crise politique

Beyrouth — Le Liban s'est enfoncé un peu plus dans la crise politique, hier, avec la démission du dernier ministre pro-syrien et la réunion d'un gouvernement jugé désormais illégitime par le président Émile Lahoud et l'ancien premier ministre maronite Michel Aoun.

Sixième ministre à claquer la porte du gouvernement pro-occidental dirigé par Fouad Siniora depuis samedi, Yacoub Sarraf, ministre de l'Environnement, est un chrétien maronite partisan de Lahoud, homme lige de Damas au Liban.

Les cinq ministres chiites du Hezbollah et du mouvement Amal avaient déjà démissionné samedi après l'échec des «consultations nationales» visant à leur accorder une plus grande place au sein du gouvernement, notamment en y intégrant le courant d'Aoun.

Les factions anti-syriennes majoritaires au parlement leur ont refusé la minorité de blocage qu'ils réclamaient. Du coup, le Hezbollah et ses alliés ont annoncé qu'ils organiseraient des manifestations de rue pacifiques pour obtenir gain de cause.

Les dirigeants du courant anti-syrien, qui accusent le Hezbollah de se faire instrumentaliser par la Syrie et l'Iran, ont promis des contre-manifestations, ce qui fait craindre que le Liban ne sombre à nouveau dans la violence.

«Il s'agit d'une première étape. Il y a d'autres étapes dont nous discuterons en détails avec nos alliés et que nous annoncerons progressivement», a dit le cheikh Naïm Kassem, numéro deux du Hezbollah. Il a expliqué que les discussions avaient échoué parce que les dirigeants de la majorité antisyrienne avaient refusé aux autres une participation réelle à la gestion du pays. «Le camp de la majorité parlementaire a saboté le dialogue parce qu'ils ne veulent pas d'une large participation libanaise au gouvernement et qu'ils veulent monopoliser les décisions dans ce pays. C'est une chose devant laquelle nous ne pouvons rester passifs», a-t-il poursuivi.

«On voit mal comment cette situation sera réglée sans violence. Il faut espérer que tout incident grave ramènera les gens à la table de négociations au lieu de dégénérer», a déclaré le moyen-orientaliste américain Andrew Exum.

En dépit de ces tensions, le gouvernement de Siniora s'est réuni hier pour approuver les propositions de l'ONU concernant le tribunal spécial chargé de juger les auteurs de l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri. Montrée du doigt dans l'attentat au véhicule piégé dont Hariri avait été victime en février 2005, Damas avait dû dans les mois suivant évacuer ses troupes du Liban et assister à la victoire électorale du camp anti-syrien à Beyrouth.

Le Hezbollah a démenti vouloir, en quittant le gouvernement, entraver la mise sur pied du tribunal spécial chargé de juger les assassins présumés de Rafic Hariri et d'autres attentats commis en 2005. Mais Saad Hariri, fils du premier ministre assassiné et chef de file du principal courant politique sunnite, a estimé que ces démissions avaient pour objet de freiner la constitution du tribunal.

Il a déclaré qu'elles visaient à faire obstacle au désarmement du Hezbollah réclamé par la résolution 1701 du Conseil de sécurité qui a mis fin le 14 août aux 33 jours de guerre entre Israël et le mouvement chiite libanais au Sud-Liban.

«Aujourd'hui nous sommes sur la voie de la révélation de la vérité et de la mise en oeuvre de la justice par un tribunal de caractère international formé pour mettre fin à cette série d'actes terroristes et criminels», a dit Siniora près la réunion du gouvernement, dont il a affirmé la légalité.

Mais celle-ci a été contestée par Aoun en raison de la non-représentation de la communauté chiite, qui forme environ 30 % de la population. «Ce gouvernement a perdu sa légitimité et sa décision d'aujourd'hui sur le projet de tribunal international est nulle et sans valeur», a-t-il déclaré aux journalistes.