Mésentente peu cordiale

Paris — La France a annoncé hier le report à une date ultérieure d'un sommet franco-britannique prévu en décembre, et cette décision illustre la dégradation des relations entre Londres et Paris, qui s'opposent tant sur l'Europe que sur la question irakienne.

Quatre jours après une vive altercation entre le président français Jacques Chirac et le premier ministre britannique Tony Blair au sommet européen de Bruxelles, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué en termes choisis que Paris et Londres avaient besoin d'un peu de temps pour préparer ce sommet, prévu le 3 décembre au Touquet (nord de la France).

«Nous avons besoin d'un peu de temps, de part et d'autre, pour assurer une bonne préparation pour cette échéance importante. Nous y réfléchissons en ce moment même avec nos amis britanniques», a déclaré le porte-parole du ministère, François Rivasseau.

Le coup de colère des dirigeants français ne devrait pas aller au-delà de cette démonstration de mécontentement, assurent des sources diplomatiques à Paris, qui soulignent que la tension actuelle est le résultat d'une accumulation de facteurs, allant de l'Irak aux questions européennes.

Dès lundi soir, le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin avait admis que MM. Chirac et Blair avaient eu des échanges vifs, vendredi, au sommet européen de Bruxelles.

Il avait expliqué que «Jacques Chirac [avait] défendu avec coeur la situation de la Politique agricole commune [PA C] et des agri-

culteurs français et [que] Tony Blair défendait des prises de position inverses.

Il est normal que, dans ce type de réunion, sur des positions aussi importantes, les tensions soient vives», avait indiqué M. Raffarin.

Une question de sous

Selon le Financial Times de lundi, M. Chirac a directement apostrophé Tony Blair, lui lançant en présence d'autres dirigeants européens: «Vous avez été très mal élevé et on ne m'avait jamais parlé comme ça auparavant».

Au coeur de cette dispute entre Paris et Londres se trouve le principe du rabais obtenu en 1984 par la Grande-Bretagne pour sa participation au budget de l'Europe. Ce rabais avait été alors justifié par le fait que Londres profitait moins des aides à l'agriculture que certains pays comme la France.

Le président Chirac a remis en cause ce «chèque britannique», que la France estime financer en grande partie, au grand dam des Britanniques qui ne veulent pas en entendre parler. Et une nouvelle entente scellée entre Paris et Berlin semble propre à renforcer la position de la France sur cette question.

En toile de fond de cette querelle européenne, la crise irakienne a également mis en lumière les différences entre Paris et Londres: la France ne veut pas s'engager dans l'aventure d'un changement de régime par la force en Irak, alors que les Britanniques se sont alignés sur Washington à ce sujet.

Cette solidarité atlantique du gouvernement Blair se fait, au yeux de Paris, au détriment de la construction d'une diplomatie et d'une défense européennes cohérentes et inquiète ceux qui tentent d'inventer l'avenir de l'Union.