L'Espagne dépasse le Canada

Le nouvel aéroport de Madrid, qui sera officiellement inauguré ce mois-ci, recevra 70 millions de passagers cette année.
Photo: Agence Reuters Le nouvel aéroport de Madrid, qui sera officiellement inauguré ce mois-ci, recevra 70 millions de passagers cette année.

Et si l'Espagne intégrait le G7, le club des sept pays les plus riches du monde (États-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie et Canada)? Elle pourrait aujourd'hui légitimement y prétendre, puisque son produit intérieur brut a franchi le cap des 1 000 milliards de dollars et dépassé, en valeur absolue, celui du Canada. Interrogé sur le sujet, le président du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a jugé «bon que l'on reconsidère le rôle international de l'Espagne».

Alors qu'elle s'apprête à fêter le vingtième anniversaire de son entrée dans l'Union européenne, l'Espagne peut se vanter, aujourd'hui, de faire bien mieux que ses grands voisins continentaux. La péninsule ibérique affiche une santé économique insolente au regard des pauvres performances française et allemande.

La croissance, d'abord. Depuis 2000, elle a toujours été supérieure à 3 %, sauf en 2002 où elle a quand même atteint 2,7 %. En 2005, elle devrait être de 3,5 %, c'est-à-dire presque le triple de celle de la zone euro. Le chômage, ensuite. Il a fortement baissé : en 1994, il frôlait les 24 %, en 2000 il était encore à 13,4 %, aujourd'hui il ne touche plus que 8,4 % de la population active. Pour la première fois, il passe juste sous la moyenne européenne. Les comptes publics, enfin. Ils sont excédentaires pour la première fois depuis 30 ans. Et pas de peu : ils devraient dégager un excédent de 1 % du PIB en 2005. Quant au ratio dette publique sur PIB, qui était proche des 60 % en 2000, il est aujourd'hui de 43 %.

Mais l'Espagne a aussi ses problèmes. Au premier rang desquels l' inflation. À 3,4 %, la hausse des prix est nettement au-dessus de la moyenne européenne. Certes, elle permet aux Espagnols de s'endetter à très bas coût puisque, en appartenant à la zone euro, ils bénéficient des taux d'intérêt bas européens. Mais l'inflation, c'est aussi ce qui rogne la compétitivité d'une économie déjà peu tournée vers la technologie et les secteurs à forte valeur ajoutée. Les déficits commerciaux s'accumulent.

Les comptes publics de l'Espagne devraient dégager un excédent de 1 % du PIB en 2005.

Intégrer le G7

Depuis trente ans, l''Espagne accumulait les déficits. Grâce à une croissance soutenue depuis plusieurs années — 3,5 % en 2005 —, elle peut désormais prétendre à intégrer le G7.

Ainsi, pour la première fois en plus de trente ans, les administrations publiques espagnoles termineront l'année avec des comptes en excédent.

Initialement prévu à 0,1 %, ce solde positif sera finalement «supérieur à 1 %» du produit intérieur brut (PIB) pour 2005, a annoncé le président socialiste du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, le 26 décembre.

À l'origine de cette performance, il y a une croissance de 3,5 % nettement supérieure à la moyenne européenne et la création d'environ «un million de postes de travail» qui a fait tomber le taux de chômage à 8,4 % alors qu'il était encore supérieur à 13 % en 2000.

Le régime de sécurité sociale a bénéficié, cette année, de l'inscription de plus de 500 000 travailleurs immigrés — auparavant clandestins, ils ont été régularisés — et devrait donc dégager un excédent de plus de 1 %. Les régions espagnoles pourraient être à l'équilibre.

Dans ce contexte, le niveau de la dette publique, qualifié de «magnifique» par le chef de l'exécutif, descendra à 43 % du PIB.

Ces chiffres n'ont pu qu'encourager la Fondation pour les études financières, parrainée par de nombreux grands patrons espagnols, devant laquelle s'exprimait M. Zapatero, à souhaiter que soit reconnue « la légitimité de l'Espagne à entrer dans le G8 », groupe des sept pays les plus industrialisés plus la Russie.

Le PIB de l'Espagne est, en effet, classé au 8e rang mondial, devant le Canada, qui fait partie du G8. Sans reprendre les termes mêmes de la Fondation, le président du gouvernement a jugé «bon que l'on reconsidère le rôle international de l'Espagne, alors que nous allons fêter le 20e anniversaire de son entrée dans l'Union européenne». «L'Espagne doit être un membre actif du nouveau monde qui est en train de se créer», a encore déclaré M. Zapatero.

Ces bonnes performances faciliteront l'adoption de plusieurs réformes annoncées pour le mois de janvier, comme la réforme de l'impôt sur le revenu ou encore celle de l'impôt sur les sociétés. D'ici trois à cinq ans, celui-ci sera progressivement abaissé de 35 % à 30 % pour les grandes entreprises et de 30 % à 25 % pour les PME. En mars, le projet de loi visant à promouvoir l'égalité des hommes et des femmes au travail devrait par ailleurs être examiné.

Deux déséquilibres de l'économie espagnole demeurent, selon M. Zapatero : le déficit des comptes courants (7,4 % du PIB en 2005) et l'inflation (3,4 %) qui, supérieure à la moyenne européenne, détériore la compétitivité espagnole.

En janvier, syndicats et patronats négocieront les perspectives salariales pour 2006. Dans un entretien accordé à la Fondation des caisses d'épargne, le ministre de l'économie, Pedro Solbes, a jugé « spécialement important » que les salaires évoluent «de manière cohérente avec la productivité ».