Londres suspend son référendum sur la Constitution

Le secrétaire au Foreign Office Jack Straw hier, aux Communes
Photo: Agence Reuters Le secrétaire au Foreign Office Jack Straw hier, aux Communes

Londres — Londres a annoncé hier la suspension de son référendum sur la Constitution européenne, espérant entraîner dans son sillage d'autres pays dubitatifs, en dépit des appels du couple franco-allemand à poursuivre la ratification.

Le gouvernement a décidé de reporter sine die la présentation de la loi permettant la tenue du référendum.

Lors d'un discours aux Communes, Jack Straw, le secrétaire au Foreign Office, a annoncé, du fait des incertitudes quant au sort de la Constitution, le report sine die de la présentation au Parlement d'un projet de loi permettant l'organisation d'un référendum sur ce texte.

En n'annulant pas purement et simplement sa consultation, Londres évite ainsi d'endosser la responsabilité d'avoir unilatéralement enterré la constitution.

«Cela n'a aucun sens de poursuivre à ce stade le processus [de ratification]», a déclaré un porte-parole du premier ministre Tony Blair. «Cela ne signifie pas que nous excluons cette option.»

Londres, qui prendra en juillet la présidence tournante de l'Union, estime qu'il appartient aux dirigeants européens, qui se réuniront en sommet les 16 et 17 juin, de décider du sort de la Constitution.

À dix jours d'un sommet européen qui devrait être largement consacré à la crise provoquée par les non français et néerlandais, l'exercice n'est pas sans danger. Londres a soigneusement pesé ses mots, ne voulant pas apparaître comme le fossoyeur du traité.

«Nous ne voulons pas anticiper les décisions du Conseil européen», a insisté le porte-parole. «Mais, dans une période d'incertitude, on ne doit pas simplement répondre par réflexe.»

Le projet de loi britannique qui aurait ouvert la voie à l'organisation d'un référendum avait été déposé le 24 mai au parlement, mais le débat parlementaire ne devait pas commencer avant la mi-juin. Tony Blair était a priori certain de le perdre, un dernier sondage montrant le non britannique bondir à 72 % après les votes français et néerlandais.

L'annonce britannique intervient alors que Berlin et Paris avaient lancé ce week-end un appel commun pour que la ratification se poursuive dans les 13 pays devant encore se prononcer.

Le président de la commission européenne José Manuel Durao Barroso s'était lui aussi déclaré hostile à toute décision unilatérale avant le sommet de Bruxelles et la quasi-totalité des capitales européennes se sont également prononcées pour la poursuite du processus de ratification.

Londres prend ainsi le risque de se voir isolée les 16 et 17 juin, alors que le Conseil doit également discuter du budget 2007-2013 et donc du fameux «chèque» britannique, un rabais vieux de 20 ans âprement contesté par les autres pays européens.

Mais la Grande-Bretagne, qui héritera le 1er juillet de la présidence tournante de l'Union européenne, sait aussi que certains des pays où sont prévus des référendums (Danemark, République tchèque, Irlande, Portugal, Luxembourg, Pologne) sont inquiets d'un éventuel effet boule de neige, après les non français et néerlandais.

Au Danemark, le non l'emporte désormais dans les sondages. Le président tchèque, Vaclav Klaus, a lui estimé dimanche qu'il ne servait à rien de poursuivre la ratification du traité dans sa version actuelle. Et l'Estonie a déjà annoncé le report du vote parlementaire de ratification à l'automne.

«Le risque principal» pour Tony Blair, a expliqué, Michael Bruter expert de la London School of Economics, «aurait été de froisser les autres chefs d'État et de gouvernement européens. Mais il devient clair qu'il y a une explosion en deux camps, entre ceux qui voudraient continuer et ceux qui pensent qu'il faut tout arrêter».