27 juin 1963 - Kennedy à Berlin: "Un jour, toute l'Europe sera réunie"

BERLIN. - 'Tous les hommes libres du monde sont citoyens de Berlin', a déclaré le président Kennedy, aux acclamations de 250,000 Berlinois sur la Place de l'hôtel de ville. 'Donc je suis fier de dire moi-même: 'Ich bin ein Berliner' [Je suis un Berlinois] ajouta le président des Etats-Unis.

Dans le discours qu'il a prononcé, le président Kennedy a déclaré qu'une 'Europe agrandie', reconstituée pour qu'elle comprenne les pays situés des deux côtés du rideau de fer, pourrait bien conférer aux peuples les libertés auxquelles ils aspirent.

'Les pays communistes se transforment autant que le reste du monde', a dit le président. 'La cause des droits et de la dignité de l'homme, quelque deux siècles après sa naissance en Europe et aux Etats-Unis, continue d'inspirer les hommes et les nations'.

'L'histoire même, a poursuivi le président Kennedy, infirme les dogmes marxistes, elle ne les confirme nullement'.

'Les polices d'Etat de l'est de l'Europe sont un anachronisme', a affirmé le chef de l'exécutif des Etats-Unis. 'Tout comme la division actuelle de l'Allemagne, la division de l'Europe entre en conflit avec la marche de l'histoire', a-t-il ajouté.

Le président a déclaré qu'avant que les peuples accèdent à la liberté, 'la justice nous impose, en cette période de transition, de faire tout ce que nous pouvons pour améliorer le sort et aviver les espoirs de ceux qui vivent de l'autre côté du rideau de fer'.

Réalités sûres

L'unification pacifique, a-t-il ajouté, ne sera 'ni rapide ni facile'.

'Ce qui compte avant tout dans nos jugements sur la marche actuelle de l'histoire, ce sont les réalités de la force de l'Ouest, les réalités des engagements de l'Ouest, les réalités de l'Allemagne considérée comme nation et des Allemands comme peuple, sans égard à des frontières artificielles de barbelés.

Ce sont là les réalités sur lesquelles nous nous appuyons, et d'autres, aussi, feraient bien de les reconnaître'.

En parlant de la transformation remarquée partout dans le monde, le président Kennedy a brièvement fait allusion à la situation raciale aux Etats-Unis.

'Les citoyens noirs de mon propre pays, a-t-il dit, ont renforcé leurs demandes d'égalité, et le peuple américain, de même que mon gouvernement, sont déterminés à y répondre. Le rythme de la décolonisation s'est accru en Afrique. Les peuples des pays en voie d'expansion ont intensifié leur poursuite de la justice économique et sociale'.

Pendant les sept heures qu'il a passées à Berlin-Ouest, point crucial de son voyage en Allemagne, M. Kennedy a été accompagné par les ovations d'un million de Berlinois.

L'avion du président s'était posé hier matin sur l'aéroport de Tegel, en secteur français. Le chancelier Adenauer, M. Willy Brandt, maire de Berlin-Ouest, et le général Toulouse, commandant français à Berlin, l'ont accueilli à son arrivée.

Pendant qu'éclatait une salve de 21 coups de canon, le président a passé en revue la garde d'honneur composée de troupes françaises, américaines et britanniques et d'un détachement de la police de Berlin-Ouest.

Prenant place dans une voiture découverte, aux côtés du chancelier Adenauer et de M. Brandt, qui lui avait dit en l'accueillant, 'nous pouvons nous fier à nos amis et ils peuvent avoir confiance en nous', le président a pris le chemin de la porte de Brandebourg.

La foule

Tout le long du parcours du cortège, la foule massée sur sept à huit rangs, acclamait le président des Etats-Unis. Des fenêtres, on lançait, comme dans les parades new-yorkaises, des confettis. Les spectateurs scandaient Ken-ne-dy, Ken-ne-dy.

Partout les drapeaux américains et ouest-allemands flottaient côte à côte. Dans toutes les vitrines on voyait des portraits de Kennedy. 'C'est la plus belle réception que le président ait jamais eue', a déclaré un porte-parole de la Maison Blanche.

M. Kennedy s'arrêta deux minutes à la porte de Brandebourg découvrant, du haut d'une plate-forme spécialement édifiée à cet effet, le 'mur' de Berlin, seuil du monde communiste. [...]

Le président Kennedy s'est rendu ensuite au point de passage de la Friedrichstrasse, 'Check Point Charlie', que M. Khrouchtchev avait visité en janvier dernier.

Il s'est avancé jusqu'à la ligne blanche qui marque la limite entre les secteurs est et ouest. M. Brandt montra du doigt au président le monument élevé à la mémoire de Peter Finch, qui, après avoir tenté de franchir le mur, y agonisa pendant plusieurs heures.

Puis le président a gagné l'hôtel de ville de Schoeneberg où 250,000 personnes lui firent une longue ovation.

L'Est

Enfin, la foule se tut et M. Otto Bach, président du sénat de Berlin-Ouest remarqua, au micro, que malgré toutes les interdictions 'les Allemands de l'Est sont avec nous grâce à la télévision et à la radio'.

De son côté, le chancelier Adenauer déclara: 'Ici se déroule un plébiscite que le monde entier ne pourra ignorer.'