Europe - Grandes manoeuvres autour de la constitution

Berlin — De grandes manoeuvres impliquant notamment l'Allemagne, la France et la présidence de l'UE ont débuté hier, au lendemain du non néerlandais à la Constitution européenne, pour chercher d'urgence des réponses, au moins provisoires, à la crise politique dans laquelle l'Europe se trouve plongée.

Ces préparatifs sont nécessaires à l'approche du Conseil européen, les 16 et 17 juin à Bruxelles, alors que les victoires du non à 54,67 % et à 61,6 % en France et aux Pays-Bas, deux pays fondateurs de l'UE, ont semé un vent de panique, que la ratification du traité hier par la Lettonie n'a pas réussi à dissiper.

Après ce double échec, une pause de réflexion approfondie sur ce qu'il convient de faire pour rapprocher l'Europe de ses citoyens a été réclamée ici et là, notamment par Jacques Chirac.

Alors que ce sommet est censé se pencher sur les perspectives financières de l'UE pour 2007-13 divisant contributeurs et bénéficiaires — sujet en soi essentiel mais très technique —, le sommet risque aussi de donner lieu à un grand déballage, vraisemblablement confus, de propositions et de revendications pour sauver le projet européen. C'est pourquoi le président en exercice de l'UE, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, va entreprendre de nombreuses consultations pour le préparer.

C'est dans cette perspective que le chancelier Gerhard Schröder, qui a réagi aux échecs des référendums en France et aux Pays-Bas en affirmant que le processus constitutionnel doit continuer, est parti consulter M. Juncker hier. Il entretient des relations de confiance avec le Luxembourgeois.

Dès demain, le président Jacques Chirac, affaibli par le référendum en France, viendra à Berlin discuter avec son ami Schröder des raisons du non et des solutions possibles à la crise. Le 10 juin, les deux hommes se rencontreront en France pour un entretien informel, dit de Blaesheim, afin de faire à nouveau le point. M. Chirac sera allé la veille à Luxembourg pour voir M. Juncker, que M. Schröder reverra le 10.

Puis, le 13 juin, ce sera le tour du premier ministre britannique Tony Blair, autre acteur essentiel dans le poker européen, de faire le voyage de Berlin. Tony Blair doit présider dès juillet l'Europe des Vingt-Cinq pour six mois.

Pour Jacques Chirac comme pour Gerhard Schröder, il faut aller jusqu'au bout du processus constitutionnel par égard aux dix pays qui ont déjà ratifié et ceux qui s'apprêtent à le faire. La crainte grandit d'un effet boule de neige si des doutes sont semés sur la route de la ratification.

L'annonce, imminente selon des sources au Foreign Office, d'un gel pour une période indéfinie du projet de référendum sur la Constitution, prévu en Grande-Bretagne au printemps 2006, pourrait donner un signal négatif. Réagissant à ces informations, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a mis en garde les Vingt-Cinq contre toute «décision unilatérale» de suspendre la ratification de la Constitution.

Selon le quotidien Financial Times Deutschland citant des sources gouvernementales allemandes, Tony Blair chercherait à former un groupe de pays pour demander la fin du processus de ratification mais aurait déjà reçu des fins de non-recevoir de Prague et de Varsovie. Cette initiative inquiéterait Berlin, selon ces sources.

Face à ce remue-ménage, la Commission européenne chercherait de son côté, selon une source communautaire, à se concentrer sur des projets concrets suscitant l'intérêt des citoyens, qui démontrent la valeur ajoutée de l'UE.