Référendum sur la Constitution européenne - Offensive du désespoir aux Pays-Bas

La Haye — À la veille d'un référendum crucial pour l'avenir de l'Europe, le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, a lancé hier un ultime appel à ses concitoyens à voter oui à la Constitution européenne, alors que le non est crédité d'une large victoire dans les sondages.

«Un non n'est dans l'intérêt ni des Pays-Bas, ni de l'Europe. Si vous voulez que l'économie progresse, vous devez voter oui», a déclaré le premier ministre dans une dernière entrevue à la télévision publique avant le scrutin.

Après le non des Français dimanche, les Pays-Bas devraient être le deuxième membre fondateur de l'Union européenne à se prononcer contre la Constitution aujourd'hui. Le non devrait l'emporter avec 59 ou 62 % des voix, selon deux sondages publiés hier par les instituts Maurice de Hond et NIPO. Ces enquêtes ne tiennent pas compte des indécis. En France, le non a obtenu près de 55 % des suffrages lors du référendum de dimanche.

Pour tenter d'inverser la tendance, la plupart des ministres du gouvernement de centre-droit au pouvoir à La Haye ont passé leur journée à distribuer des tracts, à débattre ou à visiter les lycées. Les sociaux-démocrates (PvdA), principale force d'opposition, et les écologistes (Groelinks, opposition) ont également mené campagne toute la journée.

Pour le Telegraaf, principal quotidien du pays, il s'agissait cependant d'une dernière «offensive du désespoir» de la part des défenseurs du oui.

Les Néerlandais semblent déterminés à rejeter le traité constitutionnel lors du premier référendum de leur histoire moderne, dans un geste de défiance envers une classe politique à laquelle ils ne font plus confiance, selon les experts.

Le gouffre entre les citoyens et les politiques est exposé au grand jour, alors que plus de 80 % des députés néerlandais soutiennent la Constitution.

«Le non aux Pays-Bas n'est pas dirigé contre l'Europe mais contre une classe politique jugée peu fiable, qui a déçu les citoyens sur des dossiers comme l'euro», a expliqué Maurice de Hond, le directeur de l'institut de sondage éponyme.

La monnaie unique est devenue un des principaux thèmes de la campagne, alors que la population néerlandaise n'a de cesse de clamer son mécontentement face à la hausse des prix attribuée à l'euro. L'aveu officiel, au début de la campagne, que la monnaie nationale avait été sous-évaluée par rapport au deutsche mark lors du passage à l'euro a mis le feu aux poudres dans un pays qui s'indigne déjà d'être le plus gros contributeur net au budget européen.

Le premier ministre a reconnu hier que la Constitution n'allait pas assez loin en matière de réforme de la politique agricole commune et a regretté qu'elle ne donne pas la possibilité au Parlement européen de renvoyer individuellement les commissaires européens.

Les rares sondages qualitatifs évoquent également la peur de la Turquie et de l'immigration à l'origine du non néerlandais.

«Depuis Pim Fortuyn [leader de la droite populiste assassiné en 2002], les Néerlandais se sont repliés sur eux-mêmes. Il y a une peur de tout ce qui est étranger», expliquait Sophie Vanhoonacker, une Belge directrice de la faculté d'études européennes.

Le camp du non, qui rassemble des partis aussi différents que les protestants orthodoxes, les populistes et le Parti socialiste, petite formation très à gauche, dit également redouter la peur d'une perte de souveraineté.

Très attachés à leurs politiques spécifiques en matière de drogue, d'euthanasie ou d'ouverture du mariage aux homosexuels, les Néerlandais craignent que l'Europe vienne s'en mêler.

«Les Pays-Bas resteront les Pays-Bas», a martelé lundi le chef de file des chrétiens-démocrates, Maxime Verhagen, lors d'un débat télévisé.

Le référendum est consultatif, mais la plupart des partis politiques ont indiqué qu'ils respecteraient le résultat si la participation excédait les 30 %. Les sondages prévoient entre 45 % et 50 %.

En cas de victoire du non, le premier ministre a indiqué qu'il ne démissionnerait pas. Le référendum est en effet une initiative des députés et non du gouvernement.