Si le non l'emporte en France - Blair songe à renoncer au référendum

Londres — Tony Blair a laissé entendre hier qu'il pourrait renoncer à organiser en Grande-Bretagne un référendum sur le projet de constitution de l'Union européenne si le «non» l'emportait lors de la consultation organisée à ce sujet en France le 29 mai prochain.

Les sondages réalisés en France au cours des dernières semaines s'accordent à constater que les opposants au projet sont majoritaires, même au lendemain de l'intervention du président Jacques Chirac en faveur du «oui» jeudi dernier à l'occasion d'une émission télévisée.

Le dernier sondage en date, réalisé vendredi et samedi pour le journal Libération, fait état de 53 % des intentions de vote en faveur du «non» contre 47 % pour le «oui», avec 33 % d'indécis parmi les personnes interrogées s'affirmant résolues à voter.

Cependant, il s'agit du premier sondage depuis des semaines où le «non» se tasse légèrement.

L'ancien ministre des Affaires étrangères français Dominique de Villepin a estimé dimanche que le camp du «oui» disposait de réserves et avait «une grande chance de l'emporter» s'il faisait correctement campagne, prédisant en revanche qu'une victoire du «non» «casserait l'élan européen».

Tony Blair semble partager cet avis, car il a dit s'attendre malgré tout à un «oui» des Français, estimant en revanche que leur «non» ôterait tout justification à la consultation des Britanniques en portant un coup fatal à la «constitution Giscard». Interrogé lors d'une conférence de presse sur le maintien du référendum en cas de rejet du projet de constitution par les Français, Blair a répondu: «On ne peut voter sur rien.»

C'est la première fois que Blair donne à penser qu'il pourrait remiser son projet de consultation populaire, à si hauts risques pour lui qu'il l'a programmée pour après les législatives du 5 mai où il brigue, avec de fortes chances de succès, un troisième mandat.

Jusqu'à présent, le leader travailliste maintenait qu'il organiserait cette consultation l'an prochain envers et contre tout, à savoir quelle que soit l'issue des votes référendaires ou parlementaires chez ses 24 partenaires européens.

En France, le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, très impopulaire dans l'opinion, vient de voir son action ouvertement mise en cause par un des ministres les plus influents du gouvernement, très proche du président Jacques Chirac.

Cette attaque en règle est venue du ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, qui a demandé une réorientation de la politique gouvernementale dans des déclarations à une radio privée, à un moment où une quinzaine de sondages successifs viennent de donner le «non gagnant au référendum du 29 mai prochain.

Signe de désaccords profonds au sein de la majorité présidentielle, Nicolas Sarkozy, l'ambitieux et bouillant patron de l'UMP (parti de Jacques Chirac) a volé hier au secours de M. Raffarin.

Les propos de M. de Villepin, a-t-il dit, témoignent d'une «perte de sang-froid» dommageable en période de campagne référendaire, et n'ont certes pas été dictés par le président Chirac, contrairement à ce qu'a laissé entendre le ministre.

«Quelle que soit la réponse» au référendum, il faudra, après le 29 mai, «une politique beaucoup plus volontaire, plus audacieuse, plus solidaire» pour «mieux prendre en compte les aspirations et les frustrations» des Français, a déclaré Dominique de Villepin, dont la presse estime hier qu'il a fait quasiment acte de candidature à Matignon pour l'après-référendum.