Pays basque espagnol - La coalition au pouvoir recule

Vitoria, Espagne — Les nationalistes basque modérés au pouvoir étaient en passe hier soir de remporter les élections régionales au Pays basque espagnol, mais ils sont en recul et ne disposeront pas de la majorité absolue au Parlement.

Après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote, le Parti nationaliste basque (PNV) du premier ministre Juan José Ibarretxe et ses alliés demeurent le principal bloc politique avec près de 39 % des voix.

Leur représentation au Parlement, où siègent 75 élus, passera cependant à 29 élus, contre 33 dans la précédente mandature, issue des élections de 2001. Avec 5 % des suffrages, leurs alliés de la Gauche unie compteront trois parlementaires et Ibarretxe devrait donc être en mesure de former un gouvernement minoritaire.

La surprise de ce scrutin vient de la performance du Parti communiste des Terres basques (PCTV-EHAK), une petite formation créée en 2002 et qui bénéficiait pour cette consultation du soutien des séparatistes de Batasuna, considérée comme la vitrine politique des clandestins armés d'ETA.

Selon les résultats officiels, elle recueille 12,5 % des voix et disposera de neuf élus au Parlement. Aux élections régionales de 2001, Euskal Herritarrok, devenu depuis Batasuna, avait obtenu 10,1 % des voix et sept sièges au Parlement basque.

«En tant que démocrate, cela fait mal. ETA et Batasuna étaient représentés dans cette élection. C'est un véritable revers pour la démocratie», déplorait dans la soirée Carmelo Barrio, secrétaire général du Parti populaire (PP, droite), accusant le gouvernement socialiste de ne pas avoir écarté le PCTV-EHAK des urnes.

Au-delà de l'élection des 75 députés du parlement régional, ce scrutin devait donner une idée du soutien dont jouit le plan de «libre association» avec l'Espagne que défend Ibarretxe mais que le Parlement espagnol a rejeté le 1er février dernier.

Ibarretxe espérait que sa coalition obtiendrait un large score à ces législatives, susceptible de contraindre Madrid à renégocier son projet. Même s'il remporte sa huitième victoire législative consécutive, le PNV n'aura donc pas rempli le contrat fixé par Ibarretxe.

Le Pays basque espagnol reste coupé en deux sur ce plan qu'Ibarretxe voit comme un projet à même d'en finir avec les violences séparatistes, mais que les autorités espagnoles considèrent comme une atteinte à la constitution espagnole.

Ibarretxe et le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, pourraient se mettre d'accord sur une «troisième voie», similaire à celle adoptée en Catalogne, qui jouit d'un statut d'autonomie depuis 1979.

«Les socialistes vont essayer de convaincre Ibarretxe de suivre la voie de la Catalogne», affirme Charles Powell, professeur d'histoire à l'université San Pablo-CEU de Madrid. «Si l'on exclut la rhétorique, le plan d'Ibarretxe se réduit à des pouvoirs accrus sur les impôts et les tribunaux.»

En réaction au plan d'Ibarretxe, plusieurs centaines de personnes ont manifesté hier dans les rues de Madrid à l'appel du parti de la Phalange. Les protestataires ont scandé «Vive l'unité espagnole!» et déployé des drapeaux de la période franquiste, durant laquelle la culture et la langue basques ont été systématiquement réprimées.