Les démocrates chrétiens lâchent Silvio Berlusconi

Rome — Le gouvernement italien est entré en crise hier après le retrait des quatre ministres démocrates-chrétiens de l'UDC, et Silvio Berlusconi pourrait chuter avant la fin de son mandat, prévu en mai 2006.

Une autre formation de la coalition gouvernementale, le Nouveau Parti socialiste italien dirigé par Bobo Craxi et Gianni De Michelis, a décidé peu après de retirer ses deux membres — un vice-ministre et un secrétaire d'État — du gouvernement. Les deux petits partis ont toutefois maintenu leur soutien au gouvernement.

Le chef du gouvernement italien a proposé hier soir un nouveau pacte politique à ses alliés pour faire revenir l'UDC au gouvernement et a menacé d'élections anticipées faute d'accord. Le petit parti centriste démocrate-chrétien exige un profond remaniement ministériel et un nouveau programme après la défaite des partis de la coalition au pouvoir lors des élections régionales début avril. La coalition gouvernementale a perdu six des huit régions qu'elle contrôlait et a été battue par l'opposition en suffrages exprimés.

Silvio Berlusconi a consulté toute la journée d'hier les dirigeants des formations de droite et de centre-droit de sa coalition et un document a été élaboré. Il s'agirait d'un pacte politique et il comporterait la formation d'un gouvernement «Berlusconi bis», c'est-à-dire un remaniement ministériel, selon les médias italiens.

«Tout le monde avait donné son accord, mais le vice-premier ministre [Marco Follini] a revu sa position. Il a dit ne pas pouvoir adhérer à ce document qu'il a contribué à rédiger et a demandé du temps», a annoncé M. Berlusconi, cité par les agences de presse italiennes. «Je pense qu'il peut changer d'avis, parce que je ne vois pas de raisons objectives pour lui de refuser de donner son accord à quelque chose qu'il a accepté», a-t-il ajouté.

Interrogé sur la nécessité de convoquer des élections anticipées si l'UDC ne revient pas au gouvernement, M. Berlusconi a répondu: «Cela me semble évident.»

Le secrétaire général de l'UDC, Marco Follini, démissionnaire de son poste de vice-premier ministre sans portefeuille, s'est refusé à tout commentaire sur les déclarations de M. Berlusconi.

«Les électeurs ont réclamé au centre-droit un profond changement. L'UDC estime qu'il est de son devoir de ne pas faire semblant, comme si de rien n'était. Laisser les choses en l'état n'aiderait ni la coalition ni le pays», avait-il expliqué dans la journée pour justifier la décision de son parti de se retirer. M. Follini avait rejoint le gouvernement en décembre 2004.

Silvio Berlusconi se retrouve désormais à la merci de ses alliés, car ils peuvent chaque instant le mettre en minorité lors d'un vote au Parlement. Il doit également compter avec le mécontentement de l'Alliance nationale, le parti conservateur dirigé par le chef de la diplomatie et vice-premier ministre Gianfranco Fini. M. Fini a également exigé un nouveau programme de gouvernement et a mis en demeure M. Berlusconi de demander un vote de confiance au Parlement la semaine prochaine.

«Nous nous trouvons dans une phase de profonde crise», a affirmé hier Romano Prodi, chef de «l'Union», la coalition des partis de l'opposition de gauche, après l'annonce du retrait de l'UDC. Chef du gouvernement, M. Prodi avait été mis en minorité à la Chambre en 1998 sur la réforme des retraites et avait dû démissionner.

Le Parlement compte 616 députés et 320 sénateurs. Berlusconi et ses alliés de droite et de centre-droit comptent 344 élus à la Chambre et 171 au Sénat. Mais si les 34 députés UDC et les trois députés du Nouveau Parti socialiste votent contre le gouvernement à la Chambre, le gouvernement Berlusconi tombe.