En votant non, la France cesserait d'exister, dit Chirac

Paris — Le président français, Jacques Chirac, est monté hier en première ligne dans la campagne pour le référendum du 29 mai, en France, sur la Constitution européenne, en affirmant que si le non, systématiquement en tête des sondages, l'emportait, la France «cesserait d'exister politiquement» en Europe.

M. Chirac a aussi annoncé, au cours d'une émission télévisée, que la défaite du oui au référendum, souvent assimilé en France à un plébiscite de politique intérieure, ne l'amènerait pas à démissionner.

«Si la France, d'aventure, ne la votait pas, la France, au moins pendant un certain temps [...] cesserait d'exister politiquement au sein de cette Europe parce qu'on lui dirait: vous, vous ne l'avez pas votée. C'est ça qui m'inquiète», a déclaré M. Chirac au cours d'un débat face à 83 jeunes Français au palais présidentiel de l'Élysée.

Si les Français votaient non, la France serait «considérablement affaiblie» et deviendrait «le mouton noir» de l'Europe, a-t-il estimé.

«Vous aurez en réalité 24 pays qui voteront oui et puis le mouton noir qui aura tout bloqué», a-t-il déclaré dans cette émission à grand spectacle, controversée dans sa forme et diffusée sur la chaîne de télévision privée TF1.

Avec la victoire du non le 29 mai, «on garde le système actuel, un système dont chacun voit les faiblesses et les difficultés», a-t-il dit, ajoutant: «Quelle va être, demain, dans le système européen, au Conseil européen, la voix de la France alors qu'elle aura dit non?»

Agitant le spectre d'un arrêt de la construction européenne, M. Chirac a emprunté au défunt pape Jean-Paul II son exhortation contre le communisme du début de son pontificat en demandant aux Français de «ne pas avoir peur». Face aux dangers de la mondialisation, a-t-il ainsi affirmé, le traité constitutionnel européen répond à «une logique qui est justement non libérale».

Face à la mondialisation, «qui inquiète les Français et les Françaises, et qui est portée par un courant ultralibéral» et l'évolution «vers de plus en plus de grandes puissances», le président français a aussi affirmé que «l'Europe devait être forte et organisée».

«Seule notre puissance politique, aujourd'hui, au sein de l'Europe, nous permet de défendre nos intérêts. Si, demain, nous avons voté non, nous n'aurons plus de puissance», a-t-il martelé.

Affirmant qu'il serait impossible de renégocier le traité constitutionnel européen en cas de victoire du non, il a souligné que la «première conséquence» serait «que la construction européenne s'arrête».

«L'argument selon lequel on pourrait renégocier n'est pas sérieux», a estimé M. Chirac, parce que «nous sommes 25 et que les 24 autres n'accepteront jamais de renégocier».

Évoquant les cas des non danois au traité de Maastricht et irlandais à celui de Nice, il a indiqué qu'il «n'y avait pas eu de renégociation» et que «l'Europe avait simplement accepté que le Danemark et l'Irlande se retirent de certaines des politiques européennes».

Pour M. Chirac, «l'intérêt des pays anglo-saxons et, a fortiori, des États-Unis est naturellement qu'on arrête cette construction européenne qui risque de donner demain une Europe beaucoup plus forte».

Il a adressé cette mise en garde alors que le non arrive en tête dans tous les sondages en France depuis un mois. Selon quatorze enquêtes d'opinion consécutives, tous instituts confondus, de 53 à 55 % des Français rejettent la Constitution européenne.

Face au tollé soulevé par une directive dite Bolkestein, du nom d'un commissaire européen, sur l'introduction d'une politique libérale dans les services, M. Chirac a estimé que de «nouvelles propositions» étaient «tout à fait acceptables et raisonnables», la France ayant été soutenue «par une majorité du Parlement européen».

Le président français a enfin déclaré que «les valeurs, les traditions, le mode de vie et de fonctionnement de la Turquie», candidate à l'adhésion à l'Union européenne, étaient actuellement «incompatibles avec les valeurs de l'Europe» et que «vouloir aujourd'hui mélanger [ce] problème avec la Constitution est absolument ou de mauvaise foi ou d'une grande légèreté de réflexion».