L' Union européenne va négocier avec Belgrade

Bruxelles et Belgrade — La Commission européenne a recommandé hier l'ouverture de négociations sur un accord d'association avec la Serbie-et-Monténégro, première étape vers une éventuelle adhésion de l'ancienne République yougoslave à l'Union européenne.

Cette décision, prise près de cinq ans après la chute de Slobodan Milosevic, vient récompenser en partie la coopération accrue de Belgrade avec le Tribunal pénal international (TPIY) de La Haye, chargé des crimes commis en ex-Yougoslavie.

Si Ratko Mladic et Radovan Karadzic, les deux principaux dirigeants bosno-serbes de la guerre de 1992-95, sont en fuite depuis dix ans, une dizaine de criminels de guerre présumés se sont livrés à La Haye depuis le début de l'année, signe des efforts entrepris par la Serbie.

Lors d'une conférence de presse, le commissaire européen à l'Élargissement, Olli Rehn, a salué «l'entrée de la Serbie-et-Monténégro sur la route européenne».

«Je suis heureux que la Serbie-et-Monténégro ait finalement accompli suffisamment de progrès dans la coopération avec le tribunal de La Haye. Cette tendance doit se poursuivre jusqu'à ce qu'aucun criminel accusé ne soit encore en liberté», a ajouté le commissaire finlandais, précisant que les négociations pourraient débuter d'ici la fin de l'année.

À Belgrade, le premier ministre de la Serbie, Vojislav Kostunica, a déclaré que son pays attendait ce moment depuis le renversement de Milosevic en octobre 2000. La décision de l'UE est d'une extrême importance et elle va injecter de l'optimisme dans la société serbe, a-t-il dit.

Le président serbe Boris Tadic, qui se dit prêt à des discussions avec les dirigeants de la majorité albanaise du Kosovo, a déclaré à ses compatriotes qu'il leur revenait désormais de faire évoluer leur société pour accélérer l'entrée dans l'Union.

Dans un communiqué publié hier, la Commission européenne annonce qu'elle a «approuvé une étude de faisabilité évaluant le degré de préparation de la Serbie-et-Monténégro à négocier un Accord de stabilisation et d'association avec l'UE».

À terme, ce feu vert de Bruxelles peut ouvrir la voie à une éventuelle adhésion de Belgrade. Dans un premier temps, il pourra conduire à des relations politiques et économiques accrues avec les Vingt-cinq.

Le Processus de stabilisation et d'association définit le cadre contractuel des relations entre l'UE et les Balkans, dont seule la Slovénie a adhéré à l'ensemble européen depuis l'éclatement de la Yougoslavie, au début des années 1990. Mais la condition principale posée à la Serbie par l'Union européenne, comme à la Croatie d'ailleurs, reste sa coopération pleine et entière avec le Tribunal de La Haye.

Le commissaire européen n'a pas esquissé le calendrier potentiel d'une candidature de Belgrade, indiquant seulement que la suite du processus dépendrait du rythme des réformes engagées en Serbie-et-Monténégro et de sa coopération future avec La Haye.

À La Haye, la procureur en chef du TPIY, Carla Del Ponte, a fait savoir qu'elle «partageait pleinement» l'évaluation de la Commission.