Berlin et Washington livreront des chars à l’Ukraine

Un char Leopard 2A7 lors d’un exercice militaire de l’armée allemande le 20 mai 2019
Patrick Stollarz Agence France-Presse Un char Leopard 2A7 lors d’un exercice militaire de l’armée allemande le 20 mai 2019

Après des semaines d’hésitations, les États-Unis et l’Allemagne ont annoncé mercredi la livraison de chars lourds à l’Ukraine, traduisant un soutien occidental encore accru à Kiev dans la perspective d’une possible contre-offensive à l’invasion russe.

Washington a annoncé l’envoi de 31 Abrams tandis que le chancelier allemand, Olaf Scholz, a promis des Leopard 2, des blindés que réclamait Kiev depuis longtemps pour faire face au rouleau compresseur russe.

« Il ne s’agit pas d’une menace offensive contre la Russie », a tenu à assurer le président américain, Joe Biden, qui s’est entretenu de l’aide à apporter aux Ukrainiens avec son homologue français, Emmanuel Macron, Olaf Scholz, la première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le chef du gouvernement britannique, Rishi Sunak.

Berlin doit fournir à Kiev 14 Leopard 2 de type 2A6 issus des stocks de son armée, la Bundeswehr, et a décidé d’autoriser ses alliés occidentaux disposant de ces blindés de fabrication allemande à faire de même.

« Nous faisons ce qui est nécessaire et possible pour soutenir l’Ukraine, mais nous empêchons en même temps une escalade de la guerre, vers une guerre entre la Russie et l’OTAN », a souligné M. Scholz devant le Bundestag, la chambre basse du parlement allemand.

Colère russe

 

« C’est une décision extrêmement dangereuse qui va amener le conflit vers un nouveau niveau de confrontation », a réagi l’ambassadeur de Russie à Berlin, Sergueï Netchaev.

« Cela nous persuade une fois encore que l’Allemagne, à l’instar de ses alliés les plus proches, ne veut pas d’une solution diplomatique à la crise ukrainienne et qu’elle veut une escalade permanente », a-t-il dit.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a lui salué la décision des Occidentaux, mettant la barre encore plus haut en leur réclamant des missiles de longue portée et des avions de combat.

 

Dans l’immédiat, « la clé est maintenant la vitesse et le volume » des livraisons des chars, a souligné le président ukrainien. La livraison de ces blindés est « une étape importante pour la victoire finale », a ajouté Volodymyr Zelensky. « Aujourd’hui, le monde libre est uni comme jamais auparavant avec un objectif commun : la libération de l’Ukraine », a-t-il insisté.

Sur le terrain, la Russie, « en supériorité numérique », « intensifie » ses combats dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, a affirmé la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar. « Les combats s’intensifient », a-t-elle indiqué sur le réseau social Telegram, citant la zone autour de Bakhmout, que les troupes de Moscou tentent de conquérir depuis plusieurs mois, mais aussi celle autour de Vougledar, une localité au sud-ouest de Donetsk.

Selon le ministère colombien des Affaires étrangères, deux Colombiens enrôlés dans l’armée ukrainienne ont trouvé la mort dans des combats contre l’armée russe.

Selon des experts, la crainte d’une escalade militaire avec Moscou était pour beaucoup dans les hésitations du camp occidental à fournir des chars lourds à Kiev.

Multiples Leopard 2

 

Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a estimé que les premiers chars en provenance d’Allemagne pourraient être en Ukraine dans les trois mois.

La Norvège a aussi promis à l’Ukraine des Leopard 2. Selon plusieurs médias, la coalition de pays prêts à fournir de tels blindés comprend aussi le Danemark et les Pays-Bas, en plus de la Pologne et de la Finlande. L’Espagne a confirmé être « disposée » à livrer aussi des chars.

Pas encore de décision à Ottawa

Le Canada n’avait pas annoncé mercredi qu’il fournira à l’Ukraine des chars lourds Leopard 2, alors que l’Allemagne donnait son feu vert à de tels transferts d’armements. Interrogé là-dessus mercredi matin, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu’il n’avait « pas d’annonce à faire » pour le moment.

Les Forces armées canadiennes possèdent 112 chars Leopard 2, mais des analystes estiment qu’Ottawa ne pourrait en fournir qu’un petit nombre à l’Ukraine, si le Canada veut maintenir ses propres besoins en matière de formation et d’opérations. Le lieutenant-général à la retraite et ancien commandant de l’armée canadienne Jean-Marc Lanthier affirme que le Canada a un devoir moral d’aider l’Ukraine, mais que tout don devra être évalué en fonction de l’impact à long terme sur les forces armées.

M. Lanthier affirme que seule la moitié des Leopard 2 canadiens sont opérationnels à tout moment, compte tenu des exigences de maintenance et d’autres facteurs, et que la flotte est répartie entre différentes unités à travers le pays.

M. Trudeau a indiqué mercredi matin que la décision d’Ottawa dans ce dossier n’était pas encore arrêtée. « Mais comme vous le savez très bien, le Canada cherche à faire tout ce qu’on peut pour aider l’Ukraine, et on espère en avoir plus à partager dans les prochains jours », a-t-il dit à son arrivée à la réunion du cabinet libéral, en prévision de la rentrée parlementaire lundi prochain.

« Le Canada a toujours été là pour appuyer l’Ukraine avec de l’aide humanitaire, avec de l’aide financière, mais aussi avec des armements de façon significative, a indiqué M. Trudeau. On est là pour continuer à fournir de l’aide militaire à l’Ukraine, aux Ukrainiens, parce que l’on doit voir l’Ukraine gagner dans ce conflit que la Russie a instigué chez eux de façon illégale. »

La Presse canadienne

Les Leopard vont « renforcer la capacité défensive » de l’Ukraine, a estimé le Royaume-Uni, qui s’est engagé à livrer 14 chars lourds Challenger 2. Paris et Varsovie ont, eux, salué l’envoi de chars lourds à l’Ukraine.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Italie sont dans un « soutien indéfectible à l’Ukraine » qui sera maintenu « aussi longtemps que nécessaire pour que l’Ukraine l’emporte », a assuré dans un communiqué la présidence française.

Pour le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, « à un moment critique de la guerre livrée par la Russie », les chars lourds envoyés à Kiev « peuvent aider l’Ukraine à se défendre, à vaincre et à l’emporter en tant que nation indépendante ».

Auparavant, l’armée ukrainienne avait admis avoir cédé Soledar, une cité voisine de Bakhmout, deux semaines après l’annonce de sa prise par Moscou.

Dans un autre registre, l’Ukraine a parlé de « victoire diplomatique » après que le centre historique d’Odessa, ville portuaire ukrainienne des bords de la mer Noire, a été inscrit mercredi sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco en raison des « menaces de destruction » planant sur ce site depuis le début de l’invasion russe.

C’est une décision « politique » prise « à la va-vite », a critiqué de son côté le ministère russe des Affaires étrangères.

En liaison avec le conflit en Ukraine, décision a par ailleurs été prise de ne pas inviter de représentants de la Russie aux célébrations du 78e anniversaire de la libération, par l’Armée Rouge, du camp de la mort nazi d’Auschwitz-Birkenau, a annoncé le musée du site.



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