L’Allemagne en route vers un accord de livraison des chars Leopard

Le gouvernement d’Olaf Scholz subit une pression croissante en vue de donner son feu vert aux pays partenaires qui le souhaitent pour qu’ils puissent livrer à l’Ukraine des chars d’assaut Leopard, de fabrication allemande.
Patrik Stollarz Agence France-Presse Le gouvernement d’Olaf Scholz subit une pression croissante en vue de donner son feu vert aux pays partenaires qui le souhaitent pour qu’ils puissent livrer à l’Ukraine des chars d’assaut Leopard, de fabrication allemande.

Sous pression depuis des jours, l’Allemagne a entrouvert mardi la voie à une autorisation pour les pays alliés de livrer des chars lourds Leopard réclamés avec insistance par l’Ukraine, promettant de répondre « avec l’urgence requise » à une requête en ce sens de la Pologne.

Mardi soir, deux médias allemands, le Spiegel et la chaîne d’information NTV, ont même assuré que le chancelier Olaf Scholz allait donner son feu vert, probablement mercredi.

« L’Allemagne envoie des chars Leopard à l’Ukraine », a écrit sur Twitter le Parti libéral-démocrate (FDP), membre de la coalition gouvernementale menée par M. Scholz. Le dirigeant allemand, qui doit s’exprimer mercredi à 13 h heure locale devant la chambre basse du Parlement allemand, donnerait aussi son accord aux pays, dont la Pologne, qui souhaitent livrer des chars Leopard 2 à Kiev, selon ces mêmes médias.

Associated Press rapportait, de son côté, les propos de responsables américains selon lesquels Washington serait sur le point d’approuver l’envoi de chars M1 Abrams en Ukraine pour aider ce pays à combattre la Russie.

Au Canada, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a affirmé mardi travailler avec les alliés du pays, mais a refusé de dire si cela signifiait envoyer des véhicules blindés en Ukraine. La ministre des Finances, Chrystia Freeland, n’a pas dit non plus si le Canada allait envoyer des blindés en Ukraine.

« Les discussions doivent aboutir sur des décisions », a exhorté mardi soir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. « Les alliés ont le nombre requis de tanks » nécessaires à l’armée ukrainienne pour renverser les troupes de Moscou, a-t-il déclaré dans son allocution quotidienne, soulignant que « les besoins sont plus importants » que « 5, 10 ou 15 chars ».

Décisions « nécessaires »

M. Zelensky a aussi défendu des décisions « nécessaires » à « un État fort », après qu’une série de hauts responsables ont été démis de leurs fonctions dans la foulée d’une affaire de corruption concernant des approvisionnements de l’armée.

Quatre vice-ministres, dont celui de la Défense, Viatcheslav Chapovalov, ainsi que cinq gouverneurs et d’autres responsables ont dû quitter leur poste.

À Berlin, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a déclaré avoir « expressément encouragé les pays partenaires qui ont des chars Leopard prêts à être déployés à entraîner les forces ukrainiennes », au cours d’une conférence de presse tenue à Berlin avec Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN.

Ces déclarations constituent une avancée dans la position de l’Allemagne. La pression sur le gouvernement d’Olaf Scholz s’intensifie afin qu’il autorise les pays partenaires qui le souhaitent à livrer à l’Ukraine ces chars d’assaut de fabrication allemande.

Jusqu’ici, la Finlande et la Pologne se sont dites prêtes à le faire. Varsovie, qui veut créer une « coalition de pays soutenant l’Ukraine avec des chars Leopard 2 », a officiellement envoyé une requête en ce sens, dont la réception a été confirmée mardi par Berlin.

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a dit espérer une réponse rapide, regrettant que « les Allemands tardent, tergiversent, agissent d’une manière difficile à comprendre ».

« Message clair »

Le chef de l’OTAN a quant à lui salué le « message clair » du nouveau ministre allemand de la Défense, en poste depuis moins d’une semaine.

« Ces livraisons n’apporteront rien de bon » aux relations russo-allemandes, a en revanche indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Selon les observateurs, ces chars sont susceptibles d’apporter une aide considérable aux Ukrainiens face au rouleau compresseur des troupes russes, qui reprennent un peu de terrain sur le front de l’est de l’Ukraine. Lundi, la Pologne avait fait savoir qu’elle était prête à se passer de l’autorisation de Berlin. Ce pays, qui se dit disposé à envoyer 14 Leopard 2 à Kiev, discute avec une quinzaine d’États à ce sujet, de nombreuses armées européennes possédant ces blindés.

La crainte d’une escalade militaire avec Moscou et les réticences à faire assumer à l’Allemagne un leadership dans le camp occidental expliquent les hésitations du chancelier, selon des analystes.

Rattrapée par la corruption

Pour l’Ukraine, le soutien militaire et financier des alliés occidentaux est crucial. Elle dit avoir besoin de centaines de chars modernes et d’autres armements pour une nouvelle offensive.

« Aujourd’hui, cela fait exactement 11 mois que la guerre à grande échelle a débuté. C’est le 335e jour. Un jour que nous passerons comme le 334e, en unissant nos forces pour la victoire », a déclaré le président Zelensky.

Ce dernier a par ailleurs demandé à Emmanuel Macron que les athlètes russes ne soient pas autorisés à participer aux Jeux olympiques de Paris en 2024, lors d’un entretien téléphonique avec le chef de l’État français. En Russie, les autorités ont enfin donné, pour la première fois depuis le début des hostilités, le bilan des victimes civiles russes dans une région frontalière de l’Ukraine : selon Moscou, 25 personnes auraient été tuées et près de cent autres blessées par des tirs ukrainiens dans la région de Belgorod.

Avec La Presse canadienne

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