La Pologne entend livrer des chars à l’Ukraine, avec ou sans l’aval de l’Allemagne

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, lors d’une visite dans un camp de personnes déplacées, en avril, à Lviv, en Ukraine
Yuriy Dyachyshyn Agence France-Presse Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, lors d’une visite dans un camp de personnes déplacées, en avril, à Lviv, en Ukraine

La Pologne a prévenu lundi qu’elle était prête à se passer de l’aval de Berlin, indécis sur la question, pour livrer des chars Leopard de fabrication allemande à l’Ukraine, où les forces russes continuent de revendiquer de petites avancées sur le terrain.

Signe des tensions croissantes avec Moscou, deux des trois pays baltes — l’Estonie et la Lettonie — ont d’ailleurs chacun annoncé dans la journée leur décision d’expulser l’ambassadeur de Russie sur leur sol, emboîtant le pas à la Lituanie, qui avait fait de même l’année dernière.

Dans ce contexte, l’Union européenne (UE) a annoncé qu’elle accordait 500 millions d’euros supplémentaires (près de 727 millions $CA) pour fournir des armements à Kiev et allouait 45 millions d’euros (65,4 millions $CA) pour la formation des militaires ukrainiens sur le territoire de l’UE.

Le gouvernement allemand apparaissait pour sa part divisé sur la question de la livraison de chars lourds Leopard, et le chancelier Olaf Scholz, jusqu’ici évasif, se retrouvait lundi sous une pression toujours plus forte. Surtout après que sa ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a jugé la veille que Berlin était disposé à autoriser Varsovie à fournir ces blindés à Kiev, conformément à la législation en vigueur.

« Nous allons demander un tel accord [aux Allemands], mais c’est une question secondaire », a réagi lundi le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki. « Même si nous n’obtenons pas leur accord, nous donnerons nos chars à l’Ukraine dans le cadre d’une petite coalition », y compris « si l’Allemagne n’en fait pas partie ».

Kiev veut « des centaines » de chars

La Pologne, prête à envoyer 14 chars Leopard à Kiev, est en discussion avec une quinzaine d’États à ce sujet.

De nombreuses armées européennes possèdent ces blindés susceptibles d’avoir des retombées significatives pour les Ukrainiens face au rouleau compresseur des troupes russes. « Nous avons besoin […] de plusieurs centaines » de chars, a martelé le chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak, à un moment où les Russes sont à l’offensive, en particulier dans l’est de l’Ukraine .

Lundi, au lendemain des propos de la ministre Baerbock sur la livraison des chars, Steffen Hebestreit, le porte-parole du chancelier allemand, a reprécisé sa position : « Le gouvernement fédéral n’exclut pas que des chars Leopard soient livrés, il n’a pas encore décidé s’il allait le faire maintenant ».

La crainte d’une escalade militaire avec Moscou et les réticences de Berlin à assumer un leadership dans le camp occidental conduisent, selon des analystes, l’Allemagne à hésiter sur l’envoi de ces armes.

L’est de l’Ukraine sous les tirs

Sur le terrain, des tirs de l’artillerie russe ont fait lundi un mort — un civil — à Antonivka, un village de la région méridionale de Kherson, a déploré son gouverneur, Iaroslav Ianouchevitch.

La veille, un dirigeant de l’autorité locale d’occupation installée par Moscou avait affirmé que l’armée russe progressait en direction de deux localités de la région de Zaporijjia, où les affrontements avec les troupes de Kiev se sont intensifiés cette semaine. Lundi soir, l’état-major de l’armée ukrainienne a sobrement signalé que « les 20 et 21 janvier, l’ennemi avait mené des actions offensives dans le secteur ».

Dans le nord-est, dans la région de Soumy, une jeune femme a péri et deux autres personnes ont été blessées quand une maison a été frappée par un obus à Esmanska, tandis qu’un immeuble d’habitation a été « directement touché » à Vorojba, d’après les autorités régionales ukrainiennes.

Un des principaux chefs des séparatistes de l’est de l’Ukraine, Denis Pouchiline, s’est quant à lui affiché à Soledar, une petite ville dont Moscou a revendiqué la prise il y a plus d’une semaine. Pour les Russes, la conquête de cette cité est une étape en vue d’encercler Bakhmout, qu’ils cherchent à conquérir depuis l’été. Selon M. Pouchiline, les combats s’y « intensifient » et les soldats russes « avancent ».

L’Ukraine n’a jusqu’à présent pas reconnu officiellement la perte de Soledar et affirme que les combats continuent dans sa partie occidentale. « L’ennemi poursuit son offensive dans les secteurs de Bakhmout et d’Avdiivka visant à s’emparer de toute la région de Donetsk, malgré des pertes élevées », a noté dans la soirée l’état-major de l’armée ukrainienne.

Les séparatistes prorusses ont en outre assuré être entrés dans deux villages proches, soit Krasnopolivka et Dvouretchié.

Ambassadeurs expulsés

Sur le front diplomatique, l’Estonie et la Lettonie ont annoncé expulser les ambassadeurs de Russie à Tallinn et à Riga respectivement.

Les Estoniens ont agi ainsi à la suite d’une décision similaire prise quelques heures auparavant par les Russes à l’encontre du chef de leur représentation diplomatique à Moscou. Les Lettons ont pour leur part expliqué leur geste par leur « solidarité avec l’Estonie et la Lituanie », qui avait annoncé en octobre l’expulsion du chargé d’affaires russe et rappelé son ambassadeur en poste en Russie.

Russes et Occidentaux ont multiplié les expulsions de diplomates ces dernières années, et plus encore depuis que les Russes ont déclenché leur offensive contre l’Ukraine le 24 février 2022, mais c’est la première fois que des ambassadeurs sont renvoyés dans leur pays depuis le début de la guerre.

À l’opposé, l’Afrique du Sud, qui a refusé de condamner Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine, a franchi un nouveau cap lundi en se proclamant « amie » de la Russie.

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