L’Ukraine déplore «l’indécision» des Occidentaux sur les livraisons de chars lourds

Berlin refuse de fournir des chars Leopard à Kiev, malgré les demandes répétées de l’Ukraine. En photo, un tank Leopard 2 A7 allemand.
Patrik Stollarz Archives Agence France-Presse Berlin refuse de fournir des chars Leopard à Kiev, malgré les demandes répétées de l’Ukraine. En photo, un tank Leopard 2 A7 allemand.

L’Ukraine a déploré samedi « l’indécision » des Occidentaux sur les livraisons de chars lourds, tandis que certains de ses alliés européens ont directement pointé du doigt l’Allemagne, après son refus de fournir ses tanks Leopard à Kiev, au moment où les Russes sont à l’offensive.

« L’indécision de ces jours tue encore plus de nos concitoyens », a critiqué sur Twitter Mykhaïlo Podoliak, un conseiller de la présidence ukrainienne, appelant les alliés de Kiev, réunis la veille à Ramstein (Allemagne), à « réfléchir plus vite ».

« Vous aiderez l’Ukraine avec les armes nécessaires de toute façon et comprendrez qu’il n’y a pas d’autre option pour mettre fin à la guerre », a-t-il plaidé, faisant écho à des propos similaires la veille du président Volodymyr Zelensky.

Dans une rare critique publique, les trois ministres des Affaires étrangères des pays baltes ont de leur côté exhorté samedi matin Berlin « à fournir dès maintenant des chars Leopard à l’Ukraine », plaidant « la responsabilité particulière » de l’Allemagne, « première puissance européenne ».

Les critiques directes envers Berlin sont également venues d’un sénateur républicain américain, Lindsey Graham, à l’issue d’une visite à Kiev vendredi.

« J’en ai assez du “show merdique” autour de qui va envoyer des chars et quand », a-t-il fustigé sur Twitter. « Aux Allemands : envoyez des chars en Ukraine car ils en ont besoin. […] À l’administration Biden : envoyez des chars américains pour que d’autres suivent notre exemple ».

À Ramstein, la cinquantaine de pays représentés ne se sont pas entendus vendredi sur l’envoi de chars lourds à Kiev, malgré les demandes répétées de l’Ukraine.

Cité par La Voix de l’Amérique, le ministre ukrainien de la Défense, Oleksiï Reznikov, a toutefois indiqué que des soldats ukrainiens allaient s’entraîner prochainement sur des Leopard en Pologne : « On va commencer avec ça, et on verra pour la suite », a-t-il déclaré.

Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a pour sa part temporisé, soulignant qu’il y avait toujours « une fenêtre d’opportunité entre maintenant et le printemps » pour livrer des chars occidentaux.

Selon la Russie, l’envoi de tels engins ne changerait rien sur le terrain, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, accusant les Occidentaux de vouloir entretenir l’« illusion » d’une possible victoire ukrainienne.

« Opérations offensives »

Samedi, l’armée russe a d’ailleurs affirmé avoir mené des « opérations offensives » dans la région de Zaporijjia (sud).

« À la suite d’opérations offensives, les unités du district militaire oriental ont pris des lignes et des positions plus avantageuses », a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué, sans donner plus de détails.

La veille, les autorités d’occupation russe avaient rapporté une « forte hausse de l’intensité » des affrontements dans cette région, « sur toute la ligne de front ».

Dans son bulletin matinal samedi, l’armée ukrainienne a seulement indiqué avoir essuyé vendredi « des tirs » dans une dizaine de villages de la région du Sud.

La ligne de contact entre les armées ukrainienne et russe dans la région de Zaporijjia n’a en grande partie pas bougé depuis plusieurs mois et aucun combat majeur n’y a eu lieu, à l’inverse des régions de Kherson (sud), jusqu’en novembre, et Donetsk (est), épicentre actuel des affrontements.

Autour de Bakhmout, les combats restaient intenses vendredi entre armées ukrainienne et russe, cette dernière appuyée par le groupe paramilitaire Wagner, désigné vendredi comme une organisation criminelle internationale par les États-Unis.

 

Selon un haut responsable américain, l’Ukraine devrait toutefois se focaliser sur une contre-offensive d’envergure au printemps, et non sur la défense de cette ville aujourd’hui largement ravagée et quasiment vidée de sa population.

Mais Bakhmout est devenue un enjeu politique et un symbole majeur : Volodymyr Zelensky s’est rendu sur la ligne de front en décembre pour galvaniser ses troupes, tandis que la Russie aimerait annoncer un succès après une série de revers à l’automne.

Dans la région de Moscou, l’armée russe a par ailleurs annoncé avoir mené des exercices de défense antiaérienne, pour protéger ses infrastructures essentielles en cas d’« attaques aériennes ».

« Aller de l’avant »

À Kiev, Volodymyr Zelensky et Olena Zelenska, ainsi que des membres du gouvernement ukrainien, ont rendu samedi un dernier hommage au ministre de l’Intérieur, Denys Monastyrsky, décédé mercredi dans un crash d’hélicoptère avec 13 autres personnes.

Le président Zelensky et sa femme Olena Zelenska étaient arrivés à la cérémonie vêtus de noir, portant des bouquets de fleurs, pour réconforter les familles des victimes, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse.

Photo: Sergei Supinsky Agence France-Presse Le président Zelensky et sa femme Olena Zelenska étaient présents à la cérémonie.

À l’intérieur du bâtiment où avait lieu la cérémonie, situé tout près de la place Maïdan dans le coeur de Kiev, sept cercueils ont été amenés, portés par des militaires en tenue de cérémonie au son d’une trompette.

« Ils n’avaient pas été brisés par la guerre et ils ne permettaient pas que d’autres qu’eux le soient », a déclaré le responsable de la cérémonie en s’adressant à des centaines de personnes.

À la fin de la cérémonie, un officier des services de renseignement, Ilya Samoïlenko, a estimé que la perte de ces responsables était « énorme ».

« Nous pouvons prendre deux jours et faire notre deuil », a-t-il dit. « Mais nous devons continuer. Nous devons aller de l’avant ».

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