L’Ukraine veut «considérablement» plus d’armes occidentales

Un soldat ukrainien prend une pause sur un tank ukrainien, le 12 janvier, à Kreminna, dans la région de Louhansk.
Anatolii Agence France-Presse Un soldat ukrainien prend une pause sur un tank ukrainien, le 12 janvier, à Kreminna, dans la région de Louhansk.

L’Ukraine a appelé jeudi l’Occident, à la veille d’une réunion cruciale, à « considérablement » augmenter ses livraisons d’armes, notamment de chars lourds, pour vaincre l’armée russe.

À l’inverse, le Kremlin a insisté sur le fait que le transfert à Kiev d’armements de plus longue portée, capables de frapper en profondeur le territoire russe, entraînerait une escalade, alors que vendredi se réunit le groupe de contact pour l’Ukraine afin de coordonner la poursuite de l’aide militaire occidentale.

« Nous lançons un appel à tous les États partenaires qui ont déjà fourni ou envisagent de fournir une aide militaire, en les appelant à renforcer considérablement leur contribution », ont exhorté dans un communiqué commun les ministres ukrainiens de la Défense et des Affaires étrangères, Oleksiï Reznikov et Dmytro Kouleba.

Ils ont en particulier pointé du doigt 12 pays, notamment l’Allemagne et la Turquie, les appelant à lui fournir les chars de fabrication allemande Leopard, dont Kiev a cruellement besoin, mais dont les livraisons sont incertaines en raison de tergiversations allemandes.

S’exprimant par visioconférence en marge du Forum économique de Davos en Suisse, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a fait jeudi la leçon à ceux qui hésitent, raillant ceux qui disent « “je livrerai des chars si quelqu’un d’autre le fait” ».

« Je ne pense pas qu’il s’agisse de la bonne stratégie », a-t-il regretté, visant Berlin, qui fait l’objet aussi d’une pression croissante de plusieurs voisins européens pour qu’elle autorise des livraisons de Leopard.

Selon des informations de presse, Berlin ne livrera des chars lourds que si les États-Unis en font autant avec leurs Abrams. Or, Washington n’est pas prêt dans l’immédiat à en fournir à l’Ukraine, selon un haut responsable du Pentagone.

« Rien de bon »

Les Leopard font partie des chars de combat modernes et de conception occidentale qui, selon les experts, sont cruciaux dans les batailles en cours et à venir dans l’est et le sud de l’Ukraine.

Les autorités ukrainiennes ont aussi dit avoir besoin de missiles de plus longue portée pour frapper la chaîne logistique russe, notamment les dépôts de munitions.

Mais les Occidentaux craignent, malgré les assurances ukrainiennes, que Kiev puisse provoquer une escalade de la guerre en usant de ces armes pour frapper en profondeur le territoire russe et les bases aériennes et navales de Crimée, péninsule annexée en 2014 par la Russie.

 

Le Kremlin a d’ailleurs adressé un avertissement clair jeudi : la livraison d’armes de plus longue portée « signifierait que le conflit atteindrait un nouveau palier » et que ça ne promettait « rien de bon pour la sécurité européenne ».

Néanmoins, selon le New York Times, l’administration Biden commence à réfléchir à la possibilité de donner à l’Ukraine les moyens d’attaquer la Crimée, car il s’agit d’une base arrière clé pour l’effort de guerre russe.

Le président Zelensky a, lui, réitéré vouloir reprendre l’ensemble des territoires ukrainiens sous occupation, y compris la péninsule.

Vendredi, les ministres de la Défense et de hauts responsables militaires des pays occidentaux apportant une aide militaire à l’Ukraine se réuniront donc autour du secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, à Ramstein, en Allemagne, pour se coordonner.

Le Royaume-Uni a déjà promis 14 chars lourds Challenger 2, et la Pologne se dit prête à envoyer 14 chars Leopard 2 de fabrication allemande.

Mais l’Ukraine a besoin de plusieurs centaines de ces véhicules pour pouvoir lancer des offensives dans l’est et le sud.

D’autant que les forces russes, appuyées par le groupe paramilitaire Wagner, ont redoublé leurs efforts pour prendre Bakhmout, ville de la région de Donetsk qui fait l’objet d’une bataille sanglante depuis des mois.

Au cours des 15 derniers jours, les combattants russes ont gagné un peu de terrain, prenant une large partie de la cité voisine de Soledar.

Tout au long de l’automne, grâce aux armements occidentaux notamment, l’Ukraine avait infligé une série de revers aux forces du Kremlin, reprenant le nord-est et une partie du sud du pays.

Armes « plus lourdes, plus modernes »

Afin de poursuivre ses contre-offensives, Kiev a besoin de matériel, car « la Russie conserve un avantage quantitatif substantiel en matière de troupes, d’armes et d’équipements militaires », ont rappelé MM. Reznikov et Kouleba.

Mercredi, à Davos, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a assuré que les pays membres allaient fournir des armes « plus lourdes et plus modernes ».

Parallèlement, le président du Conseil européen, Charles Michel, était jeudi à Kiev pour discuter de nouvelles mesures de soutien avec M. Zelensky.

En Ukraine, l’enquête se poursuivait au lendemain d’un écrasement d’hélicoptère près de Kiev qui a coûté la vie au ministre de l’Intérieur ukrainien, Denys Monastyrsky, et à au moins 13 autres personnes.

Interrogé jeudi sur la cause de l’accident, M. Zelensky a refusé de « parler des différentes hypothèses jusqu’à l’issue des investigations ».

Sur le plan humanitaire, la nouvelle présidente du Comité international de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric, se rend jeudi et vendredi à Moscou pour discuter avec des représentants du gouvernement russe de besoins humanitaires urgents et de l’accès aux prisonniers de guerre.

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