Les Français dans les rues par centaines de milliers contre la réforme des retraites

Plus de 200 manifestations ont eu lieu en France, très majoritairement dans le calme. Sur la photo, la mobilisation à Lyon.
Olivier Chassignole Agence France-Presse Plus de 200 manifestations ont eu lieu en France, très majoritairement dans le calme. Sur la photo, la mobilisation à Lyon.

Des centaines de milliers de manifestants défilant à travers le pays, des transports très perturbés sur le réseau ferroviaire et à Paris, des écoles fermées : la France faisait face jeudi à une journée de grève massive contre le projet de réforme des retraites, un test pour le président, Emmanuel Macron, dans un contexte économique et social tendu.

Le projet et sa mesure phare, soit le report de l’âge de la retraite à 64 ans, contre 62 ans aujourd’hui, se heurtent à un front syndical uni et à une large hostilité dans l’opinion, d’après les sondages.

Dans le cortège parisien, des pancartes proclament « Métro, boulot, tombeau » ou « Métro, boulot, caveau ».

Photo: Christophe Archambault Agence France-Presse Une manifestante dans la capitale française

« C’est pas tant pour moi, parce que je suis cadre. J’ai commencé à travailler à 25 ans, donc de toute façon, même sans la réforme, j’ai ma retraite à 65 ans. C’est par solidarité, parce que c’est une réforme complètement injuste et qui défavorise fortement les classes ouvrières », estime Damien Mathieu, 36 ans, salarié dans l’informatique, manifestant à Toulouse.

Les manifestants ont battu le pavé jeudi matin dans de nombreuses villes françaises, avant que le cortège parisien ne s’ébranle en début d’après-midi pour dire non au recul de l’âge légal de départ à la retraite.

Canalisation des mécontentements

Le ministère de l’Intérieur a recensé 1,12 million de manifestants en France, dont 80 000 à Paris, a-t-il annoncé jeudi soir.

Le syndicat CGT a avancé de son côté le chiffre de « plus de deux millions » de manifestants, selon son secrétaire général, Philippe Martinez, pour qui cette réforme des retraites « canalise tous les mécontentements » en France.

Plus de 200 manifestations ont eu lieu à Paris et en région, très majoritairement dans le calme. Quelques heurts, tensions ou dégradations ont été signalés à Paris, à Lyon et à Rennes.

La mobilisation « est au-delà de ce qu’on pensait », s’est félicité le numéro un du syndicat CFDT, Laurent Berger.

Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse Un manifestant à Toulouse

Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a admis que la mobilisation avait été « importante ». Jugeant « normal » qu’une réforme des retraites « suscite des inquiétudes », il a indiqué qu’il fallait y « répondre » et « écouter les messages ».

Une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme est déjà prévue le 31 janvier. Les huit principaux syndicats français se sont accordés sur cette date, selon plusieurs sources syndicales, lors d’une réunion après la manifestation parisienne.

Craintes d’être « cassés » à la retraite

Les cortèges réunissaient beaucoup de travailleurs du public ou du privé craignant d’être « usés » ou « cassés » à 64 ans, comme Nathalie Etchegaray, 48 ans, assistante maternelle à Orléans.

« Ça fait 25 ans que je travaille, je n’avais encore jamais fait la grève. Le déclencheur, c’est de voir nos collègues plus âgées qui ont mal partout. Elles ont des sciatiques, des maux de dos et des tendinites aux coudes à force de porter les bébés », explique-t-elle.

Les agents de l’entreprise publique d’électricité EDF ont procédé à des baisses de production d’électricité, atteignant au moins l’équivalent de deux fois la consommation de Paris.

Du côté des raffineries, la CGT TotalEnergies comptait entre 70 et 100 % de grévistes sur la plupart des sites du groupe.

La grève était très suivie dans les transports, avec quasiment aucun train régional, peu de trains à grande vitesse, un métro tournant au ralenti à Paris et une grande banlieue très peu desservie.

De nombreux services publics ont fait l’objet d’appels à la grève, en particulier l’éducation, où le principal syndicat, la FSU, a dénombré 70 % d’enseignants grévistes dans les écoles et 65 % dans les collèges et les lycées.

Les Français sous pression, Macron aussi

Emmanuel Macron joue gros. La réforme des retraites est un chantier crucial du second quinquennat, pour lequel il s’était engagé dès la campagne de son premier mandat. Son parti, qui ne dispose pas d’une majorité à l’Assemblée nationale, pourrait être fragilisé si le mouvement était profond et durable.

Ce test politique pour le président survient dans un contexte économique et social tendu. Les Français subissent les effets d’une forte inflation, à 5,2 % en moyenne en 2022, dans un pays qui a été secoué lors du premier mandat d’Emmanuel Macron par les manifestations des Gilets jaunes contre la vie chère.

Jeudi, M. Macron est sorti de son silence sur cette réforme depuis Barcelone — où il s’est rendu dans le cadre d’un sommet franco-espagnol —, disant espérer que les manifestations en France se dérouleraient « sans débordements », tout en défendant un projet qui a, selon lui, déjà été « démocratiquement validé ».

La France est l’un des pays européens où l’âge légal de départ à la retraite est le plus bas, sans que les systèmes de retraite soient complètement comparables.

Le gouvernement a fait le choix d’allonger la durée de travail pour répondre à la dégradation financière des caisses de retraite et au vieillissement de la population. Il défend son projet en le présentant comme « porteur de progrès social », notamment en revalorisant les petites retraites.

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