La France se prépare à une grève massive contre la réforme des retraites

La coalition de gauche NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) a tenu un rassemblement mercredi à Paris sur le thème de l’opposition à la réforme des retraites du gouvernement Macron.
Thomas Samson Agence France-Presse La coalition de gauche NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) a tenu un rassemblement mercredi à Paris sur le thème de l’opposition à la réforme des retraites du gouvernement Macron.

Trains à l’arrêt, écoles fermées : la France se prépare à une journée de grève massive jeudi contre la réforme des retraites sur laquelle le président Emmanuel Macron joue son crédit politique dans un pays fracturé.

Le projet, avec sa mesure phare de report de l’âge de départ à 64 ans, contre 62 ans aujourd’hui, se heurte à un front syndical uni et à une large désapprobation dans l’opinion.

Sur le plan politique, la partie est serrée pour un gouvernement qui ne dispose que d’une majorité relative à l’Assemblée nationale. La gauche et l’extrême droite sont opposées à la réforme, et seule l’opposition de droite classique offre une possibilité de compromis.

Benjamin Marol, 45 ans, ira manifester à Paris. « Quand on vous dit que vous allez bosser deux ans de plus dans de mauvaises conditions salariales et de travail […], c’est la double peine », dit à l’AFP ce professeur d’histoire-géographie pour qui, « à un moment donné, il faut dire stop ».

Eleonora Lombardelli, médecin urgentiste de 41 ans, défilera à Marseille « par solidarité avec ceux qui ont un travail plus pénible » que le sien. « On n’a qu’une vie ! » rappelle-t-elle.

Plus de 10 000 policiers et gendarmes, dont 3500 à Paris, seront mobilisés pour sécuriser les manifestations, selon le ministère de l’Intérieur, qui s’attend à Paris à « un petit millier » de manifestants « qui pourraient être violents ».

Le gouvernement a appelé à ne pas transformer la mobilisation « en blocage » du pays et a dit espérer qu’elle ne durera pas.

Transports à l’arrêt ou presque

« Ce sera un jeudi de galère […], de fortes perturbations dans les transports », a estimé le ministre délégué aux Transports, Clément Beaune, en appelant la population à différer ses déplacements ou à télétravailler.

L’aviation civile a demandé aux compagnies aériennes d’annuler jeudi un vol sur cinq à l’aéroport de Paris-Orly, en raison d’une grève de contrôleurs aériens. En ce qui concerne les trains, la compagnie nationale SNCF prévoit une circulation « très fortement perturbée » avec un train à grande vitesse (TGV) sur trois, voire un sur cinq selon les lignes, et à peine un train régional sur dix en moyenne.

Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Plusieurs commerces situés sur le parcours d’une manifestation ont décidé de placarder leurs vitrines, à la veille d’une grève nationale et de manifestations contre le plan de réforme des retraites.

Les passages du métro parisien seront également très réduits, avec trois lignes fermées, dix ouvertes « uniquement aux heures de pointe » et un « risque de saturation » sur les trois dernières, selon la régie des transports parisiens RATP.

Clément Beaune a appelé les automobilistes qui redoutent des pénuries de carburant provoquées par d’éventuels arrêts de travail dans les raffineries à ne « pas prendre de mesures de précaution ». Dans la pratique, certaines stations-service sont déjà à sec.

Mouvement reconductible ?

Des grèves, éventuellement reconductibles, sont aussi prévues dans le secteur électrique.

Dans l’éducation, 70 % des enseignants du primaire seront en grève et de nombreuses seront écoles fermées — « au moins un tiers » à Paris —, d’après leur principal syndicat.

En reconnaissant l’impossibilité de prévoir le degré de mobilisation dans le secteur privé, le patron du syndicat CGT, Philippe Martinez, a estimé qu’il y aurait « dans certains grands groupes, des taux de grévistes qui vont avoisiner les 60-70 % ». Il a souhaité un mouvement reconductible « partout où c’est possible ».

10 000
C’est le nombre de policiers et de gendarmes qui seront mobilisés pour sécuriser les manifestations, selon le ministère de l’Intérieur, qui précise que 35 % de cet effectif sera à Paris.

Une pétition en ligne contre une « réforme injuste et brutale », créée par des syndicats unis pour la première fois depuis 12 ans, a dépassé mercredi les 500 000 signatures. Des rassemblements sont attendus dans 215 à 250 villes, selon les sources, qui espèrent une mobilisation dépassant « le million » de manifestants. Cette jauge symbolique aiderait le mouvement à s’inscrire dans la durée.

La réforme des retraites fait partie des promesses de campagne du président Macron, réélu l’an dernier. La première ministre, Élisabeth Borne, est en première ligne pour la soutenir face à des syndicats qui mettent notamment en exergue de multiples questions liées aux personnes ayant commencé à travailler très jeunes, ou à celles exerçant des métiers physiquement pénibles.

Mme Borne défend quant à elle « un projet de justice et de progrès social », assurant que « quatre Français sur dix, les plus fragiles, les plus modestes, ceux qui ont des métiers difficiles pourront partir avant 64 ans ».

Un précédent projet, en 2019, avait été gelé après de forts mouvements sociaux et en raison de la pandémie de COVID-19.

Infirmières britanniques en grève

En Angleterre, après une première grève historique, des milliers d’infirmières ont de nouveau cessé le travail pour deux jours, mercredi, réclamant de meilleurs salaires et conditions de travail.

Après des années de vaches maigres, les infirmières demandent des augmentations supérieures de 5 % à l’inflation, qui a atteint 10,5 % en décembre. Mais les discussions entre le gouvernement conservateur de Rishi Sunak et le principal syndicat d’infirmières sont au point mort.

Après une première grève de deux jours en décembre, du jamais vu en un siècle d’existence du syndicat, deux autres journées de grève sont annoncées pour les 6 et 7 février, touchant davantage d’hôpitaux.

Selon la NHS Confederation, qui représente les hôpitaux, cette nouvelle grève pourrait entraîner l’annulation de 4500 opérations et de 25 000 rendez-vous.

Agence France-Presse


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