Le gouvernement Macron souhaite «mieux intégrer et mieux expulser»

« Il s’agit de mieux intégrer et de mieux expulser », a résumé mardi matin à la radio le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. « On veut ceux qui travaillent, pas ceux qui rapinent », a-t-il asséné.
Julien de Rosa Agence France-Presse « Il s’agit de mieux intégrer et de mieux expulser », a résumé mardi matin à la radio le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. « On veut ceux qui travaillent, pas ceux qui rapinent », a-t-il asséné.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron présente mardi un nouveau projet de loi sur l’immigration, le 29e en quatre décennies, affirmant vouloir concilier « fermeté » et « humanité » pour obtenir un consensus avec les oppositions sur ce sujet toujours inflammable en France.

Ce nouveau texte intervient dans un contexte de débats lancinants sur l’immigration, en France comme dans tous les pays européens, et quelques semaines après une crise entre Rome et Paris au sujet de l’accueil de migrants en détresse à bord d’un navire humanitaire en Méditerranée.

Il constitue un défi politique pour l’exécutif français, entre la droite et l’extrême droite lui reprochant d’être laxiste, et la gauche inquiète de la ligne dure emmenée par le ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin, issu des rangs de la droite.

La France doit pouvoir « dire qui on veut » et « qui on ne veut pas » accueillir, a résumé la première ministre, Élisabeth Borne, en ouvrant le débat, estimant que « l’immigration zéro n’est ni souhaitable ni possible, pas plus réaliste que ne l’est une immigration dérégulée ».

Les associations de défense des migrants s’inquiètent pour leur part d’une « détérioration continue des droits », notamment du droit d’asile. Les militants et responsables d’une quinzaine d’associations se sont rassemblés mardi devant l’Assemblée nationale pour dénoncer la politique migratoire du gouvernement, jugée « hostile ».

Après la première ministre Élisabeth Borne, qui doit prononcer dans l’après-midi devant les députés un discours sur la politique migratoire de la France, plusieurs ministres, dont les deux auteurs du projet de loi, Gérald Darmanin et le ministre du Travail, Olivier Dussopt (issu de la gauche), se succéderont pour défendre ce texte qui doit être officiellement présenté début 2023.

« Mieux intégreret mieux expulser »

Il comporte pour l’essentiel des mesures visant à rendre plus efficaces les procédures d’expulsion, une réforme « structurelle » du système d’asile au service de l’accélération des procédures, ainsi que quelques mesures en faveur de l’intégration, notamment par la régularisation de travailleurs sans-papiers.

« Il s’agit de mieux intégrer et de mieux expulser », a résumé mardi matin sur la radio France Info Gérald Darmanin. « On veut ceux qui travaillent, pas ceux qui rapinent », a-t-il asséné.

Le projet comporte deux mesures phares : d’une part, la délivrance d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) dès le rejet d’une demande d’asile en première instance, sans attendre un éventuel recours ; d’autre part, la création d’un titre de séjour pour les travailleurs sans-papiers dans les « métiers en tension », qui manquent de main-d’oeuvre.

« Il faut une politique de fermeté et d’humanité fidèle à nos valeurs. C’est le meilleur antidote à tous les extrêmes qui se nourrissent des angoisses », a estimé Emmanuel Macron dans une entrevue ce weekend au journal Le Parisien.

Un projet de loi « flou »

Le débat sans vote à l’Assemblée sera suivi d’un autre, le 13 décembre, au Sénat.

La droite et l’extrême droite dénoncent un projet pas assez répressif, reprochant notamment au gouvernement de vouloir introduire une vague de régularisations « massives » avec le titre « métiers en tension ».

Sur ce sujet inflammable, le gouvernement est prêt à discuter des « critères ».

« Combien d’ancienneté il faudra sur le sol national ? Doit-on mettre des quotas ? Pour l’instant, le texte ne le prévoit pas », a décrit Gérald Darmanin, qui dit le gouvernement « ouvert » au débat parlementaire.

Autre question en débat, l’expulsion des étrangers auteurs de troubles à l’ordre public. Ce sujet a été relancé par un terrible fait divers, le meurtre mi-octobre d’une adolescente par une ressortissante algérienne en situation irrégulière, dont s’est saisie notamment l’extrême droite pour lier immigration et criminalité.

Au grand dam de la gauche et des associations, l’exécutif a repris ce thème en notant la « surreprésentation des étrangers dans les actes de délinquance ».

Mais la plupart des quotidiens, de droite comme de gauche, relevaient mardi l’« incohérence » ou le « flou » du projet de l’exécutif.

« Coincé entre libéralisme et tensions identitaires, le gouvernement français a du mal à convaincre avec une ligne claire », estime le quotidien suisse Le Temps, estimant que le texte est une « belle illustration du » en même temps « macronien ».

En 2021, selon les chiffres de l’INSEE, sept millions d’immigrés vivaient en France, soit 10,3 % de la population totale. Parmi eux, 2,5 millions, soit 36 % d’entre eux, avaient acquis la nationalité française depuis leur arrivée.

L’accueil des Ukrainiens « difficilement transposable »

L’accueil citoyen des réfugiés ukrainiens en France a été « exceptionnel », mais est « difficilement transposable à l’ensemble des demandeurs d’asiles », relève une étude présentée mardi lors d’une conférence organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’hébergement citoyen, c’est-à-dire l’accueil de réfugiés chez des particuliers « s’est largement développé » et est même devenu « une des principales solutions d’accueil des personnes déplacées d’Ukraine », indique l’étude rédigée par Nadine Camp, experte en asile et migration à l’occasion de cette conférence intitulée « La mobilisation citoyenne : une solution pour l’intégration des réfugiés en Europe ? ».

Cependant, « nombre des personnes qui se sont proposées pour accueillir à leur domicile ne souhaitaient accueillir que des déplacés d’Ukraine, voire seulement des Ukrainiens », précise l’auteur.

La principale raison évoquée dans le rapport est « une proximité géographique et culturelle avec les Ukrainiens », qui rend « difficilement transposable aux autres nationalités » cet élan d’hébergement citoyen.

L’étude note cependant que cet élan de solidarité est retombé depuis le début du conflit : « Les nouvelles propositions d’hébergement sont rares. Parallèlement, les associations qui proposent de l’hébergement citoyen ont vu les offres d’accueil diminuer pour les autres publics », indique l’étude.

Dans sa présentation, Mme Camp décrit une forme « d’épuisement », car « les personnes donnent énormément de temps et d’énergie. Elles sont [aux] côtés [des réfugiés] dans des situations complexes et des démarches administratives très lourdes ».

Cette étude s’appuie sur une série d’entretiens réalisés avec des représentants d’institutions nationales et locales et 59 associations présentes dans la métropole de Lyon et le département du Rhône.

Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, entre 95 000 et 105 000 Ukrainiens ont été accueillis en France, d’après Joseph Zimet, préfet responsable de la cellule de crise sur l’accueil des déplacés ukrainiens et également présent à la conférence mardi.

L’État a annoncé le 5 octobre une aide de 150 euros par mois pour les foyers hébergeant des réfugiés ukrainiens afin de « soutenir cet élan de solidarité spontanée ».

Agence France-Presse


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