À Lyon, petits sacrifices et grandes appréhensions

Lyon, ville française connue pour les exploits cinématographiques des frères Lumière et pour son festival gratuit la Fête des lumières, s’apprête pourtant à les éteindre.
Photo: Philippe Desmazes Agence France-Presse Lyon, ville française connue pour les exploits cinématographiques des frères Lumière et pour son festival gratuit la Fête des lumières, s’apprête pourtant à les éteindre.

« On ferme nos enseignes lumineuses la nuit, on éteint nos ordinateurs, on se limite à un minimum de chauffage… »

Sourire aux lèvres, Anne-Sophie Françon énumère les mesures prises récemment par le commerce pour lequel elle travaille afin de limiter sa consommation d’énergie. Situé dans la rue Victor-Hugo, une avenue piétonne et commerçante en plein coeur de Lyon, le magasin de lunettes Générale d’optique contribue à l’effort collectif.

Lyon, ville française connue pour les exploits cinématographiques des frères Lumière et pour son festival gratuit la Fête des lumières, s’apprête pourtant à les éteindre.

Ici, la réduction de la consommation d’énergie est sur toutes les lèvres depuis des mois. En août, le président français, Emmanuel Macron, a annoncé dans un discours qui a marqué les esprits que la France vivait « la fin de l’abondance, des évidences et de l’insouciance ». Depuis, l’appréhension est vive concernant les températures basses et les factures de chauffage, qui s’annoncent salées.

« Je devrai rogner sur mes vacances et mes loisirs, faire moins de petits voyages », souligne Mireille, édimestre dans une entreprise lyonnaise. Rencontrée sur la place Bellecour, une vaste esplanade de terre battue au centre de la ville, la dame affirme toutefois être sereine avec la situation.

Il en va de même pour Danae Lepage et Nina Chazalnoel. Les deux jeunes femmes, respectivement employée d’une association écologiste et étudiante, croient fermement à la nécessité d’un effort collectif. « Les enseignes lumineuses des magasins, ça fait longtemps qu’on aurait dû interdire leur illumination pendant la nuit », affirme Nina. Danae s’inquiète quant à elle de la hausse de son loyer, qui paraît inévitable. « Ça me fait peur. Mais on va garder la température à 19 degrés [la recommandation gouvernementale]. On se mettra des pulls s’il le faut ! »

Il faut dire qu’à Lyon, le rapport au froid n’est pas le même qu’au Québec. Ici, plusieurs passants arborent un épais manteau dès que la température atteint les 15 degrés. À 10 degrés, les tuques envahissent les rues.

Casse-tête pour les entreprises

 

La Ville a lancé son plan de sobriété au début du mois d’octobre. Parmi les mesures adoptées : interruption de l’éclairage public quatre nuits par semaine de 2 h à 4 h 30 du matin, réduction de la durée des éclairages de Noël et chauffage limité à 18 degrés dans la plupart des lieux publics. Une charte signée avec les commerçants les engage à éteindre leurs enseignes lumineuses pour la nuit et à fermer les portes de leurs locaux lorsque le chauffage est allumé.

C’est à titre professionnel que Laurent Corbiere redoute l’hiver qui approche. De passage à Lyon pour un séjour d’affaires, l’homme dirige une maison de retraite à Narbonne, une ville située à quatre heures de voiture au sud de Lyon. « Les prochains mois s’annoncent extrêmement difficiles », mentionne-t-il sans préambule.

Il redoute une hausse importante de la facture d’énergie, mais se montre proactif en réduisant la consommation du bâtiment. « On a installé des radiateurs qui s’allument manuellement dans les salles de bain. Avant, ils restaient allumés constamment, explique-t-il. Et on demande aux résidents de fermer les fenêtres quand le chauffage est allumé, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

Mêmes appréhensions au Bagel Corner, un petit café de la rue Victor-Hugo. « On a fait une demande de subvention pour pallier la hausse de la facture énergétique, mais on ne sait pas si on l’obtiendra », affirme Sandrine Taillefer, gérante adjointe. Même sans la subvention, le commerce devrait survivre, mais « ça va amoindrir notre trésorerie ». Entre-temps, chaque petit geste compte : « On allume notre grille-pain le plus tard possible et on n’éclaire pas l’ensemble de nos locaux. »

Aux Petits Frères des pauvres, l’adjointe à la direction régionale, Dominique Viallon, croit que le pire reste à venir : « En janvier, c’est là que la facture devrait le plus augmenter. » Elle note que pour l’instant, la situation n’a pas atteint un point critique chez les plus démunis.

Festivités malgré tout

 

Les contraintes énergétiques ne suffisent toutefois pas à assombrir les célébrations du temps des Fêtes, qui battent déjà leur plein au coeur de la ville. Sur fond de musique de Noël endiablée, les visiteurs peuvent se procurer vin chaud et tartiflette au marché de Noël de Lyon. La centaine de commerçants présents doit cependant composer avec quelques nouvelles mesures.

Les appareils d’éclairage des petits chalets qui vendent nourriture et cadeaux de Noël doivent être éteints dès la fermeture du marché. « L’autre jour, des lumières étaient restées allumées dans notre secteur, et l’organisation nous a laissé un mot pour nous rappeler de les éteindre », note Adrien, employé du commerce Cidre Mauret. Installer du chauffage pour les clients est également interdit.

La Fête des lumières, important festival de projections audiovisuelles qui a attiré près de deux millions de visiteurs l’année dernière, aura quant à elle lieu du 8 au 11 décembre.

En bref, la vie continue. Mais pas tout à fait comme avant.



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