Coupures massives d’électricité et d’eau après des frappes russes

Des pompiers combattent un incendie à Vyshhorod, en banlieue de Kiev.
Efrem Lukatsky Associated Press Des pompiers combattent un incendie à Vyshhorod, en banlieue de Kiev.

Des frappes russes sur les infrastructures ukrainiennes mercredi ont entraîné des coupures massives d’électricité et d’eau, notamment dans la capitale, Kiev, faisant au moins six morts, provoquant la déconnexion de trois centrales nucléaires et affectant jusqu’à la Moldavie voisine.

Selon l’armée de l’air ukrainienne, la Russie a tiré environ 70 missiles de croisière sur l’Ukraine, dont 51 ont été abattus, et envoyé cinq drones kamikazes. Ils ont visé des infrastructures stratégiques, au moment où des températures hivernales s’installent en Ukraine.

Le président, Volodymyr Zelensky, qui a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, a dénoncé un « crime contre l’humanité » perpétré par la Russie. « Avec des températures en dessous de zéro, plusieurs millions de gens sans fourniture d’énergie, sans chauffage et sans eau, il s’agit évidemment d’un crime contre l’humanité », a-t-il fustigé

« Incapable de gagner dans un combat loyal avec l’armée ukrainienne, la Russie livre une guerre de terreur lâche contre les civils », a dénoncé le chef de la diplomatie, Dmytro Kouleba. « La terreur russe échouera. L’Ukraine gagnera », a-t-il ajouté.

Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a quant à lui dit mercredi que le Kremlin ne doutait pas du « succès » de son offensive en Ukraine, malgré les revers des derniers mois sur le terrain.

Selon le chef de la police ukrainienne, Igor Klymenko, les bombardements russes de mercredi ont fait au moins six morts et 36 blessés.

À Kiev, « trois personnes ont été tuées. Parmi elles figure une jeune fille de 17 ans », a indiqué le maire de la capitale, Vitaly Klitschko.

Il avait annoncé un peu plus tôt que des infrastructures avaient été touchées et que l’approvisionnement en eau avait été « suspendu dans tout Kiev » à cause des bombardements.

Des travaux ont permis dans la soirée de rétablir le courant sur la rive droite de Kiev, selon les autorités régionales.

Centrales nucléaires déconnectées

À la suite des frappes russes, trois centrales nucléaires ont été « déconnectées » du réseau électrique, sans entraîner à ce stade de conséquences sur le niveau de radiation. L’approvisionnement de la centrale de Zaporijjia, occupée par les Russes, a été stoppé.

À Kramatorsk, dans l’est, Denys Vinnyk, 23 ans, a dit à l’AFP être « inquiet » face à ces coupures, tout comme Ksenia Tcherkachina, rencontrée devant le restaurant où elle travaille et qui est dans le noir : « Jusqu’à présent, nous pouvons faire face… mais l’approvisionnement en électricité et en chauffage est instable », s’alarme-t-elle.

À Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, l’électricité est partiellement revenue, mais avec des coupures périodiques, d’après les autorités. La deuxième ville du pays, Kharkiv, dans le nord-est, restait, pour sa part, sans courant dans la soirée.

Avec des températures en dessous de zéro, plusieurs millions de gens sans fourniture d’énergie, sans chauffage et sans eau, il s’agit évidemment d’un crime contre l’humanité

 

Autre conséquence directe de ces frappes russes, la Moldavie, déjà en proie à d’importants problèmes énergétiques causés par la guerre en Ukraine, était victime de « pannes d’électricité massives », a déploré son vice-premier ministre, Andreï Spinu.

Sur le front diplomatique, le Parlement européen a qualifié mercredi la Russie d'« État promoteur du terrorisme », au cours d’un vote tenu quasiment neuf mois jour pour jour après le début de l’invasion russe de l’Ukraine.

Ce vote a été rapidement salué par le président Zelensky pour qui « la Russie doit être isolée à tous les niveaux et tenue pour responsable afin de mettre fin à sa politique terroriste ».

Le Parlement européen a ensuite annoncé que son site Internet avait été la cible d’une cyberattaque revendiquée par un « groupe pro-Kremlin ».

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a de son côté proposé de qualifier le Parlement européen de « promoteur de l’idiotie ».

Maternité touchée

Ailleurs en Ukraine, un bébé « né il y a deux jours » a été tué dans la nuit dans une frappe russe sur une maternité à Vilniansk, dans la région de Zaporijjia, ont déclaré les secours à l’AFP.

« L’ennemi a une fois de plus décidé d’essayer d’accomplir par la terreur et le meurtre ce qu’il n’a pas pu accomplir en neuf mois », depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, a commenté M. Zelensky.

Malgré des combats toujours violents, dans l’est notamment, Moscou et Kiev continuent d’échanger des prisonniers de guerre.

« Un autre échange a eu lieu aujourd’hui avec Kiev selon la formule 35 pour 35 », a affirmé mercredi un haut dirigeant de l’autorité d’occupation russe, Denis Pouchiline.

Les prisonniers ukrainiens libérés sont « 22 gardes nationaux, huit gardes-frontières, quatre soldats de la marine, un gars des forces armées » et également un civil « amputé » d’une jambe, a précisé le chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak.

Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé mercredi qu’il aurait « un contact direct » avec son homologue russe, Vladimir Poutine, « dans les prochains jours », en particulier sur le nucléaire civil ukrainien, source d’inquiétude.

M. Peskov a de son côté souligné qu’il n’y avait pour l’heure « aucun accord » ni aucune « proposition concrète » sur un tel entretien téléphonique.

Les États-Unis ont quant à eux annoncé une nouvelle aide militaire de 400 millions de dollars à l’Ukraine pour des armes, des munitions et des équipements de défense antiaérienne supplémentaires. Le Royaume-Uni a envoyé un premier hélicoptère Sea King en Ukraine et prévoit en fournir deux autres.

À voir en vidéo