Des attaques sur la centrale de Zaporijjia attisent les tensions

La Russie, qui mène une offensive en Ukraine depuis le 24 février, occupe militairement le territoire de la centrale nucléaire de Zaporijjia. Le président russe, Vladimir Poutine, en a revendiqué l’annexion, tout comme celle de quatre régions ukrainiennes.
Associated Press La Russie, qui mène une offensive en Ukraine depuis le 24 février, occupe militairement le territoire de la centrale nucléaire de Zaporijjia. Le président russe, Vladimir Poutine, en a revendiqué l’annexion, tout comme celle de quatre régions ukrainiennes.

La Russie et l’Ukraine se sont à nouveau accusées mutuellement, dimanche, d’avoir bombardé la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, située dans le sud de l’Ukraine et occupée militairement par l’armée russe.

Depuis plusieurs mois, Moscou et Kiev s’accusent mutuellement de bombardements sur le site proche de la ligne de front.

Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a estimé que les frappes du week-end — « une bonne douzaine » — étaient « absolument délibérées, ciblées », sans en attribuer la responsabilité aux forces russes ou ukrainiennes, et a jugé la situation « gravissime », dans un entretien à la chaîne française BFMTV.

Pour le ministère russe de la Défense, « le régime de Kiev ne cesse pas les provocations afin de créer la menace d’une catastrophe à la centrale nucléaire de Zaporijjia ».

Samedi et dimanche, les forces ukrainiennes ont tiré plus d’une vingtaine d'« obus de grand calibre » sur la centrale, affirme le communiqué du ministère.

Ceux-ci ont notamment explosé entre les blocs énergétiques numéro 4 et 5 et ont visé le toit d’un « bâtiment spécial » situé à proximité de ces blocs, selon la même source.

Ce « bâtiment spécial » abrite un dépôt de combustibles nucléaires, a précisé un responsable du producteur russe d’électricité nucléaire Rosenergoatom, Renat Kartchaa, cité par l’agence officielle russe TASS.

Malgré ces bombardements, « le niveau de radiations dans la zone de la centrale reste conforme à la norme », souligne le communiqué du ministère russe de la Défense.

Pour sa part, l’agence nucléaire ukrainienne a accusé la Russie d’avoir bombardé le site de la centrale.

« Ce matin du 20 novembre 2022, à la suite de nombreux bombardements russes, au moins 12 frappes ont été enregistrées sur le site de la centrale nucléaire de Zaporijjia », a déclaré Energoatom, accusant les Russes d'« organiser une fois de plus un chantage nucléaire et [de] mettre le monde entier en danger ».

« Il y a en a qui considèrent qu’une centrale nucléaire est une cible militaire légitime, ce qui est incroyable », s’est indigné le directeur général de l’AIEA.

« Arrêtez cette folie »

« Qui que ce soit, arrêtez cette folie ! » a exhorté M. Grossi, en insistant : « Les gens qui font ça savent où ils frappent. C’est absolument délibéré, ciblé. »

« La centrale est sur la ligne de front, il y a des activités militaires très difficiles à cerner, il y a des effectifs russes et des effectifs ukrainiens en activité », a rappelé M. Grossi.

L’AIEA, qui dispose de deux inspecteurs sur place dans la centrale, est en train de procéder à une évaluation. « Il y a eu des dégâts dans des endroits assez délicats », a estimé M. Grossi, précisant que les réacteurs n’avaient pas été touchés, mais « plutôt la zone où se trouvent les combustibles frais et usés ».

« On compte pouvoir faire un état des lieux demain [lundi] matin très tôt », a-t-il ajouté, précisant que les inspecteurs n’avaient pas pu sortir dimanche, car la situation était trop dangereuse.

Dimanche, le président français, Emmanuel Macron, s’est entretenu avec le chef de l’AIEA sur la situation de la centrale de Zaporijjia et « parlera probablement » au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, selon la présidence française.

La Russie, qui mène une offensive en Ukraine depuis le 24 février, occupe militairement le territoire de la centrale. Le président russe, Vladimir Poutine, en a revendiqué l’annexion, tout comme celle de quatre régions ukrainiennes.

Les voisins de la Russie sont en danger, dit la Lettonie

Tous les pays limitrophes de la Russie sont en danger. C’est ce que soutient un haut responsable de la Défense de la Lettonie, un pays allié que le Canada soutient sur le plan militaire. À la suite d’une frappe qui a tué deux personnes en Pologne, conséquence de la guerre qui fait rage en Ukraine, la Lettonie rappelle ainsi que, un peu plus au nord, elle est aussi exposée à la menace russe. Elle partage 300 km de frontières avec son imposant voisin, qui l’a annexée deux fois de force dans son histoire. Et ce risque d’être avalé de nouveau « ne peut être écarté », a estimé le chef intérimaire de la composante Terre de l’armée lettonne, le colonel Didzis Nestro, dans une entrevue avec La Presse Canadienne cette semaine. « Depuis la guerre de Tchétchénie dans les années 1990, toutes les guerres que la Russie a menées visaient à regagner ses points d’accès [du temps de l’URSS ou de la Russie tsariste auparavant] », a analysé le colonel Nestro.

La Presse canadienne



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