L’Ukraine maintient que le missile qui a frappé la Pologne était russe

Des policiers polonais enquêtent sur le site où deux personnes ont été tuées par un missile, mercredi, à Przewodow, en Pologne.
Michal Dyiuk Associated Press Des policiers polonais enquêtent sur le site où deux personnes ont été tuées par un missile, mercredi, à Przewodow, en Pologne.

Kiev a réaffirmé mercredi que le missile ayant tué deux personnes la veille dans un village polonais près de la frontière avec l’Ukraine était « russe », contredisant l’OTAN et Washington, qui accréditent plutôt la thèse d’un missile de défense ukrainien.

« Je n’ai aucun doute que ce missile n’était pas à nous », a déclaré, mercredi soir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la télévision, alors que les responsables de l’OTAN avaient estimé plus tôt qu’il s’agissait probablement d’un missile du système ukrainien de défense antiaérienne.

Il a par ailleurs affirmé n’avoir reçu des Occidentaux aucune preuve de cette hypothèse. « Avons-nous le droit de recevoir les preuves de nos partenaires à huis clos ? Nous n’avons rien reçu », a lancé M. Zelensky, tout en soulignant que Kiev voulait faire partie d’un groupe d’enquête international sur cet incident.

La Hongrie a estimé, mercredi, que le président Zelensky donnait « un mauvais exemple ». « Dans une telle situation, les dirigeants mondiaux s’expriment de manière responsable », a déclaré à la presse Gergely Gulyas, chef de cabinet du premier ministre Viktor Orban.

La chute du missile sur le village polonais a fait craindre que l’OTAN ne soit entraînée dans le conflit et une escalade majeure dans la guerre en Ukraine, car la Pologne est protégée par un engagement de défense collective de l’Alliance atlantique.

Pas d’attaque « intentionnelle »

La Russie a nié avoir tiré ce missile, Varsovie elle-même jugeant « hautement probable » qu’il s’agisse d’un projectile antiaérien ukrainien, évoquant « un accident malheureux ». Le missile a tué deux hommes à Przewodow en frappant un bâtiment agricole, laissant la Pologne sous le choc et son armée, en état d’alerte.

La Maison-Blanche n’a « rien vu qui contredise » l’hypothèse avancée par Varsovie, a estimé mercredi une porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Adrienne Watson. « Cela étant dit, quelles que soient les conclusions définitives, il est clair que la Russie est, au bout du compte, responsable de cet incident tragique » à cause de ses frappes contre les infrastructures civiles ukrainiennes, a-t-elle estimé dans un communiqué, en ajoutant : « L’Ukraine avait, et a, le droit de se défendre. »

Depuis Bali, en Indonésie, où le G20 était réuni en sommet, le président américain, Joe Biden, a jugé « improbable » que le missile ait été tiré par la Russie ; Moscou a salué sa « retenue ».

De son côté, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué, mercredi soir, avoir signifié à l’ambassadeur polonais à Moscou, Krzysztof Krajewski, « le caractère inacceptable du renforcement en Pologne d’une hystérie anti-russe » après l’incident.

« Alors qu’il faisait nuit et qu’il n’y avait à ce moment-là aucune information fiable sur ce qui venait de se passer, Varsovie a jugé nécessaire de convoquer l’ambassadeur russe et de transformer cela en un spectacle politique », a dénoncé la diplomatie russe, tout en appelant la Pologne à ne pas prendre part à « de sales provocations ».

La Pologne, qui a une frontière de 530 km avec l’Ukraine, est un leader régional en matière d’assistance militaire et humanitaire à son voisin oriental. Elle accueille sur son territoire quelque 10 000 militaires américains.

« Crime de guerre »

Le missile est tombé alors que la Russie menait mardi des frappes massives sur les infrastructures civiles ukrainiennes, qui ont laissé des millions de foyers sans électricité. Les missiles russes ont frappé des villes dans tout le pays, dont Lviv, près de la frontière polonaise.

Le chef d’état-major américain, le général Mark Milley, a jugé mercredi que ces frappes de missiles russes constituaient un « crime de guerre ». Le plus haut gradé des États-Unis a estimé que la Russie avait échoué sur tous les fronts dans sa guerre contre l’Ukraine, et y menait par conséquent une « campagne de terreur ».

Ces frappes, qui ont fait au moins un mort à Kiev, ont entraîné des coupures de courant généralisées en Ukraine et en Moldavie voisine. Elles ont eu lieu quatre jours après l’humiliant retrait des forces russes d’une partie de la région de Kherson, dont la ville du même nom, dans le sud de l’Ukraine, après plus de huit mois d’occupation.

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