Le navire Ocean Viking et ses 230 migrants ont accosté en France, frictions avec Rome

Des policiers et un employé de la Croix-Rouge discutent avec des migrants descendus de l’Ocean Viking à leur arrivée à Hyères.
Christophe Simon Agence France Presse Des policiers et un employé de la Croix-Rouge discutent avec des migrants descendus de l’Ocean Viking à leur arrivée à Hyères.

La fin d’un « calvaire » : Le navire humanitaire Ocean Viking a débarqué vendredi 230 migrants secourus en Méditerranée au port militaire de Toulon (sud de la France), avant qu’une partie ne soit relocalisée dans le reste de l’Europe, Paris et Rome multipliant les invectives.

C’est la première fois qu’un bateau ambulance opérant au large de la Libye, débarque en France des rescapés. Un accueil exceptionnel, par « devoir d’humanité », a souligné le ministre de l’Intérieur français Gérald Darmanin critiquant « une Italie très inhumaine ».

La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a elle dénoncé vendredi une réaction française « agressive, incompréhensible et injustifiée », rappelant que son pays a accueilli cette année près de 90 000 migrants alors que les pays européens qui s’étaient engagés à l’aider et à prendre en charge 8000 personnes n’en avaient finalement accueilli que 117.

À Toulon, l’Ocean Viking, navire à la coque rouge affrété par l’ONG SOS Méditerranée a accosté vers 8 h 50 au port militaire, sans accès pour les médias.

« Il y a beaucoup d’émotion à bord, tout le monde est très très fatigué, c’est la fin d’un calvaire », a déclaré à l’AFP Laurence Bondard, pour SOS Méditerranée.

L’Ocean Viking a erré en mer trois semaines faute de port en Italie pour débarquer des hommes, femmes et 57 enfants, originaires pour certains de pays en guerre secourus au large de la Libye.

11 pays solidaires

Leur transfert en bus vers un centre de vacances de la Caisse des activités sociales de l’énergie, sur la presqu’île de Giens à Hyères (Var), et pas dans un centre luxueux comme l’ont affirmé quelques hommes politiques, devrait être terminé vendredi dans la soirée.

En plus des 230 personnes arrivées à Toulon, quatre autres migrants évacués de l’Ocean Viking vers la Corse jeudi ont aussi été transférés dans ce centre.

« Tout ce que je voulais, c’était quitter la Libye, l’enfer », a confié Ibrahim, un Gambien de 17 ans, en montrant les traces de sévices endurés là-bas à une équipe de l’AFP, un des rares médias autorisés à se rendre au centre d’hébergement.

À ce stade, 44 mineurs isolés ont ensuite été pris en charge par les services sociaux français, selon le préfet du Var Evence Richard, et un passager a été hospitalisé.

 

Le centre d’hébergement a été déclaré « zone d’attente internationale » pour une vingtaine de jours.

Les migrants ne pourront pas en « sortir et ne seront donc pas techniquement sur le sol français », selon Gérald Darmanin.

Ces personnes feront l’objet de contrôles avant d’être entendues par l’Office français de protection des réfugiés (OFPRA), qui attribue le statut de réfugié. Pour l’instant, « tous les passagers pris en compte ont demandé asile », selon le préfet.

Polémique politique

En pleine présentation d’un projet de loi sur l’immigration en France, qui prévoit de réformer les procédures d’asile pour parvenir à expulser davantage, l’entourage de Gérald Darmanin a précisé que « ceux qui ne reçoivent pas l’asile, seront éloignés directement depuis la zone d’attente vers leur pays d’origine ».

« La possibilité d’expulser, c’est le principe de la zone d’attente. Mais pour des personnes qui viennent d’arriver, qui sont rescapées d’une traversée de la Méditerranée, ça pose la question de savoir si elles vont pouvoir livrer immédiatement un récit et un état des persécutions qu’ils encourent dans de bonnes conditions », s’est inquiétée auprès de l’AFP Laure Palun, qui dirige l’ANAFÉ (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers).

La cheffe de file du principal parti d’extrême droite, Marine Le Pen, a appelé à renvoyer les migrants : « Il faut que ces navires qui mettent en sécurité les migrants récupérés en mer les ramènent à leur port de départ ».

Un débarquement en France « est une situation qui ne doit pas se reproduire », a estimé SOS Méditerranée. L’ONG repartira en mer « parce qu’il y a eu plus de 20 000 morts depuis 2014 dans la mer Méditerranée et qu’on n’accepte pas que cette mer devienne un cimetière », a ajouté le directeur des opérations, Xavier Lauth.

Depuis juin, un système de relocalisation, qui avait déjà connu un premier volet en 2019, prévoit qu’une douzaine d’États européens, dont la France, accueillent de manière volontaire 8000 migrants arrivés dans des pays dits de « première ligne » comme l’Italie. Paris a annoncé jeudi la suspension « à effet immédiat » de l’accueil prévu de 3500 migrants actuellement en Italie et renforcé ses contrôles à la frontière italienne.

Le chef de file de la droite européenne, Manfred Weber a estimé, après avoir rencontré Mme Meloni que « le gouvernement français ne peut pas blâmer les autres si ses propres promesses de soutenir les pays d’arrivée comme l’Italie ne sont pas tenues ».

Pour Emmanuel Macron « ce débat (sur les sujets migratoires, NDLR), nous ne le réglerons jamais, d’abord si on n’a pas une vraie organisation européenne qui fonctionne, et encore moins si on ne sait régler les problèmes des inégalités avec le continent africain et les autres rives de la Méditerranée ».

Depuis le début de l’année, 1891 migrants ont disparu en Méditerranée, en tentant de rejoindre l’Europe, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

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