Un navire transportant 230 migrants accostera dans le sud de la France «à titre exceptionnel»

« Un tiers » des 234 migrants à bord de l’Ocean Viking seront « relocalisés » en France, un autre tiers en Allemagne, et les autres seront répartis entre huit autres pays (Malte, Portugal, Croatie, Lituanie, Roumanie, Bulgarie, Luxembourg, Irlande), a expliqué le ministre français de l’Intérieur, louant la « solidarité européenne ».
Vincenzo Circosta Agence France-Presse « Un tiers » des 234 migrants à bord de l’Ocean Viking seront « relocalisés » en France, un autre tiers en Allemagne, et les autres seront répartis entre huit autres pays (Malte, Portugal, Croatie, Lituanie, Roumanie, Bulgarie, Luxembourg, Irlande), a expliqué le ministre français de l’Intérieur, louant la « solidarité européenne ».

Une première. Un navire humanitaire ayant 230 migrants à son bord, l’Ocean Viking, doit accoster vendredi dans un port militaire de France « à titre exceptionnel », a annoncé jeudi le gouvernement français, sur fond de crise diplomatique avec l’Italie, qui a refusé de l’accueillir.

« J’ai bien précisé, à la demande du président de la République, que c’est à titre exceptionnel que nous accueillons ce bateau, au vu des 15 jours d’attente en mer que les autorités italiennes ont fait subir aux passagers », a déclaré le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, désignant pour le débarquement le port militaire de Toulon, dans le sud de la France.

Il a immédiatement critiqué le « choix incompréhensible » et contraire au « droit international » de l’Italie, dirigée par un nouveau gouvernement d’extrême droite, qui a refusé d’ouvrir ses ports.

Pour la première fois depuis 2014, quand les navires d’ONG ont commencé à patrouiller en Méditerranée après la fin de l’opération européenne de sauvetage Mare Nostrum, la France accueille donc un de ces bateaux-ambulances.

Un « devoir d’humanité », selon Gérald Darmanin, qui a toutefois exprimé la colère de Paris : « Il faut désormais pouvoir organiser les choses différemment pour [ne] pas que l’Italie puisse à la fois profiter de la solidarité européenne tout en étant égoïste lorsque des réfugiés, notamment des enfants, se présentent » à ses ports.

« Relocalisés » surtout en France et en Allemagne

En guise de protestation, la France a décidé de suspendre « à effet immédiat » l’accueil prévu de 3500 migrants actuellement en Italie et a promis de tirer « les conséquences » de l’attitude italienne sur les autres aspects de sa « relation bilatérale », a souligné le ministre.

« La réaction de la France face à la requête d’accueillir 234 migrants, quand l’Italie en a accueilli 90 000 seulement cette année, est totalement incompréhensible », lui a rétorqué le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi.

« Un tiers » des migrants sauvés par l’Ocean Viking entre la Libye et l’Italie seront « relocalisés » en France, et un autre tiers en Allemagne, a précisé Gérald Darmanin. Le dernier tiers sera réparti entre huit autres pays (Malte, Portugal, Croatie, Lituanie, Roumanie, Bulgarie, Luxembourg, Irlande), a-t-il affirmé jeudi soir, louant la « solidarité européenne ».

À partir de vendredi, tous les rescapés feront l’objet d’un suivi sanitaire, puis de contrôles de sécurité des services de renseignement, avant d’être entendus par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Quatre migrants évacuésavant l’accostage

Jeudi, 4 des 234 migrants que comptait le navire ont été évacués par hélicoptère vers la Corse, dont trois pour des raisons médicales.

L’un de ces patients « est instable et ne réagit pas aux soins prodigués à bord depuis le 27 octobre », a expliqué SOS Méditerranée, qui affrète l’Ocean Viking.

Photo: Vincenzo Circosta Agence France-Presse L’un des quatre migrants de l’Ocean Viking évacués en hélicoptère

Pouvoir accoster à Toulon est « un soulagement teinté d’amertume », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) la directrice de SOS Méditerranée, Sophie Beau, jugeant « urgent que les États européens mettent en place un mécanisme de répartition pérenne » des migrants sauvés en Méditerranée.

À bord, la nouvelle du débarquement prochain a suscité des scènes de liesse pendant près d’une heure, a confié un photographe embarqué avec SOS Méditerranée, évoquant embrassades et larmes de joie.

En France, à l’inverse, cela a provoqué l’ire de l’extrême droite, Marine Le Pen dénonçant « un signal dramatique de laxisme » de la part d’Emmanuel Macron.

« C’est un tournant majeur », a confié à l’AFP une source proche du dossier, évoquant « le précédent politique que cela crée » : « Désormais, les navires humanitaires vont-ils avoir pour réflexe de venir en France quand l’Italie fermera ses ports ? »

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