Aux rênes du Royaume-Uni, Rishi Sunak veut réparer les «erreurs» de Liz Truss

À la tête d’un parti extrêmement divisé, Rishi Sunak exclut les élections anticipées que réclame l’opposition.
Photo: Daniel Leal Agence France-Presse À la tête d’un parti extrêmement divisé, Rishi Sunak exclut les élections anticipées que réclame l’opposition.

Troisième premier ministre britannique en deux mois, Rishi Sunak a reconduit mardi dans leurs fonctions les principales figures du gouvernement conservateur, optant pour la stabilité et promettant de réparer les « erreurs » commises par l’éphémère Liz Truss.

L’ex-banquier et chancelier de l’Échiquier de 42 ans est entré à Downing Street à peine cinq jours après l’annonce de la démission de Liz Truss, qui a été au pouvoir pendant seulement 49 jours, énième coup de théâtre dans un pays en proie à de vives turbulences politiques.

« J’unirai notre pays non avec des mots, mais avec des actes », a assuré M. Sunak sur le perron de sa résidence officielle, après s’être vu demander par le roi Charles III de former un nouveau gouvernement. Il a promis de « réparer » les « erreurs » commises sous Liz Truss. « Je placerai stabilité économique et confiance au coeur de l’ordre du jour de ce gouvernement. »

Le nouveau premier ministre, le premier originaire d’une ex-colonie britannique et le plus jeune depuis le XIXe siècle, prend les rênes d’un pays qui connaît une grave crise économique et sociale. L’inflation dépasse les 10 %. Le risque d’une récession plane. Les grèves se multiplient face à la chute du pouvoir d’achat.

Contrainte à partir après la tempête provoquée par son plan massif de baisses d’impôts, Liz Truss avait précédé Rishi Sunak mardi au palais de Buckingham pour présenter au roi sa démission, après un mandat d’une brièveté record. Elle a souhaité « tous les succès » possibles à son successeur, « pour le bien de notre pays », et réaffirmé son plaidoyer pour l’audace au pouvoir.

Des ministres reconduits

Rishi Sunak a commencé aussitôt à former un gouvernement avec un double défi : donner des gages aux marchés, à fleur de peau depuis les annonces budgétaires de septembre, et rassembler une majorité très divisée après 12 ans de pouvoir.

Sur le plan économique, il a opté pour la stabilité en confirmant Jeremy Hunt, 55 ans, comme chancelier de l’Échiquier (l’équivalent britannique du ministre des Finances). Depuis sa nomination en catastrophe à la mi-octobre, Hunt a ramené un semblant de calme sur les marchés en annulant presque toutes les baisses d’impôts annoncées trois semaines plus tôt et a fait état de mesures difficiles à venir, faisant craindre un retour de l’austérité. Il doit présenter de nouvelles mesures budgétaires le 31 octobre.

En temps de guerre en Ukraine, Rishi Sunak a également confirmé James Cleverly aux Affaires étrangères et Ben Wallace à la Défense. Gage pour l’aile droite : l’ultraconservatrice Suella Braverman est renommée à l’Intérieur, moins d’une semaine après sa démission de ce poste, qui avait contribué à la chute de Liz Truss.

Si cette dernière avait formé un cabinet très loyal, Rishi Sunak semble montrer une volonté d’ouverture aux différents courants de la majorité. Il a néanmoins rappelé au gouvernement son allié Dominic Raab, qui retrouve les postes de ministre de la Justice et de vice-premier ministre.

Sur la BBC, le député Huw Merriman a expliqué que Rishi Sunak voulait apporter « une impression de calme et de stabilité » en dirigeant le gouvernement « comme un chef d’entreprise » : « Nous ne voulons plus de turbulences. »

Rishi Sunak s’est également dit « conscient » du travail à effectuer pour « rétablir la confiance », allusion aux scandales survenus sous Boris Johnson, auquel il a exprimé sa « gratitude ».

Du pain sur la planche

À la tête d’un parti extrêmement divisé, Rishi Sunak exclut les élections anticipées que réclame l’opposition. Selon un sondage Ipsos publié lundi, 62 % des électeurs souhaitent la tenue d’un tel scrutin avant la fin de 2022.

« Brexiteur » de la première heure, qui passe pour un pragmatique, bourreau de travail, Rishi Sunak est pressé de détailler ses projets après s’être imposé sans programme ni vote des adhérents. Il était le seul candidat à avoir obtenu les soutiens nécessaires des députés de son parti. Devant l’ampleur de la tâche, il a assuré dans son premier discours ne pas être « intimidé ». Il a aussi réitéré le soutien britannique à l’Ukraine, dont des responsables n’avaient pas caché leur déception après le départ de Boris Johnson.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’est d’ailleurs dit prêt à « continuer à renforcer » les liens entre les deux pays. Le président français, Emmanuel Macron, a quant à lui fait part de sa volonté de continuer ensemble « d’oeuvrer pour faire face aux défis du moment, dont la guerre en Ukraine et ses multiples conséquences pour l’Europe et pour le monde ».

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