Le gouvernement français intervient pour débloquer les dépôts de carburants

La procédure de réquisition de personnel appliquée à Esso-Exxonmobil doit servir à débloquer raffineries et dépôts de carburants, soumis à des grèves depuis plusieurs semaines.
Nicolas Tucat Agence France-Presse La procédure de réquisition de personnel appliquée à Esso-Exxonmobil doit servir à débloquer raffineries et dépôts de carburants, soumis à des grèves depuis plusieurs semaines.

Sous le feu des critiques alors qu’un tiers des stations-service du pays sont affectées par des pénuries, le gouvernement français a annoncé mardi des réquisitions de personnel afin de débloquer des dépôts de carburants du groupe Esso-Exxonmobil.

Du nord au sud de la France, les mêmes scènes se reproduisent : des stations fermées, d’interminables files d’attente, des prix en hausse et le moral des automobilistes en berne.

Chez Esso-Exxonmobil, un accord salarial a été conclu lundi par deux organisations syndicales, majoritaires à l’échelle du groupe, mais pas de ses raffineries.

« J’ai demandé aux préfets d’engager, comme le permet la loi, la procédure de réquisition des personnels indispensables au fonctionnement des dépôts de cette entreprise », a déclaré la première ministre française, Élisabeth Borne, à l’Assemblée nationale. « Le dialogue social, c’est avancer dès lors qu’une majorité s’est dégagée. Ce ne sont pas des accords a minima. Les annonces de la direction sont significatives », a-t-elle fait valoir.

Esso compte trois dépôts en France, à Toulouse, Fos-sur-Mer et Notre-Dame-de-Gravenchon. Les deux derniers se trouvent à proximité des deux raffineries françaises de l’entreprise, qui sont en grève.

Appel à « débloquer la situation »

Commentant la situation chez TotalEnergies, l’autre groupe pétrolier touché par des mouvements de grève, la cheffe du gouvernement a exhorté direction et syndicats à engager des négociations salariales, menaçant sinon de faire de même que pour Esso-Exxonmobil.

« Les syndicats réformistes ont appelé à l’ouverture de négociations ; la direction a répondu favorablement. J’espère que les autres syndicats représentatifs vont saisir cette main tendue, car le dialogue social est toujours plus fécond que le conflit », a affirmé Mme Borne. « À défaut, le gouvernement agira, là encore, pour débloquer la situation. »

Chez TotalEnergies, les salariés ont revoté lundi matin « à une large majorité pour la poursuite de la grève », a annoncé Eric Sellini, de la Confédération générale du travail (CGT). Sont concernés notamment sa raffinerie de Normandie, son dépôt de carburants des Flandres et sa « bioraffinerie » de la Mède. Les syndicats mettent en avant les super profits réalisés par les groupes pétroliers, qui profitent de la flambée des cours liée à la guerre en Ukraine. TotalEnergies a ainsi engrangé 10,6 milliards $US de bénéfices au premier semestre.

Depuis plusieurs semaines, le pays est touché par des grèves dans les raffineries et dépôts de carburants à l’appel d’organisations syndicales demandant des hausses salariales. Ce mouvement social a commencé à créer des difficultés majeures pour les automobilistes depuis la semaine passée.

« Quand il y a des propositions de négociations, il faut s’en saisir. Sinon, ce n’est plus de la grève pour obtenir des résultats, c’est tout simplement un blocage du pays, et ce n’est pas acceptable », a déclaré le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, sur France Info. « Le gouvernement appelle à ce que la totalité des blocages soient levés sans délai. Sans quoi nous prendrons nos responsabilités », a aussi affirmé le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, au lendemain d’une réunion d’urgence.

Les oppositions critiquent vertement l’approche du gouvernement, la droite et l’extrême droite notant un « défaut d’anticipation » et une « fébrilité », la gauche dénonçant des « menaces pour les salariés, mais [des] caresses pour les patrons ».

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