La Russie lance les plus grandes frappes aériennes depuis le début de la guerre en Ukraine

Plus de 83 missiles ont frappé aux quatre coins de l’Ukraine en l’espace de quelques heures, lundi matin.
Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Plus de 83 missiles ont frappé aux quatre coins de l’Ukraine en l’espace de quelques heures, lundi matin.

La guerre en Ukraine est-elle à un tournant ? La destruction partielle du pont de Crimée, symbole de la mainmise russe sur la péninsule contestée, a provoqué l’ire du président Vladimir Poutine. Son armée a répliqué en tirant sa pire salve de missiles sur des civils ukrainiens depuis le début de la guerre. Qui plus est, la Biélorussie menace désormais de s’impliquer dans les combats et d’ouvrir un nouveau front.

Plus de 83 missiles ont frappé aux quatre coins de l’Ukraine en l’espace de quelques heures, lundi matin. De ce nombre, 43 ont été interceptés par les systèmes de défense ukrainiens, selon le commandant en chef des forces armées ukrainiennes. Les services de secours font état d’un bilan provisoire de 11 morts et 87 blessés dans tout le pays.

Le centre-ville de Kiev — épargné depuis le début de la guerre — a été visé en pleine heure de pointe matinale. Une université, le consulat allemand et le siège social de la compagnie Samsung en Ukraine ont notamment été pris pour cibles. Surpris par ces bombardements massifs, de nombreux Kiéviens ont trouvé refuge dans les stations de métro, comme aux premiers jours de la guerre. La dernière frappe sur la capitale avait eu lieu le 26 juin. 

Outre Kiev, onze infrastructures importantes ont été endommagées dans huit régions, a précisé le premier ministre ukrainien, Denis Chmygal. Les obus ont atteint plusieurs infrastructures du réseau électrique.

 

Ces pertes de courant provoquées par la Russie ont de quoi inquiéter à l’approche de l’hiver. « On essaie de démoraliser les Ukrainiens, mais on dirait que plus la Russie attaque l’Ukraine, plus les Ukrainiens se serrent les coudes, sont solidaires et résistent », relativise le spécialiste de la Russie et vice-recteur du collège royal militaire, Pierre Jolicoeur.

« L’Ukraine ne peut pas être intimidée. Elle ne peut être que d’autant plus unie. L’Ukraine ne peut pas être stoppée », a en effet déclaré le président ukrainien, Volodomyr Zelensky, dans une vidéo diffusée lundi sur les réseaux sociaux.

Lutte sans merci

 

La livraison de nouvelles batteries antiaériennes a été réclamée à grands cris aux Occidentaux à la suite de cette nouvelle démonstration de force.

L’Allemagne a assuré lundi qu’un premier système de défense antiaérienne sera livré « dans les prochains jours ». Ce type d’arme serait capable de protéger une ville entière. Cependant, aucune défense antiaérienne ne protège totalement un territoire contre de telles attaques, surtout dans un pays vaste comme l’Ukraine.

Le président américain, Joe Biden, a, lui, promis lundi la livraison de « systèmes perfectionnés » de défense aérienne.

Dans la journée, le président Zelensky s’est entretenu par téléphone avec le premier ministre canadien, Justin Trudeau. Il aurait, selon son gazouillis, « insisté sur l’importance d’une réponse forte du G7 contre les missiles terroristes russes ».

Les dirigeants du G7 ont prévu une réunion d’urgence mardi après-midi en compagnie du président ukrainien. 

Nouveau chef de guerre

 

Cette pluie d’obus constitue vraisemblablement la première décision militaire du nouveau chef de guerre russe en Ukraine, nommé samedi.

« Le général d’armée Sergueï Sourovikine a été nommé commandant du groupement combiné de troupes dans la zone de l’opération militaire spéciale », a confirmé le ministère russe de la Défense sur Telegram.

Sourovikine traîne un long passé militaire. Âgé de 55 ans, il est un vétéran de la guerre de Tchétchénie et a mené l’intervention russe en Syrie. Ce théâtre de guerre a été marqué par l’utilisation répétée de tirs à l’aveugle sur des quartiers civils. Sourovikine dirigeait jusqu’à samedi le déploiement des soldats russes sur le front sud du conflit.

Curieusement, c’est ce même Sourovikine qui s’est interposé physiquement dans les rues de Moscou lors du coup d’État raté de 1991. Sa brigade avait été la seule à stopper les manifestants qui tentaient de renverser le pouvoir central soviétique, juste avant qu’il ne s’effondre de lui-même.

Les tactiques militaires russes infructueuses en Ukraine frustrent de plus en plus même les plus convaincus des Russes. Le Kremlin prévoirait remplacer le ministre de la Défense, Sergei Shoigu, et le chef d’état-major général de l’armée, Valeriy Gerasimov, au cours de la semaine à venir, a noté l’Institut pour l’étude de la guerre en se basant sur une chaîne Telegram de la société militaire privée russe Wagner.

La désescalade par l’escalade

L’escalade de violence de lundi est la réplique russe à la destruction partielle du pont de Crimée survenue samedi. Cet acte de guerre non revendiqué complique le ravitaillement militaire russe sur la péninsule occupée, mais revêt aussi l’aspect d’un affront au pouvoir russe.

La déflagration s’est produite au lendemain de la date d’anniversaire de Poutine, un détail non négligeable. Ce dernier avait fait de ce pont un de ses legs politiques les plus importants.

Les bombardements de lundi se veulent donc une revanche contre une réussite ukrainienne aussi symbolique que stratégique. « Si les tentatives d’attentats terroristes sur notre territoire se poursuivent, les réponses de la Russie seront sévères, et leur ampleur correspondra au niveau des menaces posées », a mis en garde le président russe, lundi, en ouverture d’une réunion télévisée du Conseil de sécurité.

« On a voulu montrer qu’on a encore des capacités militaires », observe le professeur Jolicoeur. « On peut encore frapper où l’on veut. […] On montre qu’on est toujours en contrôle, alors que dans le fond, on ne l’est peut-être pas tout à fait. »

Tandis que l’initiative de l’escalade semble être passée du côté ukrainien depuis quelques semaines, Moscou se tourne aussi vers son allié de Biélorussie. Le président Alexandre Loukachenko, qui s’était jusque-là gardé d’envoyer ses troupes, a accusé Kiev de préparer une attaque contre son pays. En conséquence, il prévoit « déployer un groupement régional de la Fédération de Russie et de la République du Bélarus ».

L’ouverture d’un troisième front au nord de l’Ukraine compliquerait la résistance meurtrie par des mois d’agressions. Aucune preuve d’un tel déploiement n’a filtré jusqu’ici, mais pour M. Jolicoeur, du côté russe, « on sent une volonté de faire de ce conflit quelque chose de plus large que ce qu’il n’est déjà ».

Avec l’Agence France-Presse

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