Biden alerte sur un risque d’«apocalypse» nucléaire

Un bombardement a fait trois morts et sept blessés jeudi à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine.
Dimitar Dilkoff Agence France-Presse Un bombardement a fait trois morts et sept blessés jeudi à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine.

Le président américain, Joe Biden, a mis en garde jeudi contre un risque d’« apocalypse », pour la première fois depuis la guerre froide, en raison des menaces d’employer l’arme nucléaire par la Russie, dont les troupes sont mises sous pression par la contre-offensive ukrainienne.

M. Biden a dit s’interroger sur une porte de sortie pour son homologue russe Vladimir Poutine. « Comment peut-il s’en sortir ? Comment peut-il se positionner de façon à ni perdre la face, ni perdre une portion significative de son pouvoir en Russie ? » s’est questionné le président américain lors d’une collecte de fonds à New York.

Confronté à une résistance ukrainienne tenace alimentée par l’aide militaire occidentale, M. Poutine a fait une allusion à la bombe atomique dans un discours télévisé le 21 septembre.

Il s’était dit prêt à utiliser « tous les moyens » dans son arsenal face à l’Occident, qu’il avait accusé de vouloir « détruire » la Russie. « Ce n’est pas du bluff », avait-il assuré.

« Nous n’avons pas été confrontés à la perspective d’une apocalypse depuis Kennedy et la crise des missiles cubains » en 1962, a alerté jeudi le président américain.

Selon les experts, une attaque atomique emploierait probablement des armes nucléaires tactiques — plus petites en charge explosive qu’une arme nucléaire stratégique.

Mais Washington considère que même une frappe nucléaire tactique pourrait déclencher une conflagration plus large.

 

Vladimir Poutine « ne plaisante pas quand il parle d’un usage potentiel d’armes nucléaires tactiques ou d’armes biologiques ou chimiques, car son armée, on pourrait le dire, est très peu performante », a encore jugé le président américain.

Kiev chiffre ses gains

 

L’Ukraine a annoncé jeudi avoir reconquis 500 km² de terrain dans le sud de son territoire, où sa contre-offensive met la Russie sous pression, et a réclamé davantage d’armes aux Européens pour « punir » les troupes de Vladimir Poutine.

Les troupes ukrainiennes sont à l’offensive sur tous les fronts depuis début septembre. Elles ont déjà repris l’essentiel de la région de Kharkiv, dans le nord-est du pays, et d’importants noeuds logistiques comme Izioum, Koupiansk et Lyman, dans l’est. « Rien que depuis le 1er octobre et rien que dans la région de Kherson, plus de 500 km² de territoire et des dizaines de localités ont été libérés », a déclaré jeudi soir le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

S’exprimant quelques heures plus tôt devant les dirigeants européens réunis en sommet, M. Zelensky a réclamé que l’aide militaire à Kiev se poursuive afin que « les chars russes n’avancent pas sur Varsovie ou encore sur Prague ». « Il faut punir l’agresseur », a-t-il lancé, sept mois après le début de l’invasion russe. Signe de l’agacement du Kremlin, l’ambassadeur français à Moscou, Pierre Lévy, a d’ailleurs été convoqué jeudi à cause des livraisons d’armes à l’Ukraine par Paris.

L’armée de Moscou a de son côté assuré dans son rapport quotidien avoir « repoussé l’ennemi » dans la même région de Kherson, où Kiev revendique ses nouveaux succès. Selon elle, les forces ukrainiennes ont déployé quatre bataillons tactiques sur ce front, soit plusieurs centaines d’hommes, et ont « tenté à plusieurs reprises de percer les défenses » russes près de Doudtchany, Soukhanové, Sadok et Brouskinskoïé.

La Russie sur la défensive

 

Face aux revers de son armée en Ukraine et à une mobilisation chaotique qui a poussé des centaines de milliers de Russes à l’exil, Vladimir Poutine a assuré mercredi que la situation militaire allait se « stabiliser ».

Alors que Moscou ne contrôle que partiellement ces zones et y est en difficulté sur le plan militaire, M. Poutine a signé mercredi une loi consacrant l’annexion de quatre régions ukrainiennes, après la tenue de « référendums » d’autodétermination — sans « aucune valeur légale » aux yeux de l’ONU et dénoncés comme des « simulacres » par Kiev et ses alliés.

Autre point de friction : Moscou a fustigé jeudi des propos de M. Zelensky, qui a évoqué lors d’une entrevue des « frappes préventives » de l’OTAN contre la Russie, ce qui a poussé le Kremlin à dénoncer un « appel à commencer une nouvelle guerre mondiale avec des conséquences monstrueuses et imprévisibles ».

La présidence ukrainienne s’est fendue d’un message expliquant que les propos de M. Zelensky avaient été mal compris et qu’il parlait de sanctions et non de frappes nucléaires.

Sur le front, des soldats ukrainiens interrogés par l’Agence France-Presse (AFP) ont assuré voir enfin « la lumière au bout du tunnel » grâce à leurs récents succès, après plus de sept mois d’une guerre éreintante. « Maintenant, ça va mieux, a expliqué Bogdan, 29 ans. Nous voyons leurs succès, et cela nous inspire. Si certains pensaient que nous n’allions pas assez vite, maintenant ce n’est plus le cas ! »

Danger à Zaporijjia

Les bombardements se sont poursuivis, notamment à Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine, l’une des régions que Moscou affirme avoir annexées, où une frappe a fait trois morts et sept blessés.

Dans le centre de la ville, des journalistes de l’AFP ont vu deux sites ravagés par les bombes. Sur le premier, tout ce qui était au-dessus du rez-de-chaussée s’était écroulé, faisant craindre un bilan plus élevé. À quelques centaines de mètres de là, un cratère de plusieurs mètres de profondeur était visible devant un immeuble d’habitation au toit soufflé.

Dans la région de Donetsk, autre territoire annexé par Moscou, au moins 14 personnes ont été tuées et 3 blessées dans les dernières 24 heures dans les zones contrôlées par Kiev, selon la présidence ukrainienne.

Kiev a également reçu jeudi la visite du directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, qui doit aussi se rendre à Moscou prochainement. Il est venu notamment discuter de l’établissement « d’une zone de protection » autour de la centrale nucléaire de Zaporijjia, visée régulièrement par des tirs dont Russes et Ukrainiens se renvoient mutuellement la responsabilité.

M. Grossi a insisté sur le fait que cette centrale, la plus grande de l’Europe, reste « évidemment » ukrainienne, malgré son appropriation formelle par Moscou mercredi au moyen d’un décret signé par Vladimir Poutine.

« Nous continuons à dire ce qu’il faut faire, c’est-à-dire essentiellement éviter un accident nucléaire à la centrale, ce qui reste une possibilité très, très claire », a-t-il fait valoir.

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