L’Ukraine avance, Poutine résiste

Galina Jivoka, 75 ans, passe devant un bâtiment endommagé dans le village de Drobysheve, près de la ville reconquise de Lyman. Là-bas, les habitants n’ont toujours pas retrouvé l’électricité malgré la reconquête par l’Ukraine.
Photo: Leo Correa Associated Press Galina Jivoka, 75 ans, passe devant un bâtiment endommagé dans le village de Drobysheve, près de la ville reconquise de Lyman. Là-bas, les habitants n’ont toujours pas retrouvé l’électricité malgré la reconquête par l’Ukraine.

Le président russe, Vladimir Poutine, a assuré mercredi que la situation militaire se « stabilisera » dans les territoires ukrainiens dont il revendique l’annexion, mais où ses forces subissent une série de revers face à l’armée ukrainienne.

Quelques heures plus tôt, l’Ukraine avait annoncé regagner du terrain dans la région de Louhansk (est), après ses succès dans celles de Kherson (sud) et de Kharkiv (nord-est).

« Nous partons du principe que la situation va se stabiliser et que nous pourrons développer ces zones de manière pacifique », a indiqué M. Poutine, qui a décrété le 21 septembre la mobilisation de centaines de milliers de réservistes pour tenter d’inverser la tendance.

Il a signé un décret pour que la Russie s’approprie officiellement la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia. De son côté, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, a annoncé son départ pour Kiev pour discuter du « besoin d’une zone de protection autour de la centrale plus urgent que jamais ».

Alors même qu’elle recule sur le terrain, la Russie a proclamé l’annexion de quatre régions d’Ukraine (Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia), qu’elle contrôle partiellement à l’issue de « référendums » dénoncés par Kiev et ses alliés occidentaux.

Signe d’un désarroi en Russie, les revers de l’armée ont conduit un haut responsable parlementaire à appeler Moscou à « arrêter de mentir » sur ses défaites. « Notre peuple n’est pas stupide. Et il voit qu’on ne veut pas lui dire ne serait-ce qu’une partie de la vérité. Cela peut entraîner une perte de crédibilité », a déclaré Andreï Kartapolov, homme à la tête du Comité de défense de la Douma, la chambre basse du Parlement, et ancien commandant militaire.

Photo: Francisco Seco Associated Press Tous les jours, Yuri Shapovalov (centre), aide des gens à traverser la rivière Siverskyi-Donets à Staryi-Saltiv, en Ukraine, avec des marchandises puisque le pont a été en grande partie détruit pendant les combats.

Les troupes de Kiev poursuivent, elles, leur contre-offensive, revendiquant de nouveaux gains dans l’est et le sud.

Mercredi, le gouverneur ukrainien de la région de Louhansk, jusqu’ici sous le contrôle quasi total de Moscou, a proclamé une percée. « Maintenant, c’est officiel. La “désoccupation” de la région de Louhansk a commencé. Plusieurs localités ont déjà été libérées », a déclaré Sergiï Gaïdaï dans une vidéo publiée sur Telegram, sans plus de précisions.

La veille, l’Ukraine avait déjà revendiqué des avancées dans le nord de la région méridionale de Kherson, tandis que la quasi-totalité de la région de Kharkiv (nord-est) apparaît désormais sous contrôle ukrainien, ce qui ouvre la voie vers celle de Louhansk, bastion des séparatistes installés par Moscou depuis 2014.

L’armée russe a de son côté assuré mercredi avoir mené, ces dernières 24 heures, des « frappes massives » près de Lyman (région de Donetsk), ville reprise récemment par les forces ukrainiennes, et y avoir infligé de lourdes pertes.

Photo: Francisco Seco Associated Press Un poêle se trouve parmi les débris d’une maison détruite dans le village de Staryi-Saltiv, où les habitants vivent sans gaz, sans électricité et sans eau courante depuis avril.

Dans la région de Kherson, les troupes de Moscou « tiennent leurs positions en repoussant les attaques de forces ennemies supérieures en nombre », a-t-elle ajouté.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a assuré que les territoires perdus « seront repris ».

M. Poutine avait juré de défendre les zones annexées, quitte à utiliser des armes nucléaires, menace qui n’a arrêté ni la contre-offensive ukrainienne ni les livraisons d’armes occidentales.

L’armée russe avait reconnu à demi-mot des retraites mardi, en publiant des cartes montrant que Moscou avait cédé toute une partie du nord de la région de Kherson et que sa présence dans celle de Kharkiv était désormais minimale.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait salué des avancées « puissantes » mardi, affirmant que des « dizaines de localités ont été libérées rien que cette semaine » dans les quatre régions dont Moscou revendique l’annexion.

Dans l’est, la retraite de Kharkiv permet aux forces ukrainiennes de porter le combat plus à l’est, en direction de la ville de Svatové.

Aller plus loin

 

Près de Lyman, noeud ferroviaire stratégique repris dans la région de Donetsk (est) le week-end passé, un parachutiste ukrainien croisé mardi par l’AFP a reconnu que lui et ses camarades étaient à la fois « épuisés » et déterminés.

Oleksandr, 31 ans, a expliqué que les combats avaient été « très durs », mais qu’il leur fallait « aller de l’avant ».

Dans Lyman, où des journalistes de l’AFP se sont rendus mercredi, Tatiana Slavouta, une habitante de 62 ans, dit ne pas savoir « si la situation est meilleure ou pire » depuis la reconquête ukrainienne. « Tous les magasins sont fermés, nous n’avons pas d’argent, nous n’avons pas de lumière. Rien », explique-t-elle, mais « au moins maintenant, il y a le silence, pas de bombardements ».

Sur le plan diplomatique, le président américain, Joe Biden, a annoncé mardi un nouvel envoi américain d’équipements militaires, pour une valeur de 625 millions de dollars.

Photo: Leo Correa Associated Press Dans la ville de Lyman, des personnes font la queue pour obtenir de l’aide humanitaire. Ville stratégique de l’est reconquise il y a quelques jours, sa libération a donné à l’Ukraine un avantage pour enfoncer son offensive.

De leur côté, les États de l’Union européenne se sont mis d’accord sur une nouvelle série de sanctions contre des entités et des personnalités russes.

La Russie a, elle, réclamé de participer à l’enquête sur les fuites des gazoducs Nord Stream, la Suède, chargées des investigations, ayant bloqué l’accès à la zone de ce sabotage présumé située en mer Baltique.

Moscou a sous-entendu que les États-Unis auraient pu saboter ces tuyaux clés pour l’approvisionnement énergétique de l’Europe, quand les Occidentaux suspectent, eux, la Russie.

Sur le plan sportif, l’Espagne et le Portugal ont annoncé avoir intégré l’Ukraine à leur candidature commune pour l’organisation du Mondial 2030 de soccer, la fédération portugaise saluant la « ténacité et la résilience dont fait preuve le peuple ukrainien ».

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