À Londres, dépenses toutes face à l’inflation

Avec une inflation au plus haut en 40 ans, à près de 10%, une économie qui s’achemine vers la récession et une livre sterling déprimée.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Avec une inflation au plus haut en 40 ans, à près de 10%, une économie qui s’achemine vers la récession et une livre sterling déprimée.

Gel des factures énergétiques, baisses d'impôts mais aussi durcissement de minima sociaux et dérégulation: Londres dévoile vendredi un cocktail de mesures pour stimuler la croissance et atténuer l'inflation, avec des effets secondaires potentiellement sévères pour les finances publiques.

Avec une inflation au plus haut en 40 ans à près de 10%, une économie qui s'achemine vers la récession et une livre sterling déprimée, le gouvernement de la nouvelle première ministre Liz Truss espère administrer une potion revivifiante pour les ménages comme les entreprises.

« Attiser la croissance en baissant les impôts et en éliminant la réglementation est la mission centrale de ce gouvernement », commente un communiqué du Trésor publié dans la nuit de jeudi à vendredi.

« C'est comme ça que nous inverserons le cercle vicieux de la stagnation » économique, et « nous irons chercher avec audace et sans honte la croissance, même quand cela veut dire prendre des décisions difficiles », insiste le Chancelier de l'Echiquier Kwasi Kwarteng, qui dévoilera ses mesures au Parlement vendredi matin.

En pleine crise du pouvoir d'achat au Royaume-Uni, la mesure phare du « mini-budget », tel qu'il est surnommé, sera le gel des factures d'énergie pour deux ans, à 2500 livres pour un ménage moyen, une ristourne de 1000 livres financée par le gouvernement.

Les entreprises ne sont pas en reste et verront leurs factures prises en charge pour moitié environ pour six mois.

 

Les prix du gaz et de l'électricité ont flambé depuis le début de la guerre en Ukraine, à cause des limitations sur l'approvisionnement en hydrocarbures venus de Russie.

Or, le Royaume-Uni est particulièrement dépendant du gaz comparé à un pays comme la France, où le nucléaire domine.

Recettes des Conservateurs

 

A côté de ce soutien massif pour les factures énergétiques, qui était prôné par l'opposition travailliste et qui devrait coûter des dizaines de milliards de livres, le cocktail de mesures du gouvernement Truss comprend une bonne dose de recettes prisées des Conservateurs, notamment des baisses d'impôts.

L'abaissement des contributions sociales est confirmé pour les entreprises (« social levy ») comme pour les ménages - salué notamment par les Chambres du commerce britanniques - ainsi que la suspension de certains prélèvements écologiques.

D'après la presse britannique, le gouvernement Truss prévoit aussi une baisse de la taxe sur les transactions immobilières.

 

Depuis New York, où elle assistait à l'Assemblée générale de l'Onu, la première ministre a reconnu que l'ensemble de ces mesures favorisera surtout les plus aisés, le jour même où le président américain Joe Biden fustigeait les « trickle down economics », l'économie du ruissellement, censée rayonner des plus riches vers toutes les couches de la population.

Autre mantra: le chancelier de l'Échiquier Kwasi Kwarteng se targue de « remettre la Grande-Bretagne au travail ».

Alors que le marché de l'emploi britannique souffre d'un grave manque de travailleurs qui pénalise la quasi totalité des secteurs de l'économie, le Trésor a annoncé que l'accès au revenu minimal (« universal credit ») allait désormais être assorti d'obligations pour certaines personnes qui travaillent moins de 15 heures par semaine.

Cela pourrait inclure le fait de « postuler à un emploi, participer à des entretiens d'embauche », ajoute le Trésor, qui veut aussi inciter les plus de 50 ans à revenir sur le marché du travail, dont ils sont sortis en grandes proportions depuis la pandémie, notamment pour cause de maladies longues.

Libertés post-Brexit

 

Pour tenter d'attirer des investissements au Royaume-Uni et notamment dans le secteur financier de la City, Kwasi Kwarteng et Liz Truss veulent aussi s'afficher comme des hérauts de la dérégulation post-Brexit.

Le gouvernement britannique « veut mettre fin à toutes les lois émanant de l'Union européenne d'ici au 31 décembre 2023 dans le cadre d'une nouvelle loi des libertés post-Brexit », déposée au Parlement jeudi et destinée à « éliminer la bureaucratie inutile », selon le ministre de l'Energie, des Entreprises et de l'industrie Jacob Rees-Mogg.

Selon la presse britannique, Londres veut notamment abolir les limites héritées de l'UE sur les bonus de la City ainsi qu'une taxe sur les boissons sucrées destinée à lutter contre l'obésité.

Enfin, le Trésor ambitionne de créer 38 zones « d'investissement » dérégulées, ressemblant au projet de ports francs du gouvernement conservateur précédent.

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