Élisabeth II menée au lieu de son dernier repos

Un chapitre de l’histoire de l’Occident se termine. À la conclusion d’une journée d’obsèques faste en symboles, le corps d’Élisabeth II repose maintenant dans la crypte royale.

L’abbaye de Westminster aura au fil des ans vu le mariage, le couronnement et les funérailles de la souveraine britannique au plus long règne — la « reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et des autres royaumes du Commonwealth ».

Vers 10 h 45, le cercueil royal a été délogé du piédestal du palais de Westminster où il était installé afin d’être conduit vers l’abbaye située non loin. La couronne impériale, sertie de 2868 diamants, reposait sur le coffre aux côtés du sceptre et l’orbe, symboles du pouvoir monarchique et du monde chrétien.

La messe tant attendue a pu commencer une fois la dépouille posée en l’édifice religieux.

Lors d’un de ses derniers discours, durant la pandémie, la reine avait lancé  : « Nous nous reverrons. » L’archevêque de Canterbury, dans un élan mystique, a repris ces paroles pour parler de l’au-delà.

Cette cérémonie réglée au millimètre près en a précédé une seconde au château de Windsor. Plus intime celle-là, elle n’en fut pas moins grave. Entre les deux, un énorme cortège militaire avec à sa tête quatre membres de la police montée canadienne, a accompagné le cercueil.

À la toute fin de ce deuxième servicefunéraire, les trois symboles scintillants ont été retirés puis déposés sur des coussins violets. Le lord-chambellan a ensuite brisé son bâton, puis l’a placé sur le cercueil d’Élisabeth II, marquant ainsi pour de bon la fin de son règne. Le tout a été descendu tout doucement, à la verticale, dans le caveau royal. Enfin, le musicien personnel de la reine a joué de sa cornemuse ; il s’est éloigné petit à petit de la chapelle jusqu’à devenir inaudible.

Il ne restait plus qu’une dernière cérémonie, loin des caméras, pour que la famille immédiate de la souveraine lui adresse ses derniers hommages.

Londres bouclée

 

Pour l’occasion, les forces constabulaires avaient fermé tout le centre-ville de la capitale anglaise à la circulation. Et pour cause. Pas moins de 500 des plus hauts dignitaires de la planète étaient réunis pour assister aux cérémonies.

En premier lieu : le président des États-Unis, Joe Biden, mais aussi les dirigeants de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, d’Israël, de la Turquie, du Brésil, de l’Afrique du Sud et de la Corée du Sud. Le premier ministre du Canada était invité, bien sûr, tout comme ses homologues australiens et néo-zélandais.

En point de presse dimanche, Justin Trudeau avait déjà qualifié l’événementd’occasion « historique » de souligner « cette solidarité, cette force, cette compassion [qui] ont toujours caractérisé Sa Majesté », des qualités « qui devraient nous inspirer tous ».

De nombreux monarques ont également pris place dans l’abbaye de Westminster. L’empereur du Japon, en première visite à l’étranger depuis son accession au trône il y a trois ans, y était. Tout le gotha européen a fait acte de présence  : le roi de Norvège, le prince de Monaco, le roi des Pays-Bas, le roi de Suède, le roi des Belges, la reine du Danemark, le roi d’Espagne.

En tout, 2000 individus triés sur le volet ont assisté en personne à la célébration liturgique tandis que des dizaines de milliers de personnes la regardaient dehors, à distance.

Le peuple se rassemble

 

Le commun des mortels s’est plutôt rassemblé dans les parcs, dans certaines cathédrales désignées et dans d’autres lieux publics pour regarder la cérémonie sur écran géant. D’autant que le beau temps a béni cette journée de deuil.

Hyde Park, le plus grand parc du centre de Londres, était bondé. Les deux minutes de silence clôturant la première cérémonie ont d’ailleurs fait taire la ville habituellement si bruyante.

Même des non-royalistes n’ont pu résister à participer à ce grand rassemblement. C’était le cas de la plus vieille spectatrice trouvée par Le Devoir dans la foule de Hyde Park, Sarah Wills, 85 ans — « à peine un peu plus jeune que la reine », dit-elle. « La reine a vécu une vie de privilégiée. Elle a été discrète. On n’a jamais connu ses opinions, bien qu’elle dût en avoir. Mais à voir la quantité de gens ici, elle a évidemment eu un impact sur leur vie. »

 

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.


Le Canada rend aussi hommage à sa reine

Les Canadiens se sont rassemblés dans plusieurs villes du pays pour rendre hommage à la reine Élisabeth II, lundi, après ses funérailles au Royaume-Uni.

Une commémoration nationale a notamment eu lieu à 13 h à Ottawa, en la cathédrale Christ Church. Un défilé des Forces armées canadiennes avait précédé le rassemblement. Des cérémonies officielles avaient aussi été organisées dans plusieurs capitales provinciales — à Saint John’s, Halifax, Fredericton, Charlottetown, Toronto, Edmonton et Victoria, entre autres.

Certains Canadiens ont plutôt préféré se lever aux aurores pour assister en direct aux funérailles de la souveraine. À Montréal, le pub Burgundy Lion servait d’ailleurs du thé, des scones et des sucreries dès 5 heures du matin pour l’occasion.

Olivier Du Ruisseau



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