Kiev accuse l’armée russe d’avoir bombardé un site nucléaire

Cette photo fournie par les autorités nucléaires ukrainiennes montre, selon elles, un cratère créé par un missile russe à environ 300 mètres de la centrale nucléaire de Pivdennooukraïnsk, dans la région de Mykolaïv.
Service de presse de la Centrale nucléaire du sud de l’Ukraine via Associated Press Cette photo fournie par les autorités nucléaires ukrainiennes montre, selon elles, un cratère créé par un missile russe à environ 300 mètres de la centrale nucléaire de Pivdennooukraïnsk, dans la région de Mykolaïv.

L’Ukraine a accusé lundi la Russie d’avoir bombardé le site d’une centrale nucléaire dans le sud du pays, laissant craindre une fois de plus que cette guerre puisse entraîner un incident atomique d’ampleur.

Ce site nucléaire ukrainien est le troisième à se trouver entraîné dans la guerre lancée par la Russie en février contre l’Ukraine, et cela, malgré les multiples appels de la communauté internationale à épargner de telles infrastructures afin de ne pas provoquer une catastrophe continentale.

Moscou a de son côté dénoncé lundi le « mensonge » de l’Ukraine, trois jours après la découverte de centaines de corps enterrés dans la forêt près de la ville d’Izioum récemment reprise à l’armée russe. Kiev a accusé l’armée russe d’exactions.

Réagissant à la frappe de missile ayant touché le site de la centrale de Pivdennooukraïnsk, dans la région de Mykolaïv, le président Volodymyr Zelensky a jugé que la Russie mettait « en danger le monde entier ».

« Nous devons l’arrêter tant qu’il n’est pas trop tard », a-t-il lancé sur Telegram, diffusant une vidéo de surveillance montrant une grosse explosion.

Selon l’opérateur Energoatom, « une puissante explosion s’est produite à seulement 300 mètres des réacteurs » de cette centrale. Energoatom l’a attribuée à une frappe nocturne d’un missile russe.

À 260 kilomètres à vol d’oiseau à l’ouest, une autre centrale nucléaire ukrainienne, celle de Zaporijjia, la plus grande d’Europe et occupée par les troupes russes depuis les premières semaines de l’invasion, a été visée à de nombreuses reprises par des bombardements ces derniers mois, provoquant une forte inquiétude.

Kiev et Moscou s’en rejettent la responsabilité et s’accusent de chantage nucléaire. La situation s’y est cependant améliorée ces derniers jours, et la centrale a pu être reconnectée au réseau électrique ukrainien.

Pas de pause

 

Le Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), organisation qui a des observateurs sur place depuis début septembre, a appelé la Russie à s’en retirer.

Au début de l’invasion russe, lesforces de Moscou ont aussi occupé le site de la centrale de Tchernobyl, dont l’un des réacteurs a explosé en 1986, entraînant des retombées radioactives dans une grande partie de l’Europe.

L’occupation du site avait laissé craindre pour la sécurité du sarcophage de confinement du réacteur accidenté. Les forces russes se sont finalement retirées au printemps, après l’échec de l’offensive sur Kiev.

À Pivdennooukraïnsk, la centrale fonctionnait normalement lundi matin malgré la frappe de missile, qui a soufflé une centaine de fenêtres et provoqué un bref débranchement de trois lignes à haute tension.

Ce bombardement intervient alors que les forces russes ont enchaîné les échecs en septembre, avec leur retraite d’une large partie du nord-est du pays face à une contre-offensive éclair des Ukrainiens dans la région de Kharkiv. Les troupes de Kiev ont également repris du terrain, mais plus lentement, dans le sud.

Depuis plusieurs jours, l’avancée ukrainienne a cependant ralenti. Le président Zelensky a insisté dimanche soir sur le fait qu’il ne s’agissait « pas d’une pause », mais de « préparer les prochaines étapes », la Russie contrôlant une grande partie du Donbass et des régions de Kherson et Zaporijjia, après avoir annexé en 2014 la péninsule ukrainienne de Crimée.

Tortures et « mensonges »

Dans la région de Kharkiv, les exhumations de corps se poursuivent à Izioum après la découverte de plus de 440 tombes près de cette ville clé récemment reprise aux Russes. Certains corps, les mains liées, portaient des traces de mauvais traitements. Des enquêteurs ukrainiens ont entamé leurs examens le 16 septembre.

Une fois encore, comme après la découverte à Boutcha de centaines de corps de civils au printemps après le retrait russe, le Kremlin a nié toute exaction.

« C’est un mensonge. Nous allons bien sûr défendre la vérité dans cette affaire, a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole du président Vladimir Poutine. C’est le même scénario qu’à Boutcha. »

La présidence tchèque de l’Union européenne a appelé samedi à la création d’un tribunal international spécial.

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