Étreint par l’émotion, le Royaume-Uni dit adieu à Élisabeth II

Des funérailles grandioses, conclues par deux minutes de silence : un Royaume-Uni étreint par l’émotion a fait ses adieux en grande pompe lundi à Élisabeth II, souveraine dévouée et « joyeuse » à la popularité planétaire, en présence de centaines de dignitaires étrangers.

Un chapitre d’Histoire s’est tourné avec ces funérailles religieuses, à l’abbaye de Westminster de Londres, de la monarque qui a traversé ses 70 ans, sept mois et deux jours de règne avec un constant sens du devoir, sans jamais laisser percer une opinion, mais remplissant ses fonctions de cheffe d’État avec sérieux, bienveillance pour ses sujets et un humour pince-sans-rire parfois irrésistible.

« Dans un discours connu prononcé pour ses 21 ans, sa défunte Majesté a déclaré que sa vie entière serait consacrée au service de la nation et du Commonwealth », organisation réunissant de nombreuses ex-colonies britanniques, a déclaré durant la cérémonie l’archevêque de Canterbury Justin Welby, chef spirituel de l’Église anglicane qui était dirigée par la reine.

« Rarement une promesse aura été aussi bien tenue », a-t-il ajouté, rendant hommage à une reine « joyeuse, présente pour tant de monde, touchant une multitude de vies ».

Photo: Joshua Bratt Pool Agence France-Presse Le cercueil de la reine a été suivi par ses enfants, dont le roi Charles III, ainsi que ses petits-enfants et arrières-petits-enfants.

« God Save the King »

Une fois qu’a retenti le « Last Post », hommage aux soldats tombés au combat dans l’armée britannique, la cérémonie s’est achevée par deux minutes d’un silence poignant, observées à travers le pays, puis l’hymne national dans sa version masculine, célébrant le nouveau souverain Charles III, « God Save the King ».

Des applaudissements ont retenti à l’extérieur de l’édifice où Élisabeth, encore princesse, avait épousé à 21 ans en novembre 1947 le fringant Philip Mountbatten, avant d’y être couronnée le 2 juin 1953.

Dans les rues de Londres ou de Windsor, où la reine sera inhumée dans la soirée, les Britanniques se sont massés — depuis plusieurs jours pour certains — pour participer à cette journée historique, fériée, point d’orgue de l’émotion qui a déferlé après le décès d’Élisabeth II le 8 septembre dans son château écossais de Balmoral, à l’âge de 96 ans.

À l’unisson avec les 2000 invités à l’intérieur de l’abbaye de Westminster, le public se lève et s’assoit durant la cérémonie, ou se rassemble autour des quelques heureux parvenant à visionner la cérémonie sur leur téléphone portable.

Photo: Marco Bertorello Agence France Presse Le cercueil de la reine a été placé sur un affût de canon de la Royal Navy pour le court trajet vers l’abbaye de Westminster.

George et Charlotte aux funérailles

À l’image d’un deuil national réglé au millimètre et marqué par la pompe et la solennité dont la monarchie britannique a le secret, la dépouille avait quitté peu avant 11 h, heure locale, Westminster Hall où des centaines de milliers de Britanniques s’étaient recueillis jour et nuit depuis mercredi, après des heures d’attente.

Au son des cornemuses et roulements de tambours, le cercueil, drapé de l’étendard royal et surmonté de la scintillante couronne impériale, a été accompagné en procession jusqu’à l’abbaye de Westminster tiré sur un affût de canon par des marins de la Royal Navy, formant une armée de képis.

Suivait la famille royale, marchant au pas, le regard figé : Charles III, devenu roi à 73 ans après une vie à attendre, ses frères et soeur Anne, Andrew et Edward, l’héritier du trône William, nouveau prince de Galles et le prince Harry, en civil, conséquence de son retrait de la monarchie en 2020.

Dans la nef de l’abbaye, ils ont été rejoints par la reine consort Camilla, les épouses de William, Kate, et d’Harry, Meghan. Les deux aînés de William et Kate, George, 9 ans, Charlotte, 7 ans, ont marché derrière le cercueil de leur arrière-grand-mère à son arrivée dans l’abbaye.

Une cloche avait sonné toutes les minutes, 96 fois pour autant d’années de la reine, avant la cérémonie.

Photo: Alain Jocard Pool Agence France-Presse Le prince George, dans une voiture suivant le cercueil de la reine, après les funérailles d’Élisabeth II.

« J’étais là! »

Parmi les invités vêtus de noir, le gratin des dirigeants mondiaux s’était déplacé, des présidents américain Joe Biden et français Emmanuel Macron à l’empereur du Japon Naruhito, pour ces premières funérailles d’État depuis celles de Winston Churchill, en 1965.

Les têtes couronnées européennes dont le roi Philippe de Belgique, le roi d’Espagne Felipe VI et le prince Albert de Monaco ont aussi pris place sous les arches gothiques de l’abbaye si liée au destin d’Élisabeth II.

Jamais depuis des années Londres n’avait connu une telle affluence de dignitaires, et la police de la capitale n’a jamais connu un tel défi sécuritaire.

Pour des millions de Britanniques, Élisabeth II était la seule, l’unique, ancre rassurante de stabilité dans les convulsions d’un monde qui change.

« Je parlerai de ce moment à mes enfants : Je dirai : j’étais là! », lance Jack, 14 ans, venu au petit matin avec ses parents à Hyde Park Corner, non loin de Buckingham Palace.

Pour Thay, homme de 59 ans, la reine apportait de la « stabilité » dans une vie « chaotique ». Il espère que Charles fera de même « parce que nous avons besoin de quelque chose à quoi nous accrocher ».

À Windsor, où la reine résidait depuis la pandémie de coronavirus, Pauline Huxtable, 64 ans, est venue fêter sa « vie extraordinaire », empreinte de « dignité » : c’était une « figure maternelle ».

Photo: Geoff Pugh Pool Agence France-Presse Le premier ministre canadien Justin Trudeau et son épouse, Sophie Grégoire Trudeau, à leur arrivée à l’abbaye de Westminster, où ils ont assisté aux funérailles de la reine.

Procession historique

Après la cérémonie à Westminster, le cercueil a été à nouveau placé sur un affût de canon de la Royal Navy pour une procession historique dans les rues du centre de Londres, jusqu’à l’arc de Wellington, d’où il repartira en corbillard pour le château de Windsor.

Plus de 6000 militaires y participent.

 

De plus en plus frêle ces derniers mois, souffrant de problèmes de mobilité, Élisabeth II recevait encore, souriante, deux jours avant son décès, la toute nouvelle première ministre Liz Truss, sa dernière photo publique.

C’était la dirigeante en exercice la plus âgée du monde. Durant sa vie, elle a traversé la Seconde Guerre mondiale, vu la dissolution de l’Empire britannique, l’entrée puis la sortie de l’Union européenne.

Elle sera inhumée lundi soir dans l’intimité, dans le Mémorial George VI de la chapelle du château aux côtés de ses parents et du prince Philip, décédé en avril 2021. Ils étaient restés mariés 73 ans.

Après des jours épuisants de voyages dans les quatre nations constitutives du Royaume-Uni, de bains de foule conjugués au deuil d’une mère, Charles III, 73 ans, devra écrire sa propre histoire.

Certains rêvaient d’une transition rapide avec le nouveau prince de Galles, son fils William, 40 ans. Mais Charles III a promis, comme sa mère, de servir toute sa vie.

Si sa cote de popularité a grimpé en flèche, à 70 % selon YouGov, les défis, nombreux, ne font que commencer, certains pays du Commonwealth ne cachant pas leur souhait de voir évoluer leurs liens avec la monarchie.

Dès mardi, le Royaume-Uni reprend le cours de sa vie suspendue depuis le 8 septembre. La crise du coût de la vie et les mouvements sociaux devraient rapidement refaire la une des journaux.



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