L’Écosse s’incline devant la défunte reine Élisabeth II

Le cercueil de feu la reine Élisabeth II, drapé de l’étendard royal d’Écosse, arrive à la cathédrale Saint-Gilles devant des milliers de personnes, lundi.
Photo: Petr David Josek Associated Press Le cercueil de feu la reine Élisabeth II, drapé de l’étendard royal d’Écosse, arrive à la cathédrale Saint-Gilles devant des milliers de personnes, lundi.

S’il n’y avait pas eu les caméras et les téléphones, on aurait cru à une scène médiévale. Édimbourg et ses vieilles pierres verdies de mousse ont rendu hommage à la reine Élisabeth II lors d’une première chapelle ardente lundi.

Des milliers de personnes se sont massées des deux côtés de l’étroite rue centrale de la capitale écossaise pour assister au transfert de son cercueil depuis la demeure royale jusqu’à la cathédrale Saint-Gilles, un trajet d’une trentaine de minutes à pied.

En uniforme militaire, le roi Charles III, entouré de ses frères et de sa soeur, a mené la marche. La Compagnie royale des archers — les gardes du corps cérémoniels des souverains d’Écosse — les accompagnait. Aux abords du cortège funèbre, la quiétude régnait, malgré la foule dense. Un jeune homme a toutefois invectivé l’un des fils de la reine, le prince Andrew, accusé d’agressions sexuelles. « Vieil homme malade », a-t-il eu le temps de crier avant d’être expulsé manu militari.

Un vent froid et un lourd silence se sont toutefois abattus devant la cathédrale Saint-Gilles à l’arrivée du corbillard. Seuls les cliquetis des appareils photo se faisaient entendre. Le corps de la reine Élisabeth II a ensuite doucement été placé dans la cathédrale. La couronne d’Écosse et l’étendard royal étaient déposés sur le cercueil de chêne et de plomb de la souveraine.

Le service funèbre fut bref : à peine une heure s’est écoulée avant que les dignitaires ne quittent l’endroit. C’était alors au tour des membres du public — présents par milliers — de se présenter devant la dépouille mise en bière de l’ancienne souveraine. Cette première chapelle ardente doit durer 24 heures.  En début de soirée, la queue pour entrer dans la cathédrale s’étendait sur plus d’un kilomètre et ne cessait de s’allonger. « Du jamais vu de mémoire d’homme », selon un policier âgé.

Plusieurs Britanniques se disaient vaillamment prêts à patienter « autant qu’il le faudra[it] ». « J’ai grandi avec la reine comme chef d’État. Je viens aussi d’une famille au passé militaire, alors c’est un devoir pour moi de lui rendre hommage », a confié Lesley Montgomery. Avançant patiemment en file depuis déjà trois heures, elle se disait préparée à passer la nuit debout. « Elle a respecté son sens du devoir jusqu’à la fin, et je ferai le mien avec diligence ! »

 

Quelques heures auparavant, lundi matin, le roi Charles III avait prononcé son premier discours devant le Parlement britannique en tant que chef d’État. Soulignant le sens du devoir « désintéressé » de sa mère, dans lequel il souhaitait s’inscrire, il a souligné le caractère historique des événements.

« En me tenant devant vous aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de ressentir le poids de l’histoire qui nous entoure et qui nous rappelle les traditions parlementaires vitales auxquelles les députés des deux chambres se consacrent. »

Deuil, solidarité et curiosité

 

Des visiteurs d’un peu partout en Europe, principalement de passage au Royaume-Uni pour leurs vacances, ont fait un détour par la capitale écossaise lundi afin d’être témoins des événements.

« Je suis royaliste, alors je me devais de venir rendre hommage à cette reine », a expliqué au Devoir Marie Dejardins, venue de Belgique. « Il y a d’ailleurs des liens familiaux entre la familiale royale britannique et notre royauté. Et puis, la reine Élisabeth II est venue chez nous lors de la mort de notre roi, le roi Baudouin [en 1993]. »

« Il n’y a rien à faire. C’est l’histoire », a renchéri son conjoint, Gestion Farris, d’origine italienne. Des citoyens allemands, ukrainiens et français croisés par Le Devoir partageaient aussi ce sentiment. « Elle était très appréciée. Elle est bien plus aimée que notre roi à nous et ses scandales », a témoigné de son côté l’Espagnole Maria Peorio.

« On s’en fout un peu [de la monarchie]. Nous, on fait nos affaires dans notre coin », a laissé tomber avec ironie un citoyen suisse présent sur les lieux.

Les Québécois rencontrés à Édimbourg tenaient quant à eux davantage en estime la personne qu’était Élisabeth II que l’institution qu’elle incarnait. « On ne partage pas vraiment cet attachement à la royauté comme le reste du Canada. C’est un peu comme quand, durant le référendum [de 1995], on disait qu’on ne voulait pas perdre les Rocheuses », a souligné de son côté le Montréalais David Leclair, lui aussi en vacances en Grande-Bretagne. « Elle est un peu comme une mascotte. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir

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