La droite suédoise en avance, mais le résultat incertain

Selon les derniers dépouillements achevés tard dans la nuit de dimanche en suède, mais qui pourraient changer cette semaine lorsque certains votes anticipés et venus de l’étranger seront comptabilisés, le bloc de droite dirigé par les modérés (conservateurs) et son leader, Ulf Kristersson, l’emporteraient dans un mouchoir de poche avec 49,7% des voix contre 48,8% pour le bloc de gauche.
Photo: Fredrik Sandberg/TT News Agency via Associated Press Selon les derniers dépouillements achevés tard dans la nuit de dimanche en suède, mais qui pourraient changer cette semaine lorsque certains votes anticipés et venus de l’étranger seront comptabilisés, le bloc de droite dirigé par les modérés (conservateurs) et son leader, Ulf Kristersson, l’emporteraient dans un mouchoir de poche avec 49,7% des voix contre 48,8% pour le bloc de gauche.

Jamais les résultats d’une élection suédoise n’avaient été aussi serrés. Dimanche, les Suédois se sont mis au lit tard dans la nuit sans être tout à fait assurés que les chiffres ne pourraient pas changer. C’est en effet par une infime majorité que le bloc de droite dirigé par les modérés (conservateurs) et son leader, Ulf Kristersson, aurait coiffé au poteau dimanche la première ministre sociale-démocrate, Magdalena Andersson. Selon les derniers dépouillements achevés tard dans la nuit de dimanche, mais qui pourraient changer cette semaine lorsque certains votes anticipés et venus de l’étranger seront comptabilisés, la droite l’emporterait dans un mouchoir de poche avec 49,7 % des voix contre 48,8 % pour le bloc de gauche. Ce qui lui accorderait 176 sièges contre 173 sur les 349 du Parlement suédois. Une majorité d’à peine deux députés !

Toute la soirée, le bloc de gauche a mené par une très faible marge jusqu’à ce que, vers minuit, la tendance s’inverse et que la droite prenne les devants par une marge aussi faible. Vers une heure du matin, l’Autorité électorale a dû se résoudre à déclarer que le résultat final ne serait pas connu avant mercredi.

Le leader des modérés, Ulf Kristersson, qui deviendrait premier ministre si ces résultats étaient confirmés, s’est dit prêt à créer un nouveau gouvernement efficace. « Nous sommes le parti de l’unité et, maintenant, la Suède a besoin d’unité », dit-il. Après avoir déploré « la trop grande polarisation politique », il a remercié son adversaire, la première ministre Magdalena Andersson, et affirmé que « quand cela est nécessaire, nous avons montré que nous étions capables de partager la même vision ».

« Si le résultat de cette élection n’est pas clair, je peux confirmer que les sociaux-démocrates ont fait un bon score. […] Il est clair que la social-démocratie est forte », a pour sa part déclaré la première ministre.

Les démocrates en progression

 

Chez les modérés, les sentiments étaient partagés entre l’espoir que le bloc de droite demeure en tête et la déception de ne plus être le troisième parti du pays. Pour la première fois, les modérés (19 %) se voient ravir la seconde place par les démocrates suédois (20,7 %). Ce parti populiste, dont l’essentiel du programme consiste à combattre l’immigration, devient donc le premier parti de droite. Même s’il ne devrait pas faire partie du gouvernement, il pourrait jouer un rôle déterminant dans le nouveau Parlement.

Ce n’est pas sans raison qu’en montant sur scène, dimanche, son chef, Jimmie Åkesson, avait des allures de vainqueur. « Nous sommes un grand parti aujourd’hui », a-t-il déclaré avant d’affirmer que, si Ulf Kristersson devient premier ministre, il réclamera que les démocrates participent au gouvernement.

Si le résultat de cette élection n’est pas clair, je peux confirmer que les sociaux-démocrates ont fait un bon score. […] Il est clair que la social-démocratie est forte.

 

Ces résultats confirment la progression constante de son parti entré au Parlement il y a à peine dix ans. Un parti qu’il a pris en mains en 2005, déterminé à effacer le souvenir de certains de ses fondateurs qui avaient frayé avec le national-socialisme. Durant la campagne, pas moins de cinq candidats ont été écartés après qu’on eut déterré certaines de leurs déclarations passées.

Les démocrates enregistrent la plus forte progression (3 %), un pourcentage significatif dans un pays où la position des partis varie assez peu d’un scrutin à l’autre. Pour la première fois dans cette campagne, Ulf Kristersson a rompu le « cordon sanitaire » qui avait toujours entouré les démocrates. Même s’il semble écarter leur participation au gouvernement, il s’est dit prêt à négocier leur soutien en Chambre. Une décision qui a d’ailleurs provoqué le départ vers la gauche du petit Parti du centre (6,7 %).

Cette campagne aura été le théâtre d’un véritable virage chez les sociaux-démocrates sur la question de l’immigration. Depuis un mois, la première ministre a mené campagne sur le slogan « Une Suède qui ressemble le plus possible à la Suède ». Rompant avec vingt ans d’ouverture tous azimuts à l’immigration, elle a promis de combattre la criminalité galopante que connaît le pays depuis l’afflux massif de migrants à partir de 2015. Un thème repris unanimement par les trois grands partis suédois, même si c’est avec des inflexions diverses.

Comme d’habitude, les Suédois se sont rendus massivement aux urnes. Cela faisait plusieurs jours que des queues étaient visibles à Stockholm, puisqu’en Suède le vote anticipé est très populaire. Dimanche matin, à l’ouverture des bureaux de scrutin, plus de deux millions de personnes avaient déjà voté. Dans ce pays où la participation aux élections demeure exemplaire, toute la journée de dimanche, les queues étaient importantes. De nombreux bureaux ont fermé en retard à cause d’une nouvelle procédure obligeant les électeurs à choisir leur bulletin en secret avant de se retirer dans l’isoloir.

Même une fois connu le résultat du vote, les Suédois ne sont pas près de connaître la composition de leur nouveau gouvernement. Le gagnant devra en effet entamer de longues négociations avec les partis de son bloc afin de s’entendre sur un programme et la composition du gouvernement. En 2018, il avait fallu plus de quatre mois (129 jours) pour y parvenir.

Or, ces négociations s’annoncent ardues, dans un bloc comme dans l’autre. La campagne de la première ministre contre la criminalité liée à l’immigration n’a pas été du goût du Parti de gauche ni des verts. De plus, l’adhésion récente de la Suède à l’OTAN a beau faire l’unanimité des principaux partis, elle est rejetée par le Parti de gauche (les anciens communistes). Ce qui devrait exclure sa participation à tout gouvernement.

À droite, les libéraux ont réaffirmé leur opposition radicale à toute participation des démocrates au gouvernement. À moins que les difficultés rencontrées dans chaque bloc poussent les deux grands partis à former une « grosse coalition », comme en Allemagne, une perspective mise en avant dans le grand quotidien Dagens Nyheter. La réponse dans plusieurs semaines.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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