Les «souliers impossibles à chausser» du nouveau roi

Une foule compacte était réunie devant le palais St. James, samedi, à l’occasion de la proclamation du nouveau roi Charles III.
Carl de Souza Agence France-Presse Une foule compacte était réunie devant le palais St. James, samedi, à l’occasion de la proclamation du nouveau roi Charles III.

« Avec Charles, il y a du positif… mais il y a du négatif. »

Louise Macmorran ne déborde pas d’enthousiasme. La Londonienne, rencontrée dans la foule compacte réunie devant le palais St. James, s’est malgré tout déplacée afin d’assister à la proclamation du nouveau roi Charles III, samedi matin.

Contrairement à la veille, où l’ambiance était solennelle et triste, l’heure est aujourd’hui à la fébrilité. Même si, bien sûr, le décès de la reine Élisabeth n’a pas encore cicatrisé. Et tandis que de nombreux Britanniques rencontrés sur place font preuve d’un enthousiasme débordant à l’idée d’accueillir le nouveau souverain, plusieurs autres émettent des réserves par rapport à un roi dont le passé comporte quelques éléments controversés.

« Il a toujours été très engagé pour l’environnement, se réjouit Louise Macmorran. Mais le négatif, c’est toute l’histoire avec Diana. »

Le spectre de la princesse au destin tragique, ex-femme du nouveau roi, plane indéniablement sur l’arrivée en poste de Charles III. Originaires de Warwick, une ville à 130 kilomètres au nord de Londres, Duncan et Karen Eaton parlent avec passion de la famille royale et sont visiblement émus d’assister à ce moment unique. « Mais je suis préoccupée par Diana », avoue elle aussi Karen.

Elle a néanmoins été séduite par le tout premier discours de Charles, diffusé la veille. « C’est la première fois que j’ai pu m’identifier à lui. Il a fait preuve d’une compassion sincère », ajoute-t-elle. « Vu comment il est reçu depuis hier, je crois qu’il sera populaire. »

Un optimisme que ne partagent pas Pauline Maddison et Marie Anderson, qui sont venues assister à la proclamation en compagnie d’autres membres de leur famille. « Il a des souliers impossibles à chausser », soutient Pauline, qui ne croit pas qu’il va « brasser la cage » de la monarchie.

À l’instar de toutes les personnes interrogées sur place, les deux femmes ont beaucoup apprécié le discours qu’a livré le roi la veille, qu’elles ont estimé touchant et sincère. « Il a abordé les préoccupations qu’ont certaines personnes à cause de son activisme », note Marie, expliquant que certains lui reprochent de manquer de réserve par rapport aux causes qui lui tiennent à coeur, comme l’environnement.

Questionnée à savoir si elles ont foi en leur nouveau roi, Pauline laisse échapper un rire nerveux : « Prochaine question, s’il vous plaît ! » Elle ajoute qu’elle aurait bien voulu que William, le fils de Charles, devienne roi à sa place.

« C’est son destin de devenir roi »

La plupart des milliers de personnes rassemblées autour du palais de St. James n’ont pas aperçu le monarque, qui est passé rapidement en voiture sous les applaudissements réjouis de la foule, tout comme son fils William. Ce dernier jouit d’ailleurs d’une popularité enviable, et Pauline Maddison n’est pas la seule qui aurait voulu le voir grimper sur le trône à la place de son père.

« C’est plus facile de s’identifier à lui qu’à Charles », plaide le jeune Kelsey Brunen. Sa mère, Karina Wink, n’est « pas convaincue à 100 % » par le nouveau roi, mais qu’à cela ne tienne. « C’est son destin de devenir roi », rappelle-t-elle. Plusieurs citoyens rencontrés sur place mentionnent d’ailleurs l’interminable attente qu’a vécue Charles, âgé de 73 ans, avant de pouvoir monter sur le trône. Visiblement, cette attente impose le respect chez plusieurs.

Qui plus est, les citoyens britanniques rencontrés ici sont unanimes : il est tout à fait normal que l’ordre de succession soit respecté. Georgia et Max, un couple de jeunes Londoniens, concèdent que « William a probablement un meilleur lien avec la jeunesse » du pays. « Mais je crois que Charles va nous surprendre », affirme Georgia, fébrile de vivre la proclamation de celui-ci en compagnie de milliers de ses concitoyens.

Charlie et Lina sont quant à eux venus avec leur petit garçon, qui montre quelques signes d’impatience tandis que l’attente de l’arrivée du roi s’éternise. « Il a réussi à laisser son passé derrière lui, croit Lina. Et il est plus que prêt à devenir roi. » Elle ajoute qu’il a été « un défenseur de grandes causes comme le développement durable ou la lutte aux changements climatiques », ce qui le rend « plutôt progressiste ».

Dans les rues avoisinantes au palais de Buckingham, les gens continuent d’affluer massivement pendant toute la journée de samedi afin de déposer un bouquet de fleurs à la mémoire de la reine décédée. Et circuler devant le palais est pratiquement impossible tant la foule est compacte, désireuse d’apercevoir le souverain sortir de sa voiture.

Si l’enthousiasme pour le roi Charles ne semble pas délirant chez plusieurs, le dévouement de tant de citoyens britanniques à la monarchie est toutefois indéniable.

« Devenir roi, c’est son droit », résume Lina, souriante.

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