À Londres, la jeunesse aussi est en deuil d’Élisabeth II

Au pied du palais de Buckingham, vendredi après-midi, Jack Bayley est clair: la jeunesse britannique tient fermement à la famille royale. Son frère Danny et leur amie Heamiona Holton hochent la tête avec enthousiasme.
Stephane De Sakutin Agence France-Presse Au pied du palais de Buckingham, vendredi après-midi, Jack Bayley est clair: la jeunesse britannique tient fermement à la famille royale. Son frère Danny et leur amie Heamiona Holton hochent la tête avec enthousiasme.

« La reine était un modèle pour chacun d’entre nous. Entre jeunes, on parle beaucoup de la monarchie. »

Au pied du palais de Buckingham, vendredi après-midi, Jack Bayley est clair : la jeunesse britannique tient fermement à la famille royale. Son frère Danny et leur amie Heamiona Holton hochent la tête avec enthousiasme. « La monarchie crée du tourisme, et tout le monde peut se rallier à elle, ce qu’on ne peut pas faire avec les politiciens », assène ce fervent monarchiste de 18 ans sous le ciel gris de Londres, bouquet de fleurs à la main et manteau en feutre noir sur les épaules.

Comme beaucoup d’autres jeunes de son âge, le trio vient aujourd’hui rendre un dernier hommage à Élisabeth II, décédée jeudi. En effet, la foule composée de milliers de personnes qui afflue au pied du palais royal frappe par son caractère hétéroclite : de nombreux jeunes en font partie, notamment.

Rencontrée alors qu’elle se dirige vers le lieu de recueillement, le grillage noir du palais, Florrie Dobell, dans la jeune vingtaine, assure, elle aussi, que « la monarchie est très populaire » chez les jeunes. « La reine a appris à tout le monde à se préoccuper des autres », évoque-t-elle, un sourire triste au visage.

Si plusieurs jeunes se présentent ici avec un visage atterré, d’autres viennent plutôt fureter un brin, téléphone en main pour capter chaque instant de cette grande mobilisation. « Je ne crois pas que c’est aussi important que ça l’a déjà été », soutient Azelea, accompagnée de ses copines Lia et Lisa. Vêtues de leur uniforme scolaire d’un bleu royal bien à propos, les trois étudiantes londoniennes de 15 ans sont venues jeter un coup d’oeil à l’action autour du palais après leurs cours.

Elles concèdent toutefois que la monarchie est loin d’être un sujet ignoré parmi leur cercle d’amis. « Oui, on en parle de temps à autre le midi entre amis », concède Lia, ricaneuse. « Et la brouille causée par le couple de Harry et Meghan Markle, on en parle souvent », ajoute-t-elle, avançant que les dissensions survenues entre le couple et le reste de la famille royale dans les dernières années ont accru l’intérêt que leur portent les jeunes.

Une popularité en déclin

 

Le décès de la reine pourrait-il raviver la ferveur monarchiste chez ce groupe d’âge au Royaume-Uni ? Il faut dire que cette ferveur a été mise à mal dans les dernières années : un sondage réalisé par la firme YouGov au printemps 2021 révélait que 41 % des jeunes de 18 à 24 ans voudraient que leur chef d’État soit élu, alors que seulement 31 % préfèrent avoir un roi ou une reine. Chez les plus de 65 ans, plus de 80 % accordaient leur préférence au système monarchique.

Mais en dépit de cette baisse d’engouement, les jeunes ne semblent pas insensibles à la famille royale : vendredi soir, le mot-clic #QueenElizabeth dépassait les six milliards de vues sur TikTok, un réseau social qu’ils prisent particulièrement.

« Je n’étais pas vraiment intéressé par la monarchie, même si c’est vrai que j’ai dévoré les quatre saisons de The Crown », admet en souriant Terry Pugh, rencontré devant le palais de Buckingham. La populaire série diffusée sur Netflix, qui raconte la vie de la désormais défunte reine Élisabeth II, a obtenu un succès tant critique que populaire et a certes contribué à raviver l’intérêt envers la famille royale chez plusieurs Britanniques.

Terry, les yeux rougis par l’émotion en cette journée de deuil national, en fait partie. Sans pourtant être passionné de monarchie, le jeune trentenaire a été immensément touché par l’annoncedu décès de la reine. « C’est comme si quelqu’un de ma famille venait de mourir. Elle était un peu la grand-mère de tout le monde », évoque-t-il en souriant.

Se tournant vers la foule toujours plus compacte, il ajoute : « Cet événement me donne une sorte d’éveil par rapport à la famille royale. »

Parée d’un bouquet de jolies fleurs roses et d’un parapluie qui a dû s’avérer utile lors des averses intermittentes qui ont marqué la journée, Claire Gridley constate de son côté un grand intérêt envers la monarchie… chez sa fille d’à peine 10 ans. « Elle est née l’année du jubilé de diamant de la reine [marquant ses 60 ans de règne] et elle a eu 10 ans cette année, pendant le jubilé de platine [70 ans de règne]. La reine est une personne inspirante pour ma fille », se réjouit la mère de famille, le visage malgré tout marqué par l’émotion. « Ma fille a été très triste d’apprendre le décès de la reine. »

Au pied du palais de Buckingham, vendredi, certains jeunes se prennent en égoportrait. D’autres se dirigent calmement vers le grillage du splendide bâtiment pour y déposer un bouquet de fleurs soigneusement choisi. Tous font preuve d’un calme qui transforme cette foule de milliers de personnes en une vague solennelle. Le deuil, ici, semble se passer de mots.

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