Retour du train sur la rive droite du Rhône

Une foule a accueilli dimanche avec fanions et applaudissements le retour du train après quasiment 50 ans d’absence, première réouverture d’une ligne régionale dans le pays depuis 2016.
Photo: Christophe Simon Agence France-Presse Une foule a accueilli dimanche avec fanions et applaudissements le retour du train après quasiment 50 ans d’absence, première réouverture d’une ligne régionale dans le pays depuis 2016.

« On l’attendait depuis si longtemps ! » : à Bagnols-sur-Cèze, dans le sud de la France, une foule a accueilli dimanche avec fanions et applaudissements le retour du train après quasiment 50 ans d’absence, première réouverture d’une ligne régionale dans le pays depuis 2016.

« On a eu beaucoup de promesses, il a fallu beaucoup de combats, on l’attendait tous depuis si longtemps et, ça y est, le train est de retour », s’exclame ému sur le quai le maire de cette ville de 19 000 habitants, Jean-Yves Chapelet, à l’arrivée du train express régional (TER) d’Occitanie.

En provenance de Nîmes, avec une escale à Avignon, le TER poursuivra sa route jusqu’à Pont-Saint-Esprit, autre ville moyenne de ce Gard rhodanien et deuxième pôle industriel de l’Occitanie.

Devant la gare de Bagnols-sur-Cèze, des dizaines de personnes portent une visière proclamant : « J’aime le train rive droite du Rhône. » Cette ligne ferroviaire sera opérationnelle pour tous dès lundi matin, après des années de mobilisation de collectifs citoyens, du syndicat CGT et de la Région, qui a financé entièrement les travaux à hauteur de 12,8 millions d’euros (16,62 millions de dollars canadiens), en lien avec la SNCF, afin d’avancer le retour de ce train à 2022, au lieu de 2025.

Après un été marqué par sécheresse, incendies et canicule qui ont rappelé la gravité du changement climatique, la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, se réjouit de « gagner une bataille contre le carbone ».

La ligne de la rive droite du Rhône reliait initialement Givors, dans le Rhône, à Nîmes dans le Gard, le long du fleuve. Elle fut fermée pour les voyageurs en 1973, à l’époque du « tout voiture ».

En un siècle environ, la France, qui bénéficiait d’un réseau ferroviaire parmi les plus denses d’Europe dans les années 1930, a vu quelque 20 000 kilomètres de lignes se fermer au service des voyageurs, selon le géographe Étienne Auphan.

« Bataille du rail »

Alors, la remise en service de cette ligne de 82 kilomètres, « c’est un peu comme avoir gagné la bataille du rail », souligne Laurette Bastaroli, technicienne qualité à la retraite de 83 ans, qui pilote la Fédération des usagers TER SNCF Rive droite et a milité sans relâche pour le retour du train comme « service public ».

« Au début, quand on parlait des rapports du GIEC sur le climat pour soutenir l’importance de cette ligne, les gens nous regardaient avec des yeux ronds ! » raconte-t-elle.

« Il y a une saturation sur les axes routiers. Avec ce train, les usagers pourront faire Pont-Saint-Esprit–Avignon en 30 minutes au lieu de 50 minutes en voiture », souligne Mme Delga.

Selon le quotidien régional La Provence, 70 000 voitures traversent chaque jour les ponts sur le Rhône entre le Gard et Avignon. À terme, cinq autres gares SNCF seront rouvertes pour un projet qui coûtera au total 100 millions d’euros (130 millions de dollars canadiens).

« C’est important pour donner la possibilité aux gens modestes qui n’ont pas forcément de voiture d’aller travailler à Avignon », remarque Annab Sheherazade, 49 ans, habitante de Bagnols-sur-Cèze. « Et puis, ça fait moins de pollution. »

À terme, la région Occitanie veut rouvrir d’autres lignes entre des villes moyennes comme Alès-Bessèges. Et reste en contact avec la région Auvergne–Rhône-Alpes, qui pourrait aussi relancer des lignes sur la rive droite du Rhône, notamment en Ardèche, seul département de France sans gare de voyageurs.

« Je soutiens l’appel du p.-d.g. de la SNCF pour un plan d’investissement massif de 100 milliards d’euros sur la France », déclare Carole Delga qui demande à l’État « une politique plus volontariste ».

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