L’ONU s’inquiète du sort de la centrale nucléaire de Zaporijjia

Occupée par les Russes depuis le début du mois de mars, la centrale nucléaire de Zaporijjia est la proie, depuis la fin de juillet, de bombardements dont Moscou et Kiev s’accusent mutuellement.
Ed Jones Archives Agence France-Presse Occupée par les Russes depuis le début du mois de mars, la centrale nucléaire de Zaporijjia est la proie, depuis la fin de juillet, de bombardements dont Moscou et Kiev s’accusent mutuellement.

Le secrétaire général de l’ONU a averti jeudi que tout dégât causé à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia serait un « suicide », alors que le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a dit craindre un « nouveau Tchernobyl » lors d’une rencontre à Lviv avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

« Nous devons dire les choses telles qu’elles sont : tout dégât potentiel à Zaporijjia serait un suicide », a déclaré António Guterres, appelant une nouvelle fois à « démilitariser » la centrale occupée par l’armée russe. Se disant « gravement préoccupé » par la situation dans la plus grande centrale nucléaire d’Europe, il a appelé à ne pas l’utiliser « pour quelque opération militaire que ce soit ».

Nous devons dire les choses telles qu’elles sont : tout dégât potentiel à Zaporijjia serait un suicide

 

De son côté, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a affirmé le soutien de la Turquie à l’Ukraine et s’est alarmé du danger d’un « nouveau Tchernobyl », en référence au plus important accident nucléaire civil de l’histoire. Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl avait explosé, dégageant un nuage radioactif qui s’était propagé sur toute l’Europe.

Occupée depuis début mars, cette centrale dans le sud du pays est la proie depuis fin juillet de bombardements dont Moscou et Kiev s’accusent mutuellement.

Le président Zelensky a estimé jeudi que la visite à Lviv de son homologue turc était un « message puissant de soutien » envers son pays. « Alors qu’on poursuit nos efforts pour trouver une solution, nous avons été et continuons d’être du côté de nos amis ukrainiens », a affirmé M. Erdoğan.

Volodymyr Zelensky a exclu toute possibilité de négociation de paix avec Moscou sans le retrait préalable des troupes russes du territoire de l’Ukraine. « Des gens qui tuent, violent, frappent nos villes avec des missiles de croisière chaque jour ne peuvent pas vouloir la paix. Ils devraient d’abord quitter notre territoire, ensuite on verra », a déclaré M. Zelensky lors d’une conférence de presse à Lviv, disant « ne pas faire confiance à la Russie ».

Dans la matinée, l’armée russe a assuré qu’elle n’avait pas déployé d’« armes lourdes » dans ni autour de la centrale de Zaporijjia, contrairement à ce qu’affirme Kiev.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a annoncé sur Twitter que le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, lui a dit être « prêt » à se rendre à la centrale à la tête d’une délégation.

La veille, le secrétaire général de l’OTAB, Jens Stoltenberg, avait jugé « urgente » une telle inspection de l’AIEA.

Combats mortels

 

Pendant ce temps, deux villages russes ont été évacués jeudi à cause d’un incendie qui s’est déclaré dans un dépôt de munitions, ont annoncé les autorités locales. « Un dépôt de munitions a pris feu près du village de Timonovo », situé à moins de 50 km de la frontière ukrainienne, dans la province de Belgorod, a déclaré dans un communiqué le gouverneur de la région, Viatcheslav Gladkov.

Cet incendie intervient quelques jours après des explosions sur une base militaire et un dépôt de munitions situés en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou, la Russie reconnaissant dans ce dernier cas un acte de « sabotage ».

Les combats se poursuivent par ailleurs dans la région de Kharkiv, dans le nord-est du pays, où les Ukrainiens ont accusé les Russes d’avoir bombardé des quartiers d’habitation, y faisant 6 morts jeudi, après 13 la veille au soir, et des dizaines de blessés au total. Située à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe, cette ville, la deuxième d’Ukraine en importance, est régulièrement pilonnée par les soldats russes, qui n’ont jamais réussi à s’en emparer. Des centaines de civils ont été tués dans cette région, selon les autorités.

Dans le sud, une personne est morte et deux autres ont été blessées après une frappe à Mykolaïv, a annoncé son maire, Oleksandr Senkevytch.

Nouveaux appareillages

 

La rencontre entre Zelensky, Erdoğan et Guterres survient sur fond de multiplication des tractations pour permettre la reprise des exportations de céréales d’Ukraine, un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux.

M. Guterres a promis jeudi que son organisation allait s’efforcer « d’intensifier » les exportations de céréales ukrainiennes avant l’arrivée de l’hiver, celles-ci étant cruciales pour l’approvisionnement alimentaire de nombreux pays d’Afrique.

Elles ont été bloquées pendant plusieurs mois à la suite de l’invasion russe, faisant planer le spectre d’une crise alimentaire mondiale. Mais un accord signé par la Russie et l’Ukraine, et validé par les Nations unies et la Turquie, a permis de reprendre ces exportations en juillet. M. Erdoğan, qui se pose en médiateur sur ce sujet, est d’ailleurs allé en parler en Russie avec le président Vladimir Poutine au début d’août.

Un premier navire humanitaire affrété par l’ONU, chargé de 23 000 tonnes de blé, a quitté mardi l’Ukraine en direction de l’Éthiopie.

Jeudi, un autre bâtiment chargé de céréales a appareillé, le 25e depuis la signature de l’accord, ont annoncé les autorités portuaires ukrainiennes. Au total, « plus de 600 000 tonnes de produits agricoles ukrainiens » ont depuis transité par le « corridor céréalier » à partir des ports d’Odessa, de Pivdenny et de Tchornomorsk, ont-elles ajouté.

Un navire russe transportant des céréales ukrainiennes volées est toutefois arrivé en Syrie, a affirmé jeudi l’ambassade d’Ukraine au Liban, après que plusieurs céréaliers ont fait polémique en accostant dans le pays en guerre.

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