L’Union europénne renforce son soutien à l’Ukraine et fait front contre la Russie

Moscou bloque les ports ukrainiens et a commencé à réduire ses livraisons de gaz aux pays de l’UE, dont certains — l’Allemagne et l’Italie, notamment — en sont très dépendants.
Photo: Lucie Godeau Archives Agence France-Presse

Moscou bloque les ports ukrainiens et a commencé à réduire ses livraisons de gaz aux pays de l’UE, dont certains — l’Allemagne et l’Italie, notamment — en sont très dépendants.

Armes, argent, sanctions : les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) ont réaffirmé lundi leur volonté de soutenir l’Ukraine et d’accroître la pression sur Moscou malgré la menace d’une rupture des livraisons de gaz russe.

« C’est une épreuve de résistance pour nos sociétés. Nous devons tenir le coup. Nous n’avons pas le choix », a soutenu le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, à l’issue de la réunion.

Les dirigeants européens s’inquiètent de voir l’hostilité aux sanctions progresser dans l’opinion publique, alors que le prix de l’énergie flambe en Europe. La guerre menée par le Kremlin en Ukraine a des répercussions pour nos citoyens, qui font face « à des prix très élevés des matières premières et de l’énergie », a reconnu la nouvelle ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib.

Mais les ministres ont décidé « à l’unanimité » lundi de poursuivre l’aide à l’Ukraine, a souligné le septuagénaire Josep Borrell.

Ils ont donné leur accord aux nouvelles mesures présentées par la Commission européenne, dont un embargo sur les achats d’or à la Russie, et ils ont approuvé le déblocage d’une cinquième tranche de 500 millions d’euros pour financer la fourniture d’armes et d’équipements militaires.

« Certains dirigeants européens ont déclaré que les sanctions étaient une erreur, une faute. Je ne pense pas que ce soit une erreur, c’est ce que nous devons faire, et nous continuerons à le faire », a affirmé Josep Borrell, en réponse à des critiques du premier ministre hongrois, Viktor Orbán. « Retirer les sanctions serait fatal. C’est notre crédibilité qui est en jeu », a soutenu le ministre luxembourgeois Jean Asselborn.

« Se plier aux exigences de Vladimir Poutine ne fonctionnera pas, cela n’a jamais fonctionné. C’est un piège », avait lancé de son côté le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, dans son adresse à ses homologues européens.

« Les sanctions fonctionnent »

Viktor Orbán avait dénoncé vendredi les sanctions européennes, y voyant « une erreur », car « elles n’ont pas atteint leur but, et ont même eu un effet contraire ». « L’économie européenne s’est tiré une balle dans les poumons et est asphyxiée », avait-il alors affirmé.

« Les sanctions fonctionnent », rétorque Josep Borrell. « Elles frappent durement Vladimir Poutine et ses complices, et leurs effets sur l’économie russe vont encore s’accroître. »

« Le véritable objectif de la Russie est la paupérisation de l’Europe. Poutine veut retourner l’opinion publique contre les gouvernements en place dans l’espoir de les remplacer par des forces radicales qui seraient plus favorables à la Russie », a dénoncé Dmytro Kouleba.

« La Russie essaie de nous démoraliser », a déclaré Anna Lührmann, la ministre allemande des Affaires européennes, se disant prête à « toutes sortes de scénarios ».

L’arme du gaz et des céréales

Moscou bloque les ports ukrainiens et a commencé à réduire ses livraisons de gaz aux pays de l’UE, dont certains — l’Allemagne et l’Italie, notamment — en sont très dépendants. Berlin redoute notamment la fermeture du gazoduc Nord Stream, par lequel transite un tiers des 153 milliards de mètres cubes de gaz achetés annuellement par l’Europe ; il est actuellement en pause pour entretien.

L’UE cherche donc d’autres fournisseurs. Un accord va permettre le doublement des importations d’Azerbaïdjan « dans quelques années », a d’ailleurs annoncé lundi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’un déplacement à Bakou. Le pays a fourni 8 milliards de mètres cubes de gaz à l’UE en 2021.

La Russie bloque également l’exportation de quelque 20 millions de tonnes de céréales par l’Ukraine et « incendie les cultures du pays », a déploré Jean Asselborn.

La Turquie et les Nations unies négocient un accord entre les deux belligérants pour sortir les stocks de céréales ukrainiennes. Vladimir Poutine et le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, aborderont d’ailleurs le sujet lors d’une réunion prévue mardi à Téhéran.

La reprise des exportations de céréales depuis l’Ukraine est une « question de vie ou de mort » pour des dizaines de milliers de personnes, a souligné M. Borrell. Il a dit avoir « espoir » qu’un accord sera conclu. Mais « nous avons des doutes quant à la bonne foi de la Russie », a reconnu un haut fonctionnaire européen.

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