Le premier ministre italien démissionne, mais le président refuse

Cette décision du président Sergio Mattarella (à gauche) permet de «renvoyer Mario Draghi [à droite] devant le parlement pour vérifier si une majorité existe encore pour ce gouvernement», explique le professeur Lorenzo Castellani.
Guglielmo Mangiapane Archives Pool via Agence France-Presse Cette décision du président Sergio Mattarella (à gauche) permet de «renvoyer Mario Draghi [à droite] devant le parlement pour vérifier si une majorité existe encore pour ce gouvernement», explique le professeur Lorenzo Castellani.

Le premier ministre italien, Mario Draghi, affaibli par la défection d’un parti de sa coalition, a présenté jeudi soir sa démission, aussitôt refusée par le président Sergio Mattarella, qui lui a demandé de compter ses troupes au parlement.

Mario Draghi avait fait part de son intention de jeter l’éponge après la décision du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), membre de sa coalition, de boycotter en milieu d’après-midi un vote de confiance au Sénat.

« La majorité d’unité nationale qui a soutenu ce gouvernement depuis sa création n’existe plus », a-t-il expliqué lors d’un conseil des ministres convoqué d’urgence.

L’ancien patron de la Banque centrale européenne était arrivé aux affaires politiques début 2021 pour constituer une coalition suffisamment large et solide pour surmonter l’urgence pandémique et la crise économique qui s’est ensuivie.

Hormis le parti Fratelli d’Italia (extrême droite), les principales formations représentées au Parlement sont entrées dans la coalition, du centre gauche (Parti démocrate, Italia Viva) à la Ligue (extrême droite, anti-immigration), en passant par le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia (centre droit), et le Mouvement 5 étoiles.

Frictions

 

Mais les frictions n’ont pas cessé avec le M5S, que ce soit à l’intérieur du parti ou au sein du gouvernement.

Et conformément à l’annonce faite mercredi soir par Giuseppe Conte, prédécesseur de M. Draghi et actuel patron du M5S, les sénateurs de son parti n’ont pas participé au vote de confiance demandé par l’exécutif sur un décret-loi contenant des mesures d’environ 23 milliards d’euros pour aider les familles et les entreprises face à l’inflation.

Le texte est passé. Toutefois, sans le soutien du M5S, M. Draghi considère que son gouvernement devient « politique » et estime n’avoir pas été mandaté pour conduire un cabinet de cette nature, alors même qu’il n’a pas besoin de leurs voix, ni à la Chambre des députés ni au Sénat.

« J’ai toujours dit que ce gouvernement continuerait seulement s’il avait une perspective claire de réaliser le programme » sur lequel il avait été investi, a-t-il justifié jeudi soir.

Encore une majorité ?

Le chef de l’État s’est refusé à le laisser partir en plein été, au risque de faire entrer l’Italie dans une période d’instabilité. M. Mattarella est en outre, de notoriété publique, opposé à ce que les législatives, actuellement prévues en 2023, soient avancées à l’automne prochain.

Cette décision permet de « renvoyer Mario Draghi devant le Parlement pour vérifier si une majorité existe encore pour ce gouvernement », a expliqué à l’AFP Lorenzo Castellani, professeur de Sciences politiques à l’Université Luiss de Rome.

À l’origine de la crise, le décret-loi sur des aides en faveur du pouvoir d’achat contient également une mesure pour faciliter la construction d’un incinérateur d’ordures à Rome, à laquelle sont opposés les élus du le Mouvement 5 étoiles.

« Il faut répondre au malaise social qui augmente de manière claire et décidée. Les irresponsables, ce n’est pas nous, ce sont ceux qui ne donnent pas de réponse au pays », a plaidé Mariolina Castellone, cheffe des sénateurs du M5S, au Sénat jeudi.

Mais le mouvement a aussi, voire surtout, des arrière-pensées électoralistes, selon les analystes.

 

Le Mouvement 5 étoiles n’a cessé de dégringoler depuis les législatives de 2018 dans les intentions de vote, aujourd’hui entre 10 % et 11 %, et nombre de ses élus l’ont quitté depuis.

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